Fayçal Fajr est fier de porter le maillot du Maroc.  Maxim Shemetov/ Reuters (Maxim Shemetov//Reuters)
CAN 2021 - Maroc

Fayçal Fajr sur la sélection du Maroc : «Ce n'était pas le bordel !»

Quatre mois après sa terrible élimination dès les huitièmes de finale de la CAN, le Maroc attaque les qualifications pour l'édition 2021 avec l'envie de se racheter. Fayçal Fajr, aujourd'hui à Getafe, revient sur ces derniers mois compliqués et sur l'impact de Vahid Halilhodzic.

«À quel point a-t-il pu être difficile de se remettre de cette élimination surprise lors de la dernière Coupe d'Afrique des nations face au Bénin (1-1 a.p., 1 t.a.b. à 4) ?
Ç'a été de la déception, de la frustration. C'est dur de revenir sur cet épisode, mais ce sera gravé à vie. C'est comme ça. Pendant quatre mois, tu te remémores la Coupe d'Afrique, avec des images qui te reviennent. Le sommeil était un peu perturbé après la CAN. Il va falloir penser à autre chose. On ne peut pas dire qu'on est en reconstruction. Il faut repartir de l'avant. Il y a un nouveau coach, avec une nouvelle façon de travailler. Au Maroc, le football est quelque chose de super important. Tout le monde aime le foot, et c'est normal qu'il y ait eu de la déception.

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Avez-vous vu le regard des gens changer ?
Bien sûr. Et c'est normal. Je connais bien mon pays, je sais la mentalité. J'ai senti un avant et un après CAN. Malheureusement, des fois, il y a des choses incompréhensibles. Même quand je t'en parle, là, encore, je suis frustré. Les gens sont tristes. Le football redonne le sourire à tout le peuple... Mais pourquoi sont-ils aussi difficiles ? Parce qu'ils savent très bien le groupe qu'on avait et la qualité qu'on a. Quand tu regardes les joueurs, tu te dis que ce n'est pas normal. À nous de redonner, justement, de la joie. À nous de faire revenir les Marocains vers nous.

«Je ne dis pas qu'on n'a pas respecté le Bénin, mais...»

Aujourd'hui, parvenez-vous à expliquer comment le Maroc a-t-il pu sortir si vite de la CAN ?
C'est de la faute de tout le monde, du groupe en lui-même. Dans le football, il faut respecter tout le monde. Je ne dis pas qu'on n'a pas respecté le Bénin, mais, je ne sais pas... C'est incompréhensible ! C'est pour ça qu'aujourd'hui, en Afrique, il n'y a pas de matches faciles. Toutes les équipes se donnent, mouillent le maillot. Il y a peut-être eu une insuffisance de notre part. Si le Maroc est allé à la Coupe du monde ou est devenu une équipe redoutée en Afrique ces quatre dernières années, c'est parce qu'on avait un groupe. Un bon groupe.

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«Même si on avait gagné cette CAN, je pense qu'Hervé Renard ne serait pas resté»
Avez-vous été surpris ou déçu de voir Hervé Renard quitter ses fonctions ?
Non, je m'en doutais. Moi qui étais un peu proche de lui, on avait quelques discussions ensemble, et je le sentais. Sans pour autant qu'il me le dise directement. Je sentais que la page allait se tourner après la Coupe d'Afrique.

Pourquoi ?
Je pense qu'il voulait aller voir ailleurs, qu'il estimait qu'il avait rempli ses objectifs et qu'il voulait terminer par une CAN. Il voulait ramener une CAN au Maroc.

Serait-il resté, selon vous, si le Maroc avait par exemple atteint le dernier carré ?
Même si on avait gagné cette CAN, je pense qu'il ne serait pas resté.

«On doit être derrière et avec Halilhodzic»

Vahid Halilhodzic est arrivé : a-t-il des points communs avec son prédécesseur ?
Coach Vahid, c'est quelqu'un qui bosse beaucoup, qui parle beaucoup, qui essaie d'être proche des joueurs. Aujourd'hui, dans le football moderne, c'est ce qu'il faut dans une sélection ou une équipe : une cohésion de groupe, de l'exigence, du travail... Chacun a sa façon de travailler mais il y a des points communs.

