abidal (eric) domenech (raymond) (LAHALLE/PRESSE SPORTS / TF1)
Knysna, il y a 10 ans

Eric Abidal sur l'équipe de France à Knysna : «Je vais tout vous raconter...»

Il y a 10 ans, le football français connaissait la plus grave crise de son histoire avec la grève des joueurs de l'équipe de France lors de la Coupe du monde en Afrique du Sud. Huit mois après, Eric Abidal vidait son sac dans FF. FF.fr vous propose de retrouver cette interview.

«Éric, huit mois ont passé depuis le Mondial. Avez-vous digéré ?
Ça va. L'équipe de France reste une chose très importante pour moi. C'est un truc extraordinaire. J'essaie de ne jamais oublier la chance que j'ai d'être là. Je n'ai pas eu un parcours comme les autres. Je suis sorti de ma cité, j'ai signé à Monaco, et tout a été très vite. Aujourd'hui, je joue à Barcelone et en équipe de France... Jeune, ça me semblait inaccessible. Après, on peut raconter ce qu'on veut sur ce qui s'est passé l'été dernier, ça ne change rien. J'aime cette équipe de France. La vérité, on la connaît, nous, l'entraîneur, le président et ceux qui y étaient.
 
Le grand public, beaucoup moins...
Je vais tout vous raconter. Je n'ai rien à cacher. D'où est venu le problème pendant la Coupe du monde ? De la presse ! Tous les médias ont parlé sans rien savoir. Tous ont balancé des rumeurs terribles ! J'ai appelé un journaliste pour lui demander pourquoi il nous démontait à la radio. Il m'a répondu : "J'ai lu des papiers..." Super ! C'est ça leur travail ? Ne rien vérifier ? Pourquoi ne m'appellent-ils pas pour savoir ?
 
Vous ne pouvez pas mettre les mauvais résultats sur le dos de la presse...
Je suis d'accord, mais elle a prouvé qu'elle avait le pouvoir de pourrir n'importe qui. Les journaux nous ont plombé notre compétition. Tout ce qui a été écrit est faux. Je donne un exemple : pourquoi, sur un groupe de vingt-trois, nous n'étions que cinq à avoir été convoqués (NDLR : en août, devant la commission de discipline de la FFF) ? Pourquoi pas les autres ? Parce que nos noms ont été cités dans les journaux.

Lire :
-Notre grande chronologie de tous les faits qui se sont déroulés pour l'équipe de France entre le 11 mai et le 17 août 2010

«Pourquoi on me convoque et on ne me sanctionne pas ?»

On a aussi dit que vous faisiez partie des leaders...
C'est ça que je ne comprends pas. Comment pourrais-je être leader en équipe de France alors que je ne l'ai jamais été à Lyon, à Lille, à Monaco, et encore moins à Barcelone ? La commission de discipline a convoqué les mecs dont les noms étaient sortis dans la presse, rien d'autre.
 
Mais le président Jean-Pierre Escalettes était présent au moment des faits...
Bien sûr, mais alors, pourquoi on me convoque et on ne me sanctionne pas ? Où est la logique ?
 
Pourquoi la presse vous en aurait-elle voulu ?
Je ne sais pas... Peut-être que les journalistes ne pouvaient pas nous encadrer. Mais quand on a vu la une de L'Équipe... Ils ne se rendent pas compte. Pourquoi ils ont fait ça ? Dans quel but ? Je ne sais pas.
 
Mais le dérapage de Nicolas Anelka à la mi-temps de France-Mexique...
Faux, encore. Comme l'a dit Nico : "Qui s'excuse s'accuse. Je ne vais pas aller m'excuser si je n'ai rien fait." Il a raison. Il n'a jamais insulté le coach.
 
Alors, que s'est-il passé ?
Le coach et Nico ont eu un échange, mais Nico ne l'a jamais insulté. S'il l'avait fait, on aurait été les premiers à lui dire qu'il exagérait. Tu ne manques pas de respect à ton entraîneur. Après, on le vire. Pourquoi ? Parce qu'il ne s'est pas excusé ? Mais il n'a rien fait ! Même le coach, quand il a été convoqué, a dit que c'était faux.
 
