DIVERT (FABRICE) (L'Equipe)
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Fabrice Divert, retour aux sources

L'ancien attaquant caennais mène une existence paisible dans sa Normandie natale.

Myoaponévrosite plantaire. Derrière ce terme barbare se cache une inflammation ou une lésion de l'arrière du pied nécessitant l'arrêt de toutes les activités sportives pendant plusieurs semaines selon la gravité de l'irritation. Pour Fabrice Divert, cela a été synonyme de fin de carrière en 1996, à seulement vingt-neuf ans, après douze mois de galères, de rendez-vous chez des chirurgiens et des acupuncteurs et même une visite chez Sonny Anderson, l'ancien attaquant lyonnais, victime du même mal.

Un an à se déplacer avec des béquilles, à porter des semelles pour finalement raccrocher les crampons et se résoudre à faire une croix sur sa passion, sur son obsession : marquer. Car, pour celui qui a inscrit 80 buts en L1 de 1988 à 1995 sous les maillots de Caen, de Montpellier et de Guingamp, cet arrêt brutal est non seulement un crève-cœur mais va surtout conditionner son après-football.

Un combat de huit ans

Soutenu par Louis Nicollin, le président héraultais, l'ancien attaquant se résout à tourner la page. Et à retourner dans la région de Caen, sa ville natale, à Verson, avec son épouse et ses deux enfants.

Depuis ce petit bourg de 3 600 habitants, en 1997, il entame un long combat avec les assurances pour obtenir une indemnisation à la suite de son infection. «Durant huit ans, j'ai ferraillé, assisté d'un avocat et d'un médecin conseil.» Durant huit ans, l'ancien international (3 capes) ne travaille pas. «Je n'en avais même pas envie, poursuit-il. Passer des diplômes d'entraîneur était compliqué car cela m'aurait trop sollicité physiquement.»

Heureusement, Fabrice Divert, aujourd'hui âgé de quarante-huit ans, avait été prévoyant en réalisant de bons placements. «Quand j'étais joueur, je me demandais toujours : “Et si tout s'arrêtait demain, quel train de vie pourrais-je avoir ?” J'avais même contracté, lorsque j'étais stagiaire pro, sur les conseils de l'UNFP (NDLR : Union nationale des footballeurs professionnels) et des anciens, une assurance.» Tout cela lui a permis de traverser ces moments délicats sans trop souffrir financièrement.

Dirigeant bénévole

Finalement, c'est de ses deux garçons que viendra la lumière : «Ils ont démarré le foot à Verson en 1997. Je suis devenu membre du club local en qualité de dirigeant. J'ai pu les suivre dès le début. Et lorsque des membres du comité directeur ont démissionné, il ne restait plus que deux personnes aux commandes. Je suis donc devenu le président de Verson de 2006 à 2011.»

Avec en point d'orgue une montée en DH, le plus haut niveau jamais atteint par l'équipe première. Cette expérience va façonner la seconde vie de Fabrice Divert : «Ces cinq années m'ont permis de comprendre comment fonctionne une association. J'y ai appris le rôle de trésorier, la gestion de tout le versant administratif. Par exemple, nous avons remis au goût du jour les statuts et promulgué un règlement intérieur qui jusque-là n'existait pas. Demain, si je dois à nouveau aider un club en tant que président, je pense en être capable.»

Dans ses propos, on sent que cette activité lui manque. Car, depuis qu'il n'est plus président de Verson, l'ancien avant-centre ne fait pas grand-chose en dehors de sa vie de famille. Il a bien conservé quelques contacts avec des copains de promo caennaise ou guingampaise, comme l'entraîneur de l'OL, Hubert Fournier, ou encore Rudi Garcia, mais quand il évoque le Stade Malherbe, on voit poindre chez lui du dépit. Il a certes été invité à donner le coup d'envoi d'une rencontre de L2 ainsi qu'au centenaire du club en 2013, mais avoir vu Pascal Théault, son formateur, remercié après trente-cinq ans de bons et loyaux services, l'a laissé songeur sur la volonté d'intégrer les anciens au projet du Stade Malherbe. «Si l'on veut promouvoir une philosophie régionale, on devrait peut-être regrouper les... régionaux ! Un Christophe Point (directeur de la formation de Dijon) a aussi sa place.»

Pour sa part, Fabrice Divert n'est pas demandeur... et n'est pas demandé ! «Je mène une existence paisible. Je joue un peu au tennis quand mon pied me le permet.» Il faudrait un projet collectif et puisant ses sources aux racines de l'amateurisme local pour le faire bouger.

Jean-Marie Lanoë
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