neustadter (roman) (MANTEY STEPHANE/L'Equipe)
Drôle de héros

Euro 2016 : Roman Neustädter, le Russe qui a déjà joué pour l'Allemagne

Roman Neustädter est un citoyen du monde. Il dispute l'Euro 2016 avec la Russie, après avoir joué avec l'Allemagne. Et en plus, il aurait également pu porter le maillot de l'Ukraine et du Kazakhstan. Rien que ça.

Se faire bizuter. Dans un groupe, n'importe quel débutant doit y passer. Certains chantonnent leur morceau favori a capella. D'autres essuient une blague potache. Et il y a Roman Neustädter, début juin, avec la Russie. «Quand ils sont à deux mètres de moi, ils m'envoient des passes à mi-hauteur, au niveau du genou, en m'expliquant : "C'est la Russie ici, les passes ne sont pas aussi propres qu'en Allemagne"», décrit-il avec humour à Vice Sports. La mise en jambes est musclée. Elle peut se justifier. Car avant la Russie, Roman Neustädter (28 ans) a joué pour une autre sélection : l'Allemagne.

«Un rêve devenu réalité»

C'était en 2012 et 2013. Deux sélections avec la Mannschaft, lors de matches amicaux. Des rencontres non officielles, et donc non contraignantes. Selon les règles de la FIFA, Neustädter était libre d'opter pour une autre sélection. Il a choisi la Russie. «J'ai de profonds liens avec la Russie depuis l'enfance, se défend-il à Vice Sports. Ma mère est russe, ma grand-mère habite toujours là-bas, comme de nombreux amis ou membres de ma famille. Je parle couramment russe, je sais le lire et l'écrire. J'ai toujours suivi les matches de l'équipe de Russie dans les grandes compétitions. Que je sois appelé dans la Sbornaya (le surnom de l'équipe nationale de Russie), c'est, pour moi, un rêve devenu réalité.»

Naturalisé russe grâce à Vladimir Poutine

Et ce rêve, il le doit, en partie, à... Vladimir Poutine, le président de la Russie. Le 21 mai dernier, Leonid Slutsky, le sélectionneur, dévoile ses vingt-trois joueurs pour l'Euro. Parmi eux, surprise : Neustädter est appelé. À cet instant, il ne possède pas la nationalité russe. Le ministre des Sports Vitali Moutko assure alors à l'agence de presse R-Sport que «cette question était en train d'être résolue». Quatre jours plus tard, Poutine lui accorde la nationalité russe, par décret. Le 30 mai, le milieu de Schalke 04 obtient, à quelques jours près, son passeport russe (ci-dessous, une photo de lui avec son passeport, postée par le compte officiel de la sélection). La date limite pour la réception des listes à l'Euro 2016 est fixée... au 31 mai à minuit. Du même coup, Neustädter dit adieu à sa nationalité allemande, comme l'exige la loi outre-Rhin. «Maintenant, je dois avoir un visa pour aller en Allemagne», explique-t-il au Daily Mail.

Le choix entre quatre nationalités

Après avoir pris part aux premiers matches des Russes à l'Euro 2016, il ne peut plus rebrousser chemin, et revenir avec l'Allemagne. Ni même... choisir une troisième sélection. Car, potentiellement, il avait le choix entre quatre équipes : l'Allemagne, la Russie, le Kazakhstan et l'Ukraine. Neustädter est né en 1989 à Dnipropetrovsk. A l'époque, cette ville faisait partie de l'URSS. Aujourd'hui, elle est située en Ukraine. Et en 2011, la Fédération ukrainienne a bien tenté une approche avec Neustädter. Elle restera lettre morte : il ne possédait pas, alors, de passeport ukrainien. Son lien avec le Kazakhstan, Roman Neustädter le tient de son père, Peter. Également footballeur, il a joué et entraîné en Allemagne. Et surtout, il a porté les couleurs de la sélection kazakhe. Roman aurait pu suivre ses pas. Il ne l'a jamais fait. Il a préféré jouer pour l'Allemagne, puis la Russie. Et c'est déjà pas mal.
Nick Carvalho 
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