Dans ce cas, pourquoi Raymond Domenech ne l'a-t-il pas défendu ?
C'est ça, le problème. Il y a eu des rendez-vous, on a essayé de le rencontrer, mais il n'est pas venu. On pouvait régler le problème en deux minutes. "Bogho" (Alain Boghossian) avait réuni un groupe de joueurs pour tout arranger, mais ça ne s'est pas fait. On ne vire pas un joueur comme ça.
Les Bleus dans leur fameux bus. (LAHALLE/L'Equipe)
Les Bleus dans leur fameux bus. (LAHALLE/L'Equipe)
«Cette taupe-là n'est pas bonne, parce qu'elle balance de mauvaises infos»
Vous pensez qu'il y avait une taupe dans le groupe ?
Oui, il y en avait une. Mais cette taupe-là n'est pas bonne, parce qu'elle balance de mauvaises infos.
 
Qui est-ce ? Un joueur ou un membre du staff ?
Je n'en ai rien à faire. Je ne veux même pas le savoir. J'espère qu'on ne le trouvera jamais, ce mec. De toute façon, à l'époque, le truc, il est bousillé. Nico, il est déjà dehors à cause de ce qui a été écrit dans les journaux.
 
On ne vire pas un joueur juste en lisant les journaux...
Le coach nous a dit : "La Fédération a décidé de renvoyer Nico et j'ai moi-même appuyé dans ce sens-là." Le problème, c'est que le président a dit qu'il n'était pas au courant de l'altercation. Donc, qui lui a raconté ça ? Moi, je pense que personne ne lui a raconté et qu'il s'est contenté de lire le journal. C'est aussi simple que ça.
 
Ce serait grave...
Évidemment ! Tu ne peux pas prendre une décision comme celle-là ! Là, tu tues le groupe, et c'est terminé. T'es mort !
 
Jean-Pierre Escalettes a donc mal géré la chose ?
C'est évident. Le soir, je discutais avec Nico, il est passé devant nous et lui a dit : "T'es pas encore parti, Nicolas ?" Ça veut dire quoi, ça ? Un peu de respect ! Nico vivait déjà un moment difficile. On lui a dit, tu te débrouilles, tu t'en vas, alors qu'on est au fin fond de l'Afrique du Sud ! Comment voulez-vous qu'il n'ait pas la rage ?

Voir :
-Notre diaporama sur la journée du 20 juin, quand les Bleus se sont mis en grève
«Pat Évra a dit dans le bus : "Les mecs, il n'est pas trop tard. Celui qui veut descendre, il descend."»
C'est pour ça que vous avez décidé de le soutenir en faisant grève le lendemain ?
Bien sûr. Et le discours était bien clair : celui qui veut descendre du bus, il descend du bus.
 
Et personne n'a bougé !
Personne n'a bougé. Personne n'a menacé personne. Tout le monde était libre.
 
Quelle était l'ambiance dans le bus à ce moment-là ?
On échangeait, mais cette décision, on l'avait prise bien avant. Il y avait eu des réunions avant d'aller s'entraîner. Si quelqu'un n'avait pas été d'accord, il aurait pu dire avant l'entraînement : "Moi, je veux m'entraîner. Je vais m'entraîner." Tout le monde avait le choix.
 
