fajr (faycal) (A.Martin/L'Equipe)
Ligue 1 - Caen

Fayçal Fajr sur la saison de Caen : «Il y a des trucs qui m'ont fait mal à la tête»

Passionné, Fayçal Fajr fait un bilan sans concession de la saison catastrophique de Caen, relégué en Ligue 2. Lui qui s'apprête à disputer la Coupe d'Afrique des nations avec le Maroc.

«Lors d'une saison en club, a-t-on la CAN dans un coin de sa tête ?
Chacun est dans son club, chacun pense aux objectifs collectifs. Mais dans un coin de la tête, avec des compétitions comme la Coupe du monde, la Copa America, la Coupe d'Afrique des nations, bien sûr que c'était quelque chose que j'avais à l'esprit tout au long de la saison. Même si j'essayais de ne pas trop y penser. Chaque chose en son temps. Ce sont des moments à vivre à fond. Je me souviens quand j'étais devant ma télévision et que je regardais le Maroc disputer des compétitions. Là, j'ai la chance de pouvoir la jouer, c'est top.

La fiche de Fayçal Fajr

Individuellement, comment évaluez-vous votre saison à Caen ?
De base, je ne suis pas quelqu'un qui aime parler de moi. Je ne suis pas individualiste, même si j'aurais peut-être dû l'être à certains moments de ma carrière. J'ai du mal à exprimer ma joie, à parler de moi, que ce soit en bien ou en mal. Je suis un insatisfait du travail. J'écoute les gens me dire "C'est bien, malgré tout, malgré la difficulté, tu as fait une bonne saison", "tu as fait un bon match", "putain, si tu jouais dans une autre équipe, peut-être que tu aurais de meilleures stats et tu aurais été davantage mis en valeur". J'entends ça. Je suis satisfait, oui, mais d'un autre côté, c'est dur de l'être alors que tu n'as pas réalisé l'objectif. Sachant que ton objectif premier était de maintenir le club. J'en avais rien à cirer de mettre un but, dix buts, quinze buts, vingt-cinq buts... Je ne pensais qu'à faire mon travail à fond tous les jours, à vivre de ma passion. Je joue toujours un match comme si c'était le dernier, mais toujours en pensant collectif. Aujourd'hui, dans le football, tout le monde pense à "je vais marquer, je veux faire la passe", les statistiques, les X, les Y. Personnellement, j'aime le foot comme si j'avais encore six ans.
«Franchement, j'ai fait une année, j'ai eu l'impression d'en avoir joué trois»
À quel point la relégation vous a affecté ?
Tu te dis que tu étais l'un des joueurs d'expérience de l'équipe. Même si le mot "expérience", là encore, je le laisse de côté parce que dans le foot, il n'y a plus d'expérience. Je n'aime pas ce côté où le plus vieux doit avoir la mainmise sur le plus jeune. Mais c'est dur parce que tu reviens dans un club que tu connaissais (NDLR : Il a porté les couleurs de Caen de 2011 à 2014 avant d'y revenir à l'été 2018), tu avais cette "responsabilité" que j'ai acceptée. Malgré le fait qu'on puisse dire du bien de moi, tant que je n'ai pas réalisé ce que le club, la ville et les supporters souhaitaient, je ne peux être qu'attristé. Il y a pire dans le monde. Il y a des choses plus importantes dans la vie. Mais, pour moi, la famille et le foot sont les choses les plus importantes de ma vie. Et si cela ne se passe pas comme j'en ai envie, c'est dur, c'est difficile. On est resté en bas du classement toute la saison, à galérer, et ça c'est dur. Les gens ne le comprennent peut-être pas mais c'est dur mentalement. Ils peuvent se dire "hh, il prend sa belle bagnole, il rentre chez lui, il a le sourire, nous on est tristes". Mais j'ai envie de leur répondre qu'on est encore plus tristes que vous, on est sur le terrain ! On n'y arrive pas. Pendant neuf mois de la saison, ça t'arrive d'être désagréable avec tes proches parce que lorsque le foot est dans ton cœur, c'est dur de vivre ça. Franchement, j'ai fait une année, j'ai eu l'impression d'en avoir joué trois. Cette situation, on l'a vécue pendant des mois et des mois. Donc la relégation, bien sûr, ça te fait un choc. Mais ça ne fait pas le même choc que si tu avais été 12e, 13e et que tu te retrouves 15e à deux journées de la fin et ensuite, boum, 19e. Là tu prends un coup.

Donc vous vous y attendiez...
Je ne m'y attendais pas mais j'étais préparé à ça. J'étais évidemment à fond derrière ce projet-là, mais il y avait des signes qui pouvaient dire "c'est bizarre". Mais je préfère être direct : on ne méritait pas (de se maintenir). Quand je dis "on", c'est tout le monde. J'espère qu'il n'y en a pas un qui se dit "ah non, moi j'ai fait le taf". Non. Personne n'a fait le taf.

