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Etre gallois, ou ne pas être

Le Pays de Galles s'est qualifié samedi pour sa première phase finale d'un Euro, et cet exploit appartient tout entier à Gareth Bale, élu la semaine dernière "welsh player of the year" (joueur gallois de l'année) pour la cinquième fois (en six ans). Un record. Mais comme aurait dit George Clooney : "who else ?" (qui d'autre ?). Aaron Ramsey ? Joe Ledley ? Etre élu joueur de l'année n'est pas forcément un accessit étalon, surtout quand on est au-dessus de la mêlée, galloise bien entendu. Au Panthéon des "welsh-welsh", John Hartson a ainsi été primé à trois reprises et l'irrésistible Ashley Williams une fois. Au regard du palmarès, où figurent quand même Neville Southall, Mark Hughes, Craig Bellamy mais pas John Toshack ou Ian Rush (l'oscar n'existe que depuis 1991, CQFD), on note quand même une anomalie : Ryan Giggs n'a été récompensé qu'en 1996 et 2006. Ce qui en dit long de la relation entre la légende de Manchester United et son pays.
 
Deux chiffres illustrent ce propos : 963 (matches pour MU) et 64 (sélections pour le Pays de Galles). Le tout en 24 saisons au plus haut niveau. Giggs, qui a raté jusqu'à 18 matches amicaux successifs des Dragons (le surnom de la sélection), a lui-même avoué dans son autobiographie qu'il regardait le calendrier des rencontres internationales, et qu'il faisait ensuite le tri avec Alex Ferguson de ceux qu'il allait disputer. «Quand la rencontre était amicale, on se disait que je n'avais pas forcément à y aller». Difficile dans ces conditions d'être un exemple pour vos partenaires, et d'aller chercher la motivation pour une qualification à une phase finale, chose que le seul talent de Giggsy rendait pourtant possible. A part lors des barrages pour l'Euro 2004 (face à la Russie), le Pays de Galles n'a jamais été en position de décrocher le sésame.

Giggs est rouge, mais celui de Manchester, pas celui du Pays de Galles.

Giggs était le parfait joueur de club, et même celui d'un seul club : Manchester United. Plus qu'un symbole, il en était sa vitrine, son excroissance, son incarnation. Dans un sublime documentaire diffusé la semaine passée sur la BBC (Sir Alex Ferguson : Secrets of Success), le manager écossais révèle que si Giggs avait pris sa retraite six ou sept ans plus tôt, il serait aujourd'hui l'entraîneur des Red Devils. «J'aurais fait de lui mon premier adjoint, et il aurait appris à mon contact avant que je lui passe le relais. Mais je n'ai jamais demandé à un joueur d'arrêter de jouer».
 
Giggs sera un jour, plutôt tôt que tard, le manager de Man United. Il sera celui qui gèrera le mieux l'héritage légué par Sir Alex. En dauphin adoubé, il poursuivra la mission, et administrera cette charge avec toute la crédibilité que lui octroient non pas ses titres (13 championnats, 4 Cups, 2 Ligues des champions), mais son ADN. Giggs est rouge, mais celui de Manchester, pas celui du Pays de Galles. Il a pourtant longtemps revendiqué ses racines, choisissant de jouer pour son pays natal plutôt que pour celui où il vivait (l'Angleterre) et pour lequel il aurait pu opter, via ses racines (une de ses grands-mères était anglaise). Giggsy déclara un jour qu'il préférait ne pas se qualifier pour un grand tournoi plutôt que d'épouser une autre cause que la galloise. Mais qu'a-t-il fait pour l'honorer, cette cause là, lui l'héritier de Billy Meredith, la légende de tout un peuple, la véritable première star de l'histoire d'un grand club anglais pour lequel il opéra jusqu'à presque 47 ans ? Plus vieux joueur à avoir revêtu le maillot gallois (à 45 ans et 229 jours), Meredith fut appelé en sélection 71 fois consécutives au début du siècle dernier et dut se battre avec son club d'alors (qui refusait de le libérer) pour honorer fièrement son engagement, arrivant tout juste à engranger 48 capes. Ce club là s'appelait Manchester United...

Thierry Marchand
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