(L'Equipe)

Eusebio (Portugal), nouvel épisode de nos 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde

28 mars - 14 juin : dans exactement 78 jours, débutera le Mondial 2018 en Russie. Jusqu'au coup d'envoi, FF vous livre, par ordre alphabétique, sa liste des 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde. Vingt-troisième épisode avec Eusebio.

Son histoire avec la Coupe du monde

Eusebio da Silva Ferreira, ou tout simplement Eusebio, Ballon d'or FF 1965, va laisser une trace éternelle lors de son seul Mondial disputé, celui de 1966 en Angleterre. S'il a réussi à envoyer son pays pour la première fois à la plus prestigieuse des compétitions après une brillante campagne de qualifications (il a marqué 6 des 9 buts inscrits), l'attaquant est attendu au tournant et espère répéter ses exploits du Benfica en sélection. Sous le feu des projecteurs, l'avant-centre ne déçoit pas : il est le grand artisan de la troisième place obtenue par le Portugal et inscrit la bagatelle de neuf buts dans la compétition. La légende portugaise marque même lors de cinq des six matches disputés par son équipe, dont un doublé salvateur contre le tenant du titre brésilien, éliminant la Seleçao dès la phase de groupes.

Le moment marquant

Son doublé en phase de poules qui élimine la Seleçao, ou sa sortie en larmes après la défaite des siens face aux futurs vainqueurs anglais en demi-finale restent des épisodes marquants de cette édition 66. Mais son moment de gloire en Coupe du monde arrive en huitièmes de finale. Opposée à la Corée du Nord - la surprise du tournoi qui a éliminé l’Italie au premier tour -, la formation portugaise se retrouve totalement dépassée et  menée 0-3 au bout de 25 minutes. C’est le moment choisi par Eusebio pour prendre les choses en main. Il inscrit un doublé en première période (27e, 43e) avant de marquer deux nouveaux buts avant l'heure de jeu (56e et 59e) pour porter la marque à 4-3. José Augusto alourdira le score en fin de match (5-3, 80e), signant un retour en force. Seul Emilio Butragueño s'offrira le même formidable quadruplé vingt ans plus tard au Mexique (1986).

Le chiffre : 9

Comme le nombre de buts inscrits par l’attaquant portugais lors de cette Coupe du Monde. En marquant dans cinq des six matches disputés par son équipe, Eusebio est alors devenu le troisième meilleur buteur sur une seule phase finale de Coupe du monde, derrière Juste Fontaine (13 en 1958) et Sandor Kocsis (11 en 1954), avant d'être finalement dépassé par Gerd Müller (10 en 1970). A la fin de l’année 1966, il perd d’une courte tête le Ballon d'Or FF au profit de Bobby Charlton.

L'archive de FF

Juste après la Coupe du monde, FF a recueilli les propos d’Eusebio sur ce fameux quart de finale contre la Corée du Nord : «Nous avons surtout pensé…à l’Italie. Au deuxième but, je me suis dit : cela commence à être dangereux ; mais lorsqu’ils marquèrent le troisième, je ne pouvais pas m’empêcher de penser que les Italiens n’avaient pas réussi à leur marquer le moindre but. C’est peut-être la raison pour laquelle j’ai d’abord manqué une occasion extrêmement facile car nous étions tous énervés par la tournure des événements. Et puis, lorsque j’eus réussi le premier de mes buts, cela me décontracta, ainsi d’ailleurs que tous mes camarades. Lorsque le «grand» (Torres) partit droit au but et qu’il fut crocheté dans la surface de réparation, je me suis dit que le penalty était inéluctable, à moins que l’arbitre ne soit pas de bonne foi. Ce n’était pas le cas, et nous pouvions alors regagner les vestiaires avec un retard seulement d’un but. La tâche restait difficile, mais pas insurmontable. Vous connaissez la suite. Lors du second penalty, j’ai été sérieusement touché par la charge du Coréen, mais j’avais l’occasion d’augmenter mon capital de buts et j’ai demandé à mes camarades de me laisser tirer le penalty. Certes, ma responsabilité était énorme car en cas d’échec, j’aurais peut-être permis aux Coréens, qui étaient alors à égalité avec nous, de nous causer, par la suite, de sérieux ennuis».

Joffrey Pointlane