Schlussjubel Felipe Santana (Dortmund) Fussball Champions League, Viertelfinale Rueckspiel, Borussia Dortmund - FC Malaga 3:2 *** Local Caption *** (UweSpeck/PRESSE SPORTS)

Felipe Santana : «Ça, c'est le secret de Jürgen Klopp...»

Il a vécu le mythe du but décisif dans le temps additionnel, les ambiances électriques de Dortmund et Schalke, le chagrin d'une finale de Ligue des champions perdue et la méthode Jürgen Klopp de l'intérieur. Le défenseur brésilien raconte.

«Dortmund-Malaga 2013, Marco Reus égalise à 2-2 mais vous êtes toujours éliminés au but à l'extérieur. On joue la 93e minute...
C'est un super souvenir, non seulement pour moi mais pour tous les gens de Dortmund. Car au-delà de cette qualification et de ce but (Felipe Santana marque à la 93e et qualifie le BVB, ndlr), on a vraiment réalisé une très très très grosse campagne européenne. C'était un moment extrêmement grisant, une grosse victoire. Tu dois faire tout ce qui est en ton possible pour qualifier l'équipe et quand le ballon arrive vers moi, je la pousse juste au fond. Alors c'est plutôt une grosse satisfaction collective, un gros boulot des gars. Et puis je n'étais pas tout seul à me battre pour ce ballon ! C'était un moment très dur pour nous. Il n'y avait aucune autre solution que de tenter de marquer, de se dépouiller, la qualification nous échappait.
On ressent quoi, un brin de folie ?
C'est un rêve. De tout ce que j'ai vécu avec le football, c'est le moment le plus spécial de ma carrière. Quand tu es enfant, même dans tes rêves les plus fous tu ne t'imagines pas vivre ces choses-là et atteindre la finale de la Ligue des champions. On a fait quelque chose de grand. Et le parcours, depuis la phrase de groupes, a permis de construire quelque chose au niveau de la confiance. C'est ce qui te permet d'affronter de grandes équipes et d'y croire. Mais oui, pour moi, c'était spécial, ce but. Et encore aujourd'hui, je n'ai pas de mot pour décrire exactement ce que j'ai vécu à ce instant-là.
Pour un défenseur, en plus, c'est plutôt rare de marquer.
C'est sûr ! J'avais déjà marqué face au Shakhtar Donetsk lors de la phase de poules, et c'était également un but important qui nous a fait sentir plus relax. Mais ce but contre Malaga... (il respire) Il est bien différent. J'ai dit aux gars, quand je suis monté sur le coup franc, de me mettre le ballon sur la tête. On avait toutes les qualités pour du jeu au sol, avec des joueurs comme Marco Reus ou Robert Lewandowski, mais beaucoup de mal dans les airs. Malaga avait des bons joueurs de tête et des joueurs solides. Je pensais pouvoir aider sur ça. Finalement, je récupère à la suite d'un cafouillage, c'est Robert qui centre et je marque. Bon, aujourd'hui, avec le VAR, il serait refusé pour hors-jeu... D'ailleurs, mon premier réflexe a été de courir vite vers l'extérieur pour éviter d'être signalé. C'était une nuit vraiment particulière.

Le bonheur d'un but à la 93e minute. (Uwe Speck/WITTERS/PRESSE SPORT/PRESSE SPORTS)

L'après-match a dû être extraordinaire !
Complètement fou, même. On est retourné au vestiaire et on a carrément organisé une fête là-dedans. On a sauté, chanté, dansé, bu... On a fait tout ce qui nous passait par la tête. Beaucoup buvaient, c'était vraiment fou. Mon téléphone n'arrêtait pas de sonner, mais je ne pouvais pas parler à tout le monde. La seule personne, c'était mon papa. Ensuite, je n'ai pas dormi pendant deux nuits. C'était juste impossible. J'essayais de fermer mes yeux et la seule chose que je voyais, c'était ce but.
Les gens continuent de vous en parler ?
Oh oui ! Surtout les fans du Borussia. Chaque 9 avril est un moment spécial. C'est l'anniversaire du but. Et chaque année, ils se souviennent de ce moment. Je suis heureux et fier d'avoir été celui qui qualifie l'équipe.

«Mon moment marquant, c'est Zidane face à Leverkusen, la reprise de volée en finale»

