Football Soccer - Euro 2016 - Portugal Training - Centre National de Rugby, Marcoussis, France - 29/6/16 - Portugal's Ricardo Quaresma during a training session. REUTERS/Darren Staples (091051+0000,DARREN STAPLES/Reuters)

Euro 2016 : Ricardo Quaresma (Portugal), «le Gitan» fait son oeuvre

Éternel espoir du foot portugais, Ricardo Quaresma explose alors qu'on ne l'attendait plus. Aussi excitant que frustrant, «Le Gitan» qui a envoyé son pays en quarts de l'Euro 2016 s'impose comme l'un des leaders de la Seleção. Et s'il vivait sa résurrection ?

Ce but, plus personne ne l’attendait. Portugal et Croatie se neutralisaient. Bollaert se préparait à une séance de tirs au but. 117e minute : Quaresma brise l’ennui et des Croates auto-proclamés favoris. «Avant le match, il y a des joueurs qui ont trop parlé, lance-t-il. Et nous ne sommes pas là pour parler mais pour faire.» À 32 ans, Ricardo Quaresma s’est (re)mis à faire les choses. Et bien. Souvent zappé par Paulo Bento (2010-2014) ou Queiróz, l’attaquant du Besiktas revit avec Fernando Santos. Depuis que «l’Ingénieur» a repris la Seleção (septembre 2014), il compte 18 caps (sur 54 au total), 5 buts (8 au total) et 7 passes décisives. Sous Santos, il a été directement impliqué sur un but toutes les 53 minutes. Buteur-libérateur contre la Croatie (1-0), il s’est de nouveau montré décisif. Une fois encore, utilisé comme remplaçant. Ce héros, le Portugal ne l’espérait plus. La Mustang - dixit Bölöni - qui est restée au garage lors des quatre derniers Mondiaux, vit là son troisième Euro. Et il n’avait jamais autant joué (147 minutes).

«Je remercie le Mister qui croit en moi et tous mes coéquipiers»

À Lens, au terme d’une rencontre plus teintée de sang que d’or, Fernando Santos s’est déclaré «satisfait par le match de [son] équipe». Il a résumé la prestation de son héros : «C’est un Quaresma version Quaresma. Il sait que l’entraîneur a pleinement confiance en lui.» Le 11 octobre 2014, c’est en France que Santos fêtait sa première en tant que «selecionador». Au-delà de la défaite face aux Bleus (1-2), ce match était marqué par pas mal de retours : Ricardo Carvalho, Danny, Tiago ou Quaresma. Le roi de la trivela (extérieur du pied, en portugais) revenait après deux ans d’absence. Et il allait devenir, sur pénalty, le premier buteur de la période de «l’Ingénieur». «Je remercie le Mister qui croit en moi et tous mes coéquipiers», lance RQ. Et on le sait sincère. Car Ricardo est aussi un affectif. Santos et lui se connaissent depuis longtemps. À l’été 2003, l’entraîneur s’engage au Sporting. À peine arrivé, il assiste au départ de Quaresma pour Barcelone. Il met alors en place un système en vue de valoriser l’autre pépite des Lions : Cristiano Ronaldo. Vous connaissez la suite : cet amical de présaison face à Manchester United finira de convaincre Sir Alex d’embaucher CR7.

Le Roi Cristiano Ronaldo et le Prince Ricardo Quaresma. (Gustavo Bom/CORDON/PRESSE SPOR/L'Equipe)

Cristiano Ronaldo : «Il m'avait manqué»

Ricardo et Cristiano semblent indissociables. Plus encore dans la vie que sur le terrain. Fin 2014, au Stade de France, Cris confiait : «Il m’avait manqué.» Au total, le duo n’a cohabité que 76 rencontres durant (26 avec le Sporting, 7 avec les Espoirs et 43 avec les A). Avant que Santos n’arrive, ils n’avaient en commun que 887 minutes en Seleção. Soit moins de 10 matches en dix ans. Depuis, ils ont partagé 297 minutes et beaucoup de selfies, diners, fous rires et autres moments hors des gazons. Et ils sont sans cesse comparés. Pour Laszlo Bölöni, qui les a lancés à Alvalade, «Quaresma est un très bon joueur, mais il n’est pas comme Ronaldo. Cristiano a un excellent pied droit, mais il est aussi très à l’aise avec son pied gauche, explique le Franco-roumain à Inside Futbol. Quaresma ne sait pas jouer avec son pied gauche.» D’où son art de la trivela, entre autres arabesques.

