Football Soccer - England v Iceland - EURO 2016 - Round of 16 - Stade de Nice, Nice, France - 27/6/16 Iceland's Kolbeinn Sigthorsson celebrates after scoring their second goal  REUTERS/Michael Dalder Livepic (192822+0000,Michael Dalder/Reuters)
Euro 2016 - FRA-ISL

Euro 2016, France-Islande, Kolbeinn Sigthorsson : «Nous sommes aussi de bons footballeurs»

Avant le quart de finale de l'Euro contre la France, l'attaquant islandais du FCN, Kolbeinn Sigthorsson, s'est tranquillement confié. C'est frais, c'est nature, c'est islandais quoi...

«En mars dernier, si nous vous avions dit que l'Islande serait en quarts de finale de l'Euro 2016, franchement, vous y auriez cru ?
Bien sûr ! Mais, pour être honnête, pour un premier Euro, en être à ce niveau-là, sans avoir perdu une seule rencontre, c'est assez fou. Tout se déroule comme dans un rêve pour nous dans cette compétition. Tout nous réussit, mais on a bossé pour ça...

C'est quoi le secret de cette équipe d'Islande ?
Le secret... (il réfléchit)

Ne vous inquiétez pas, nous ne sommes pas des émissaires de Didier Deschamps...
(Rires) C'est difficile à dire. C'est une addition de petits détails qui se combinent les uns avec les autres. Par exemple, le boulot des deux coaches qui est énorme. Leur approche, leur préparation des matches... Le groupe agit ensemble. L'ambiance est vraiment bonne en son sein. Nous sommes tous de très bons amis et ça compte. Certains gars jouent ensemble depuis dix ans dans cette équipe. Il n'y a rien de mieux pour construire une équipe. Nous avons tous les uns pour les autres une confiance inébranlable. Tactiquement, on est rôdés, mais nous sommes aussi de bons footballeurs tout court...

«Personne ne se plaint de faire le boulot de merde pour l'autre»

L'Islande ressemble à une machine où chaque élément comprend son rôle et avance dans le même sens...
Tout à fait. Nous nous battons tous ensemble et personne ne se plaint de faire le boulot de merde pour l'autre. Ce n'est pas toujours très beau à voir mais c'est très efficace. On doit d'ailleurs être l'une des équipes les plus efficaces de cet Euro 2016. Notre défense est solide, c'est notre base. Mais je pense que la principale qualité de l'Islande est de savoir attaquer et défendre tous ensemble.

Vous êtes d'ailleurs le premier défenseur de cette escouade. C'a presque dû vous faire bizarre de scorer contre l'Angleterre ?
Je suis très fier d'avoir marqué pour mon équipe nationale dans un grand tournoi comme celui-ci. Contre l'Angleterre, c'était à n'en pas douter la rencontre la plus importante de l'histoire de notre pays. Marquer le but décisif, c'est... (il temporise, ému)...ça représente tant de choses pour moi. Je suis très heureux d'avoir aidé pour cette qualification et pour avoir permis à l'Islande de rejoindre le top 8 européen.

C'est un peu une récompense après tout le boulot que vous abattez ?
C'est clair ! Je bosse beaucoup pour le collectif et ce n'est presque pas mon rôle de marquer. Mais quand on a une chance dans les seize mètres, je me dois d'être présent. Après, on s'en fout de qui marque dans cette équipe, le plus important n'est pas là. Cette fois-ci, c'est tombé sur moi et je le prends comme un vrai cadeau.

«France-Islande ? La rencontre la plus importante de l'histoire islandaise du foot»

Vous savez qu'à un moment du tournoi, vous avez été flashé comme le joueur le plus rapide ?
Oui bien sûr. Ça vous surprend ? (Il éclate de rire)

On ne vous a pas forcément connu de telles qualités à Nantes. Mais vous faites aussi partie de ceux qui ont gagné le plus de duels. Là ça vous ressemble plus...
Bien entendu. Le jeu de notre équipe veut aussi ça. On essaie de me trouver avec de longues transversales et derrière de suivre pour être dangereux sur les deuxièmes ballons. Ça fait partie de notre jeu. C'est la cause principale pour les duels remportés. Si vous regardez bien, on marque deux buts sur des déviations de la tête (NDLR : face à l'Autriche et l'Angleterre). C'est notre spécialité et c'est dur à défendre pour les autres. On est bons pour suivre derrière les déviations. Nous connaissons nos qualités et nous nous en servons à 100%.