«Des embrouilles ? Il n'y a rien eu d'extraordinaire ni de grave à Caen»

Caen n'a pas été épargné par les petites "affaires"...
Je suis direct, je préfère dire ce que je pense et je ne changerai pour rien au monde. Tout en respectant. J'ai vu des choses qui m'ont fait dire "mais ce n'est pas professionnel". J'ai peut-être fait des fautes également. J'ai été leader, mais à ma façon, direct. On a été comme ça avec moi dans ma carrière donc je voulais être comme ça. Et maintenant, tu as une génération qui arrive. Je ne fais pas le grand, mais les jeunes, ce n'est pas comme avant. Pourtant je n'ai que 30 ans. Il y en a beaucoup qui méritent, mais il y en a aussi beaucoup à qui on leur a donné gratuitement les portes du monde pro. Moi, j'ai galéré, galéré pour jouer au haut niveau. Et aujourd'hui, je me dis que c'est facile. Trop facile. Le côté professionnel, en fait, je l'ai perdu. Je voyais des choses, et je ne vais pas entrer dans les détails... Mais je les prenais à cœur et je me disais "c'est grave". J'avalais, j'avalais, j'avalais. Quand je vois une personne qui débute à peine en Ligue 1 et que j'entends de ces choses... C'est le monde à l'envers. Qu'on se regarde dans une glace pour se demander "est-ce qu'on est bon ou pas ?". Il y a des trucs qui m'ont fait mal à la tête...

Avez-vous un exemple à nous donner ?
Les gens parleront de l'altercation que j'ai pu avoir avec Frédéric Guilbert (NDLR : le 15 mai, à l'entraînement). J'en ai eu une également avec Saîf-Eddine Khaoui, que j'aime bien, à la mi-temps d'un match à Montpellier (NDLR : 22e journée, défaite 0-2). J'encourage, je dis les choses, c'est ma façon d'être. Mais il ne faut pas le prendre dans le sens où j'agresse. Et sur un petit truc de merde, à la mi-temps, ç'a affecté Saîf. Et ç'a affecté d'autres joueurs qui ont profité de la situation en se disant à la fin : "c'est normal qu'on ait perdu, ils se sont pris la tête." C'est grave. Des embrouilles, il y en a tous les jours, dans tous les vestiaires. Je peux te dire, et je suis très bien placé pour dire ça : il n'y a rien eu d'extraordinaire ni de grave à Caen. J'ai déjà vécu pire.
«J'ai perdu ce goût-là du professionnalisme et du travail»
Doit-on, du coup, davantage incriminer les coaches ?
Il y avait de la jalousie de la part de certains joueurs du vestiaire qui se demandaient "mais pourquoi le coach (Fabien Mercadal) a cette affinité avec Fayçal ?". Des fois, je me mets à la place d'un coach. C'est difficile d'avoir en face de toi vingt-cinq joueurs de caractères différents. Aujourd'hui, dans la mentalité en France, un entraîneur doit être un papa. Tu dois faire avec la génération qui arrive. Une génération où c'est "moins je travaille, mieux c'est". Le jeune d'aujourd'hui, il a des qualités mais je ne sais pas s'il va tout faire pour aller chercher au-dessus ou s'il va vouloir rester en bas, avoir son salaire, être tranquille... Fabien, comme Rolland (Courbis), ont amené leur vécu. Quand Rolland est venu, je ne l'ai pas plus respecté que Fabien, c'était pareil. Fabien, on a eu cette amitié-là, on pouvait se dire les choses, et ça pouvait rendre certains joueurs jaloux. Cette saison, j'ai perdu ce goût-là du professionnalisme et du travail. Je n'avais jamais eu aucun problème à l'étranger ou en équipe nationale. Moi, je pleure encore dans le foot. Et j'ai 30 piges. Je perds, je ne suis pas bien, je suis capable de verser des larmes. Pourtant, je remercie Dieu de m'avoir donné la chance de faire ce que je fais. J'ai pu disputer des compétitions, jouer dans des stades en Espagne, en France, à la Coupe du monde où j'avais rêvé d'évoluer, représenter mon pays. Je garde ça en moi et ça m'affecte. Le football, avant tout, c'est du plaisir. Si tu n'en prends pas, ça ne sert à rien».

Jeudi, retrouvez la seconde partie de notre entretien avec Fayçal Fajr, cette fois consacrée au Maroc et à la Coupe d'Afrique des nations 2019.
Timothé Crépin
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zizou650 19 juin à 16:51

...Si possible, qu'il change de lunettes au passage également

zizou650 19 juin à 10:16

Un bon gars, qui mériterait de venir au Toulouse-Occitanie FC afin de porter ce club plus haut.

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