Mais c'est impossible de se désolidariser à ce moment-là...
Mais non, peu importe. Pat Évra a dit dans le bus : "Les mecs, il n'est pas trop tard. Celui qui veut descendre, il descend." On aurait respecté cette décision. Le mec qui n'est pas descendu, c'est qu'il n'avait pas envie de descendre. Point. Il paraît que j'aurais dit à Yo Gourcuff : "Si tu descends du bus, je te démonte." Non, mais sérieusement... Le mec qui a écrit ça, c'est un mec qui ne peut pas me voir, c'est certain. Pourquoi raconter ça sur moi ? J'ai déclaré devant la commission de discipline : "Le plus important dans un groupe, c'est la solidarité." Il faut être solidaire dans les bons et les mauvais moments. C'est ce qui s'est passé.
Raymond Domenech et la lettre des joueurs face aux journalistes. (P.Lahalle/L'Equipe)
Raymond Domenech et la lettre des joueurs face aux journalistes. (P.Lahalle/L'Equipe)

«Au Mondial, on n'a pas gagné un centime»

Avec le recul, vous le regrettez ?
On a cravaché pour arriver à cette Coupe du monde. Et tu te rends compte qu'en deux minutes tout s'écroule. En deux minutes, tu pètes quatre ans ! On a fait ça pour exprimer notre mécontentement et pour faire comprendre aux gens que l'erreur ne venait pas de nous. On a voulu dénoncer une injustice. C'était ça, à la base. La faute ne vient pas de nous.
 
Sauf que personne ne l'a interprété comme ça...
Je sais. Parce que les gens ont lu les journaux. Ensuite, tout le monde s'est dit : "Ces joueurs de foot, ils gagnent des millions et ils se permettent de faire et dire n'importe quoi. C'est un scandale !" Ça n'a rien à voir. On a quand même des droits. Dans n'importe quelle entreprise, les mecs auraient pu réagir comme ça. Et puis, au Mondial, on n'a pas gagné un centime. On a joué la qualif, on n'a rien pris. Au contraire, on a même dépensé de l'argent. Certains ont fait venir leur famille. Ces frais, ce n'est pas la Fédération qui les a payés. Pour tout le monde, on a gagné de l'argent. Mais non !
 
Vous avez rendu votre prime ?
Oui, je ne cours pas après l'argent. Quand tu ne mérites pas, tu ne mérites pas. J'espère que cet argent va aller dans mon club formateur, le Cascol Oullins, à Lyon.
 
Sur le coup, vous vous êtes rendu compte de l'ampleur que cette histoire a prise en France ?
Non, on était à chaud, au fin fond de l'Afrique, dans une bulle dans laquelle, je vous le garantis, on ne voyait rien. À part ma chambre et le flipper, je n'ai pas vu grand-chose.
 
Votre portable n'a pas chauffé ?
Non, rien ! Mes proches savaient que c'était des conneries. Tout le monde sait que je ne suis pas celui qu'on décrivait dans les journaux. Il y a juste mon meilleur ami qui m'a appelé après le match contre l'Afrique du Sud. Je lui ai dit qu'il allait rigoler quand je lui raconterais l'histoire. Il se marrait de savoir qu'on me traitait de leader.
«On a laissé le bordel se créer.»
Il y avait quand même de vrais problèmes dans cette équipe de France. Avec Yoann Gourcuff, notamment...
Mais non ! Il paraît qu'on n'arrivait pas à le trouver sur le terrain. Que c'était la faute d'untel ou d'untel. Pourquoi on le trouvait avant la Coupe du monde et plus du tout pendant la compétition ? Qu'est-ce qui a changé en quelques jours ? L'objectif était commun. On avait tous envie d'aller la gagner, cette Coupe du monde.
 
On a parlé d'une bagarre dans l'avion entre Ribéry et lui...
C'est n'importe quoi... On a totalement manqué de professionnalisme à ce moment-là ! Un, parce que cette histoire ahurissante est sortie dans les journaux ; et deux, parce que les attachés de presse de la Fédération ont laissé passer cette histoire sans faire de démenti, alors qu'ils étaient dans l'avion avec nous. On a laissé le bordel se créer.
 