Contre les Bleus dimanche, vous serez le plus français des Islandais. Ce sera un match spécial pour vous ?
Oui, c'est évident. J'habite ici et je commence à comprendre la mentalité française. Pour moi, ce sera spécial. Mais ce sera la même chose pour tous. Jouer contre le pays hôte en quarts de finale, c'est un privilège. Ce sera la rencontre la plus importante de l'histoire islandaise du foot. Nous sommes en train d'écrire l'histoire et plus on ira loin, plus on y entrera.
«Injuste que nos supporters aient si peu de billets pour cette rencontre»
Quel est le principal atout des Bleus ?
La qualité principale de l'équipe de France, ce sont ses talents individuels. Tu ne peux pas choisir un joueur en particulier. Dans une rencontre fermée, les Français peuvent faire la différence à tout moment. On devra être concentrés à fond pour ne pas commettre d'erreurs et remporter le match. Mais comme nous n'avons pas perdu de rencontres depuis le début de l'Euro, nous avons une pleine confiance en nous.

Vous laissez en effet transparaître beaucoup de confiance. Vous évoluez sans pression ?
Franchement oui. On se dit que chaque rencontre nous permet de marquer l'histoire, ce n'est que du bonus... Nous n'avons aucune pression et ça nous aide énormément. Au contraire, tous les Français auront les yeux rivés sur la performance de leur équipe nationale. On peut être confiants. Ça va être intéressant de voir comment nous allons jouer contre eux, mais aussi comment eux vont gérer tout ça.

Vos supporters semblent aussi être insécables de cette réussite islandaise ?
Ils sont absolument fantastiques. Pour tout vous dire, je n'en attendais pas autant d'eux, ni de bénéficier d'un tel soutien. Par contre, c'est vraiment dommage qu'ils aient eu si peu de billets pour le match contre la France (NDLR: comme lors de France-Irlande, le quota de places islandaises est limité à 4 ou 5000). C'est injuste. Ils auraient pu être au moins 50 000 pour ce France-Islande avec toutes leurs demandes...

«Contrairement au Portugal, nous au moins, on a déjà gagné un match...»

«En Islande, il n'y a plus d'autres sujets de conversation»
Avez-vous demandé des nouvelles du pays à votre famille. Comment ça se passe sur l'île ?
Tout le monde parle de football. Il n'y a plus d'autres sujets de conversation que l'Euro dans notre petit pays (rires). Depuis trois, quatre semaines, l'engouement ne cesse de grandir. Ce qui change, ce sont surtout les sollicitations extérieures. Ma famille a déjà été interviewée un bon nombre de fois. La presse étrangère s'intéresse à nous et c'est rare. Ça montre à quel point ce qu'on fait est marquant.

Êtes-vous surpris par le fait que pas grand-monde ne faisait de vous une équipe importante avant la compétition ?
Non, c'est tout à fait normal. Jusque-là, nous n'avions rien fait de spécial auparavant. Personne n'attendait rien de nous. C'est quand même fou que ce petit pays en soit là...

Ça a surpris pas mal de monde et notamment Cristiano Ronaldo après votre nul face au Portugal. Il avait lancé : «L'Islande n'a rien essayé, ils n'ont fait juste que défendre, défendre, défendre, et joué en contre. (...) C'est une soirée chanceuse pour eux. Selon moi, c'est une petite mentalité. C'est pourquoi ils ne feront rien (dans la compétition).» Vous avez quoi à lui dire, maintenant que vous êtes en quarts ?
Quand on a vu ça, franchement, on s'est marré (rires). On connaît nos qualités et nos défauts mais ça ne nous intéresse pas trop ce que pense Ronaldo. J'espère juste qu'on pourra de nouveau jouer contre le Portugal et ce serait en finale. Simplement pour lui montrer qu'on est capable de beaucoup de choses. Au moins, nous, on a déjà gagné un match dans cet Euro...»
Johan Tabau 
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