Quelle a été la première chose faite par Vahid Halilhodzic lors du premier rassemblement avec le Maroc ?
Nous parler positivement, savoir pourquoi on est là. Il a amené cette envie de tout donner sur le terrain pour essayer de créer quelque chose. Il fallait redonner de la confiance car après cette CAN, c'était difficile pour les supporters comme pour nous. On n'est pas satisfaits, on n'est pas heureux. On est les premiers frustrés, mais il ne faut pas s'arrêter là. Ça fait du bien d'écouter ces paroles-là, de repartir de l'avant. Ça ne va peut-être pas être tout beau, tout neuf au début, mais il nous montre qu'il a envie et on doit être derrière et avec lui.
«À aucun moment Halilhodzic a fait passer un message comme quoi ça allait être comme à l'armée»
De l'extérieur, il y a cette impression que Vahid Halilhodzic veut ramener un peu d'ordre au sein de ce Maroc...
C'est peut-être l'image qu'il dégage et que pensent les gens de l'extérieur. Pour moi, et je pense pour les joueurs, il n'y a rien qui me perturbe et qui me fait dire qu'il est différent. C'est peut-être son franc-parler, il parle avec le cœur, il dit ce qu'il a à dire, ce n'est pas un tricheur.

Cette façon de faire peut aussi être dangereuse, notamment au Maroc, où tout peut aller très vite...
Peut-être, mais c'est partout pareil. De là à dire que c'était le bazar dans la sélection... Je suis bien placé pour le dire : ce n'était pas le bazar, ce n'était pas la java, le bordel ! Quand il est venu, son discours a été correct et normal. À aucun moment il a fait passer un message comme quoi ça allait être comme à l'armée.
Il effectue également pas mal de tests, tout en n'hésitant pas à écarter et épingler certains joueurs comme Amine Harit, malgré son bon début de saison. Est-ce que cela fait parler chez les joueurs ?
Comme je l'ai dit, c'est quelqu'un qui est direct. Il voit des choses. Moi qui suis proche d'Amine, je sais que ça le touche de ne pas venir. Ça lui fait quelque chose. Il aime le Maroc, il a la mentalité, mais la décision revient à l'entraîneur, il nous le fait comprendre et il faut la respecter. On est derrière Amine mais ça prouve qu'aucun joueur n'est indispensable en sélection, n'est au-dessus de la sélection, alors qu'Amine est un des meilleurs joueurs du Championnat allemand. Un talent pur.

«Ziyech, on va en attendre encore plus de lui»

Autre individualité : Hakim Ziyech. Comment le sentez-vous dans cette sélection, lui qui avait raté un penalty lors du huitième de finale fatal au Maroc face au Bénin ? Est-il amené à être le patron technique ?
Bien sûr. On échange, on essaie de parler, discuter. Il a été le premier frustré après cette CAN. Je pense qu'il va peut-être avoir un côté revanchard. Il a la mentalité. Il est au service du groupe. Il était déjà un cadre, mais il va l'être, je pense, encore plus. Il va avoir encore plus les projecteurs sur lui, on va en attendre encore plus de lui parce qu'il fait des choses formidables avec l'Ajax. Peut-être que les Marocains attendent qu'il fasse la même chose qu'à l'Ajax. Mais c'est différent. Il a en tout cas envie de le faire. J'espère que ça va le faire. Il en est capable. Je lui souhaite tout le bonheur en équipe nationale. Les gens s'arrêtent sur la défaite mais il ne faut pas oublier tout ce qu'il a pu faire avant. Je sens qu'il a envie et qu'il va être prêt pour ramener l'équipe vers le haut. Mais si on veut redevenir une équipe redoutable, même si on l'est toujours, ça passera par créer un groupe, sans qu'un joueur soit au-dessus d'un autre.

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Dernière question sur votre parcours en club : comment se passe votre saison à Getafe, que vous avez décidé de rejoindre l'été dernier après la descente en Ligue 2 de Caen ?
C'est 50-50... J'ai joué la moitié des matches en tant que titulaire, j'ai été en tribune pendant quelques-uns, j'ai participé à tous les matches de Ligue Europa... C'est un peu bizarre. C'est comme ça. Il faut travailler. J'ai choisi Getafe parce que j'avais envie d'y revenir (NDLR : Il y avait déjà évolué en 2017-18). Le coach m'avait montré son envie. Mais je ne te cache pas que ça ne se passe pas comme je l'aurais souhaité. À moi de faire changer tout ça. Je ne vais pas aller pleurer pour jouer. On verra ce qu'il va se passer. Il va peut-être falloir trouver une solution.

Vous ferez un point en décembre...
Ça, c'est sûr et certain. Il va falloir faire un point. J'en discute un peu avec mon agent. Je n'ai pas la grosse tête, je n'ai pas le melon, mais je me dis que je ne mérite peut-être pas ça. J'accepte les décisions du coach, mais ça me fait bizarre. Avec l'âge et l'expérience, c'est dur pour un passionné de football de se retrouver à ne pas jouer.»
Timothé Crépin
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