Y avait-il des clans dans cette équipe ?
Je n'en ai pas vu. À table, on pouvait être à côté de n'importe qui sans problème. Personnellement, j'étais bien avec tout le monde. Après, c'est chacun son délire. Il y en a qui aiment la PlayStation, moi ça ne m'intéresse pas. Mais ce ne sont pas des clans. Ensuite, tu peux aussi avoir plus d'affinités avec un mec qu'avec un autre, mais c'est partout comme ça, non ? Pour ma part, j'avais plus d'affinités avec Franck et Titi (Ribéry et Henry). Ce sont des mecs que je connais depuis des années.
 
Alors, d'où sont venus les problèmes pendant cette Coupe du monde ?
Le problème, ce sont les résultats, et rien d'autre. Le premier match, on ne le gagne pas, on grille un joker. Le deuxième match, on le perd. Le troisième, il faut sauver les meubles...
 
Aucun souci avec Domenech ?
Le coach, tout le monde le connaissait. On a voulu partager des idées pour avancer tous ensemble, mais, au final, il n'y a qu'une seule personne qui a décidé. Contre le Mexique, il nous a dit : "Ne vous inquiétez pas, ils n'attaqueront jamais à cinq !" Au bout de trois minutes, ils attaquaient à cinq...
 
Vous remettez en cause son sens tactique ?
Non, on peut se tromper sur la tactique. Ça peut arriver.
 
Il y avait un dialogue avec lui ?
Oui, avant la compétition. Pendant, ça ne parlait pas. On était dans notre bulle, on bossait pour atteindre un objectif commun.
 
Mais vous, quelles étaient vos relations avec lui ?
Je ne peux pas le tuer, le coach. Qui m'a amené en équipe de France ? Qui m'a permis de découvrir ça ? C'est lui. Le coach ne m'a jamais rien fait. Quand j'avais quelque chose à lui dire, j'y allais. Il m'écoutait. Après, il y a des situations inacceptables. Le fait qu'il cautionne le renvoi de Nico, ce n'est pas possible ! Je lui ai dit, et Pat Évra en est témoin : "Ce que vous faites, coach, c'est n'importe quoi."

Lire :
-Que deviennent les joueurs de l'équipe de France présents à Knysna ?

«Quand ça se passe dans un vrai groupe, ça ne sort jamais»

C'est pour ça que vous avez décidé de ne pas jouer le dernier match de la compétition ?
Avant de prendre cette décision, j'en ai parlé avec le groupe. Je l'ai averti que j'allais voir le coach. Pourquoi ? Parce que travailler dans de mauvaises conditions, ce n'est pas mon truc. J'ai donc dit au coach : "Vous avez toujours dit que votre porte était grande ouverte pour discuter, alors me voilà." Il y avait Pat Évra. J'ai poursuivi : "Coach, je vous le dis franchement, je n'y suis pas du tout. Je n'y serai pas pendant le match. Il vaudrait mieux que vous fassiez jouer quelqu'un d'autre à ma place." À ce moment-là, je n'ai pas refusé de jouer, je voulais juste le prévenir. Ensuite, s'il m'avait retenu, j'aurais joué, pas de problème. Mais il m'a compris et ne m'a pas aligné. Même le coach a dit que je n'avais pas refusé. Ce n'est pas comme s'il avait donné sa composition d'équipe en m'alignant et que j'avais refusé. Je l'avais prévenu bien avant que je n'étais pas bien.
 
Ça reste quand même une Coupe du monde...
Il arrive de temps en temps dans les compétitions d'être déconnecté. Tu peux avoir des problèmes qui te bouffent. C'est ce qui s'est passé avec Franck (Ribéry). Pourquoi n'y arrivait-il pas ? Il donnait le maximum, mais les problèmes l'ont rattrapé. Les gens qui parlent et la presse qui te rentre dedans, ça devient impossible à gérer. Tu es déstabilisé, tu n'y arrives plus. Après, je sais qu'on dit qu'il ne faut pas mélanger vie privée et vie professionnelle, mais il y a des situations compliquées. Moi, je n'avais pas de souci dans ma vie, mais je n'y étais plus. J'ai été franc avec le coach. Je ne suis pas un tricheur. Je lui ai dit qu'on était un groupe de vingt-trois et qu'il y avait des mecs derrière qui allaient au charbon, qui voulaient jouer. Je préférais qu'il fasse jouer un mec qui était à 100% plutôt que moi qui étais à 40%.
 
