le tallec (damien) saunier (matthieu) (BOUTROUX/L'Equipe)
Dossier

Faut-il interdire le jeu de tête aux enfants ?

Dans son dernier film sorti ce mercredi, Will Smith se bat contre les dangers sur le cerveau en NFL. Le débat s'étend au foot puisque, depuis janvier, les jeunes aux Etats-Unis ne peuvent plus jouer de la tête. De quoi donner quelques idées en France.

Patrick Grange a franchi toutes les étapes. Des équipes de gamins aux ligues semi-professionnelles, en passant par le foot universitaire. Toujours avec le même engagement physique et son amour du jeu de tête. Depuis l'âge de trois ans. Sur son parcours, cette envie lui joue parfois quelques mauvais tours. Comme à l'université, le jour où il reçoit pas moins de 17 points de suture sur le crâne. Tout au long de sa carrière, il restera aux portes du professionnalisme. En février 2014, Patrick Grange décède des suites de la maladie de Charcot - provoquant la dégénérescence du cerveau et pouvant aller jusqu'à la paralysie du malade. Il a alors 29 ans.

Le cerveau des footeux pas épargné

Les neuropathologistes de Boston University examinent le cerveau du joueur originaire du Nouveau Mexique. Et diagnostiquent le premier cas d'encéphalopathie chronique traumatique (CTE) chez un footballeur. Une maladie plutôt caractéristique des joueurs de football américain, souvent provoquée par la répétition des commotions cérébrales. La CTE est notamment au centre du scandale qui ébranle la NFL depuis quelques années et dont est l'objet le film «Seul contre tous», en salle depuis ce mercredi, avec Will Smith à l'affiche.
Une commotion cérébrale : le mouvement du cerveau contre le crâne qui provoque alors des changements fonctionnels.
Ann McKee, neuropathologiste, a examiné le cerveau de Patrick Grange et notamment collecté plusieurs centaines de cerveaux d'anciens joueurs de football américain pour évaluer la présence de CTE. Le football, tel qu'on le connaît en Europe, n'est pas épargné. «Clairement, les joueurs sont exposés au risque de CTE. Malheureusement, nous ne savons pas à quel point ce risque est important. Des études ont montré que la pratique de la tête par des joueurs amateurs et professionnels est associée à des changements dans la performance cognitive lors de tests neuropsychologiques

Les enfants moins armés face aux commotions

 
Les plus jeunes joueurs ne sont pas ciblés par hasard. Jean-François Chermann a travaillé avec plus de 200 athlètes victimes de commotions. Et le neurologue accueille plutôt bien cette mesure. «Ce n'est pas idiot. La tête est mieux maintenue à l'âge adulte et aussi avec le développement des muscles du cou. Il y a donc plus de balancement du cerveau dans la boîte crânienne des enfants.» Ann McKee lui emboîte le pas. «Le cerveau humain en développement est plus susceptible d'être blessé qu'un cerveau adulte. Etant donné qu'on ne touche que peu à l'intégrité du jeu en supprimant la pratique de la tête chez les jeunes, il est recommandable de limiter l'exposition de tous les enfants et des jeunes athlètes aux impacts répétés sur la tête.»

Les têtes en match, pas à l'entraînement ?

A la Fédération Française, on préfère pourtant éviter l'alerte à outrance. «N'inversons pas les choses et n'allons pas dire qu'à chaque fois qu'on joue le ballon de la tête on risque une commotion cérébrale, insiste Pierre Rochcongar, médecin fédéral national, en charge du protocole commotion cérébrale en L1 et L2. Là, on tombe dans l'exagération.» Le sujet reste tout de même légitime. «Si un jour la FIFA et l'UEFA me disent qu'il faut changer, on changera, poursuit Rochcongar. Mais aujourd'hui je n'ai pas les arguments pour. On doit responsabiliser les parents, les dirigeants et les éducateurs. Si un jour, vous avez un joueur – et surtout un jeune – qui a pris un choc à la tête et que vous sentez qu'il n'est pas très bien, alors, il faut le sortir et demander un avis spécialisé. Pour des jeunes de moins de 20 ans, on sait que c'est 3 semaines d'arrêt.»

Pour l'instant, en France, le seul recours est le protocole commotion cérébrale en L1 et L2, inspiré par la FIFA et l'UEFA. Instauré en février dernier, le programme n'a été utilisé que pour «quelques cas» selon le médecin fédéral. Le protocole oblige les joueurs à sortir du terrain après un choc et à répondre à quelques questions d'orientation, de repère et de mémoire afin de tester leurs capacités cognitives. S'inspirant de l'exemple américain, Jean-François Chermann irait bien un peu plus loin. Avec une proposition expérimentale. «On peut tout à fait envisager que le jeu de tête ne soit pas développé à l'entraînement mais qu'il soit maintenu en match.» Comme si on ne pouvait se séparer de ce geste. Trop attaché que l'on est à ce timing mémorable des soirées d'exception. Souvenez-vous d'un certain 12 juillet...

Florian Perrier
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djad16 12 mars à 0:19

Faut plutôt adapter le ballon.

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