Les Portugais restent divisé sur la question : qui est le plus technique ? Pour l’ex-adjoint du FC Porto, Carlos Azenha, «Quaresma est techniquement plus évolué.» Lionel Carole, qui a croisé la route de l’attaquant du Besiktas en Turquie constate : «Il possède une qualité technique au-dessus de la moyenne. Il y a toujours eu une grosse attente autour de lui et il n’a jamais vraiment pu montrer ses qualités en sélection, poursuit le défenseur du Galatasaray. Mais on a pas mal d’exemples de joueurs qui se sont montrés sur le tard. À 32 ans, il a encore les jambes et, surtout, la maturité.» Nabil Ghilas, qui partagea son vestiaire à Porto en 2014 a lui aussi la saudade de ses passes dé’ : «Il me manque un peu. Il met de bons ballons. C’est toujours bon d’avoir un bon passeur. S’il continue comme ça, il deviendra un taulier du Portugal. C’est un bosseur. Quand il a vraiment envie, il pèse très fort dans un match.» Et c’est là que surgissent les regrets.

Le passage à l'Inter Milan, un traumatisme. (RICH/RICHIARDI/PRESSE SPORTS/L'Equipe)

Délit de sale gueule

Carlos Carvalhal, qui l’a coaché au Besiktas (2011-2012) se souvient : «Avec moi, Ricardo a joué à un très haut niveau, jusqu’à ce qu’il se blesse. Parfois, pour aller encore plus haut, il faut de la consistance. Au Portugal, nous avons un roi avec Cristiano, nous aurions pu avoir un prince avec Ricardo. Peut-être n’a-t-il pas fait, par moments, les meilleurs choix de clubs.» De son propre aveu, Quaresma garde un souvenir douloureux de son passage à l’Inter de Mourinho en 2008/09 : «Tu ne dois changer pour personne et moi j’ai changé ma façon de jouer et ça n’a rien changé. Tu perds tout… Et j’ai perdu confiance en moi.» Le joueur avait déjà confié au Publico qu’à Milan, il avait «perdu la joie de jouer» : «Le matin, je me surprenais à pleurer lorsque je devais aller m’entraîner.» Les deux larmes tatouées sur sa joue - dont il dit être le seul à connaître la signification - illustrent sa souffrance.

«Lorsque les gitans me voient, c'est comme s'ils voyaient Jésus»

Héros à Porto (où il a évolué en 2004 et 2008 et entre 2014 et 2015), le Lisboète de naissance a connu des moments d’égarement. Lorsqu’en 2013, il signe au Al Ahli (E.A.U.), on le dit bon pour le Golfe mais perdu pour le foot. Le Besiktas le relancera, une première fois. Il confesse à la SIC : «Comme j’aimerais avoir ne serait-ce que la moitié du respect et de l’admiration de la part des Portugais, comme je l’ai en Turquie. Au Portugal, on ne m’a jamais donné de valeur.» Celui qui a généré près de 50M€ en transferts a longtemps traîné l’image du bad-boy, du mec ingérable. Né d’une mère d’origine angolaise, Ricardo a grandi dans une famille gitane. «Lorsque les gitans me voient, c’est comme s’ils voyaient Jésus», souriait-il, il y a dix ans, sur Maisfutebol. D’où l’un de ses surnoms, «Le Gitan». D’où certains préjugés également. Lors de son entretien à la SIC, il se remémorait son enfance, ses origines : «Quand quelque chose se produisait à l’école ou même en dehors, si j’étais présent, je ne sais pas si on m’accusait mais on me regardait d’une façon différente… Parce que je suis gitan. On ne me le disait pas mais je le sentais.» À bientôt l’âge du Christ, Quaresma (carême, en portugais) semble renaître. Laisse parler, Ricardo. Comme le dit un proverbe turc : «Le chien aboie, la caravane passe.»

Nicolas Vilas