Qu'est-ce qui n'allait pas chez vous ?
C'était mental, psychologique. Si tu n'es plus dans la compétition, si tu as décroché, ça ne sert plus à rien.
 
À cause de quoi ?
De tout. J'aime bien régler les problèmes, je déteste quand ça s'envenime. Là, on ne contrôlait plus rien. Des situations comme celle-là, quand ça se passe dans un vrai groupe, ça ne sort jamais.
Quand Franck Ribéry débarquait sur le plateau de Téléfoot. (LAHALLE/L'Equipe)
Quand Franck Ribéry débarquait sur le plateau de Téléfoot. (LAHALLE/L'Equipe)
«On n'allait pas se justifier face à ces mensonges.»
Donc, ce n'était pas un vrai groupe ?
Justement, on a cherché la fuite. C'est ça, le problème. Cela peut se produire dans beaucoup de clubs, tous les jours, mais ça ne doit jamais sortir.
 
Pourquoi ne pas s'être expliqué mieux que ça, tout de suite après la Coupe du monde ?
On a parlé ! Mais tout le monde attendait de grandes déclarations à cause de tout ce qui avait été écrit... Sauf que rien n'était vrai. On n'allait pas se justifier face à ces mensonges. Les journalistes ont fait une montagne de tout ça, les politiciens s'en sont mêlés... Ce n'était quand même pas la guerre. C'était juste du football.
 
Roselyne Bachelot vous a traité de "caïds immatures"...
Pff... Quand elle est venue faire son discours, je me suis dit qu'elle était une vraie supportrice de l'équipe de France. C'était vraiment plaisant. Et le lendemain, à l'Assemblée, elle nous démonte. C'est bien, ça témoigne de la droiture des politiciens français.
 
Lilian Thuram a déclaré qu'Évra et vous-même auriez dû être radiés de l'équipe de France...
Je l'attends, Lilian. Je dois lui parler. J'ai un secret pour lui.
 
Quel secret ?
C'est un secret. Je lui parlerai le jour où je le croiserai. Mais il le sait, il doit s'en douter.
 
Les anciens de 1998 vous ont également jugé...
Mais on sait bien que ce qui s'est passé est inacceptable. Parce que ça n'aurait jamais dû se passer. Si ça s'est passé, c'est parce que c'est sorti du groupe. Fabien Barthez l'a dit à la télévision. Il a raison, parce qu'il connaît ce genre de situations. Si ça ne sort pas, il ne se passe jamais rien, et la Coupe du monde est différente.
 
Notre sondage démontre que les Français sont prêts à vous pardonner, mais pas à Evra et Ribéry...
Ça me fait plaisir de voir que les gens veulent bien me revoir en équipe de France. Il faut qu'ils sachent que c'est important pour moi d'y aller. Ce n'est pas un truc que je prends à la légère. Maintenant, il faut me juger sur mes prestations, rien d'autre. Je suis un mec qui accepte les critiques. Je peux aussi comprendre le mécontentement des gens qui se déplacent, payent leur place, et ne voient pas un bon match. Après, si tu leur montres ta détermination, la donne change. C'est ce que j'ai toujours fait. Et je continuerai à le faire. Par contre, c'est dommage pour Pat et Nico... Ce sont des mecs qui sont adorés dans leur club et qu'on rejette en équipe de France. C'est triste. Ils ne méritent pas ça.
 
Jérémy Toulalan a déclaré avoir passé un été très difficile. Et le vôtre ?
Moi, la chance que j'ai eue, c'est que je ne jouais pas en France et que les Espagnols avaient gagné le Mondial. Ici, ils ne parlaient que de l'équipe d'Espagne. Après, forcément, on est affecté. Moi aussi, j'avais envie de le gagner, ce Mondial. Je l'ai vécu en 2006, je sais ce que les victoires et un beau parcours peuvent procurer comme sensations.

Lire :
-Retour en détail sur la phase de poules catastrophique des Bleus en 2010

«Ils étaient trois à avoir rédigée la lettre»

Aucune déprime ?
Je suis parti aux États-Unis. Là-bas, j'étais sûr qu'on ne me parlerait pas de football. J'ai amené ma famille, ma mère, mes enfants, ma femme, mon pote... On a bien rigolé à New York. C'était parfait.
 
Vous avez ensuite été convoqué par le conseil de discipline. Avez-vous trouvé les sanctions sévères ?
Oui, parce que ces gens-là se sont fait manipuler par la presse. Pat Évra a été sanctionné parce qu'il était capitaine. Il était capitaine sur le terrain, mais en dehors il restait un joueur comme les autres. Pourquoi le sanctionner plus qu'un autre ? Franck a été sanctionné parce qu'il est allé à la télé sans autorisation. Mais c'était normal qu'il réagisse. Il était en train de se faire démonter par tout le monde parce qu'il aurait tapé "Yo". C'était une manière de dire : "Arrêtez vos conneries !" À un moment donné, tu as envie de te défendre, peu importe la manière. Toulalan a été sanctionné pour avoir écrit la lettre. Sauf qu'ils étaient trois à l'avoir rédigée. Pourquoi Toulalan a-t-il pris et pas les autres ? Parce qu'il n'a balancé personne. Par solidarité. Et tout le groupe était d'accord pour cette lettre. On sanctionne Jérémy, mais pas les autres ? C'est bizarre...
 
Et vous ?
Moi, j'ai été convoqué parce que j'aurais appelé le chauffeur pour qu'il démarre le bus. Oui, c'est vrai. Mais ça faisait 45 minutes qu'on était là. Il fallait bouger, faire quelque chose. Le président a fait un discours, le coach et René Charrier aussi. Ils argumentaient, nous demandaient de redescendre du bus, mais on avait pris notre décision. Les journalistes se régalaient depuis 45 minutes. Ils ont même raconté des choses alors que les rideaux étaient tirés. On a lu et entendu : "Ils sont en train de se battre, c'est de la folie !" (Il éclate de rire.) Non, mais sérieusement... Bacary Sagna est venu me voir en me disant : "Tu as vu, ils ont écrit que tu m'avais menacé." Il rigolait.
 
Jean-Louis Valentin n'a quand même pas démissionné pour rien...
Il a démissionné sans savoir la vérité. C'est bête.
 
Avez-vous craint de ne jamais retrouver l'équipe de France ?
Non. Enfin... (Il réfléchit.) Moi, je suis un mec qui vit au jour le jour. Si on est bon en club, on aura toujours une chance de revenir un jour en bleu. Ensuite, le sélectionneur a changé. Il ne me connaissait pas. S'il me retient, c'est qu'il souhaite tourner la page ; sinon, c'est qu'il s'est contenté de lire la presse ou d'écouter des gens qui auraient dit de mauvaises choses sur moi. Je ne me suis pas pris la tête. J'ai la chance de jouer dans le meilleur club du monde, où je m'éclate. Les Bleus, c'était un objectif.»
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le_flegme 24 juin à 11:32

C'est pas ma faute à moi. Si c'est sorti dans la presse c'est qu'il n'y avait pas de groupe. Après la grossière erreur c'était surtout d'avoir prolonger Domenech.

taegguk 24 juin à 9:53

YGourcuff n'a jamais vraiment clamé haut et fort et clairement qu'il ne s'était rien passé avec Ribery !!!

skyzinhio 23 juin à 14:42

Il a pas attendu 10 ans, l’article à dix ans!!!

santos5 22 juin à 21:43

attendre dix années pour raconter ça , ce que l'on peut retenir , ils ont été et resteront la risée du sport Français

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