Quel est votre plus vieux souvenir de la Ligue des champions ?
C'est d'abord un rêve pour tous les enfants qui imaginent jouer au football. Ce n'était pas vraiment différent pour moi. Je viens d'un contexte social assez compliqué, ça n'a pas toujours été facile, mais j'ai toujours essayé de faire de mon mieux pour m'en sortir et surtout réussir dans le football. Evidemment, on voit tout à la télévision et on pense à nos idoles. Mon moment marquant, c'est Zinédine Zidane face à Leverkusen, la reprise de volée en finale de la Ligue des champions 2002. Mais aussi tous les Brésiliens qui m'ont inspiré. Lucio, Juan, Roque Junior... J'ai rêvé d'être à leur place. Et un jour, ton moment vient. Ma première opportunité en Ligue des champions comme titulaire, c'était face à Arsenal à l'Emirates Stadium. J'étais tellement nerveux... J'ai essayé de faire de mon mieux. Mais chaque match de Ligue des champions te métamorphose, rajoute un petit truc en toi. Tu ne peux pas dormir et tu sais que tu vas jouer contre les meilleurs du monde. Et puis j'ai quand même eu l'opportunité de participer une finale... Ç'aurait été le rêve complet si on avait gagné face au Bayern. La Ligue des champions, c'est une expérience de vie.
Vous avez joué la C1 avec Dortmund et Schalke, deux très gros clubs avec deux grosses ambiances. Les nuits européennes sont particulières ?
À Dortmund, c'est spécial. Car la configuration du stade est différente entre la Ligue des champions et la Bundesliga. Le stade passe de 80.000 spectateurs normalement à quelque chose comme 60.000 en coupe d'Europe. Mais ça restait une incroyable ambiance et un immense plaisir d'y avoir joué. Pareil pour Schalke. Après, les stades sont vraiment différents. Dortmund est un stade à l'ancienne, Schalke est une arena hyper moderne. Les tribunes sont plus proches du terrain à Dortmund, alors qu'à Schalke, tu as plus le sentiment de jouer dans un théâtre. Tu as donc des feelings différents, mais tu sais que l'atmosphère est lourde dans tous les cas.
Avec ce mur jaune pour Dortmund, évidemment...
C'est vraiment costaud, même si en Ligue des champions, tu n'as pas ces 50.000 spectateurs dans le mur qui changent tout derrière le but.

Le mur jaune, exhausteur d'émotions. Felipe Santana savoure. (MANTEY/L'Equipe)

Jürgen Klopp était le guide du BVB. Y a-t-il des évolutions entre le Klopp de l'époque et celui de Liverpool ?
Il n'a cessé d'évoluer et de se réinventer. Il a grandi, il a maximisé ses qualités, il a pris énormément d'expérience, il a appris beaucoup de choses. J'y vois un nouvel entraîneur, du moins beaucoup plus complet. Il était déjà un excellent coach, inspirant, mais il est désormais, à Liverpool, bien plus confiant, plus développé. Il a perdu deux finales de Ligue des champions, avec Dortmund et Liverpool, mais ça l'a fait grandir. Et c'est un autre Klopp. Il s'est développé dans tous les domaines. C'est un caméléon. Il peut changer le cours d'un match avec une ou deux décisions. Il est capable d'anticiper, bien plus qu'à Dortmund. Il sait ce qu'il se passe, comment les joueurs interagissent... Et il arrive toujours à tirer le meilleur de ses joueurs.
 
Les individualités ont changé, à l'image des deux attaquants, Robert Lewandowski et Roberto Firmino, qui ont des profils très différents.
C'est très important dans l'évolution de Jürgen Klopp. Robert Lewandowski est plus un numéro 9 pur. Roberto Firmino, c'est un 10 qui joue 9. Les deux sont formidables et, surtout, ils font partie d'une attaque qui se complète. À Dortmund, Lewandowski jouait aux côtés de Marco Reus et Mario Gotze. Firmino, lui, joue avec Sadio Mané et Mo Salah, qui sont deux joueurs très différents. Le changement se situe là. À Dortmund, on jouait pour Lewandowski. Et Liverpool ne joue pas pour Firmino puisqu'au contraire, c'est lui qui fait le jeu.
 
À propos des défenseurs, qu'exigeait-il de vous ?
Déjà, Liverpool a le meilleur défenseur du monde, Virgil van Dijk, donc ça change pas mal de choses. Mais on n'était pas à plaindre avec Mats Hummels ou Neven Subotic. Mats est devenu champion du monde un an après la finale de Ligue des champions. Il était le leader de notre défense, celui qui transmettait de la tranquillité. Et Jürgen Klopp s'appuyait sur ça. Il faisait énormément de travail spécifique autour des défenseurs. Pas uniquement, mais il y en avait. Le modo du jeu de Klopp commence par le pressing, qui débutait évidemment par les attaquants. En défense, tu dois suivre pour pouvoir imposer des choix restreints à l'adversaire. Pour ça, il exigeait une concentration maximale car le pressing est une histoire de détails. Il a toujours gardé cette philosophie. C'est une situation qui t'apporte de la confiance, un sentiment particulier match après match.
 
On le voit très proche des joueurs et il semble diffuser beaucoup de joie.
Jürgen Klopp parle énormément avec ses joueurs. Et il passe son temps à faire des blagues. Tu construis une atmosphère positive. De son côté, ça lui permet de créer quelque chose. Au final, les joueurs mettent leur destin entre ses mains et le suivent dans ses idées. C'est le secret de Jürgen Klopp. Il sait comment fonctionnent les joueurs, comment les gérer, comment les mettre en confiance... Et tout ça, évidemment, se traduit sur le terrain.
 
À propos de vous, quels sont les projets à venir ?
Mon seul et unique projet, c'est de revenir sur le terrain. J'ai voulu stopper un peu car je me suis gravement blessé. Et cette blessure m'a mis de côté... J'ai voulu m'arrêter, reprendre petit à petit. Mais un an après, je suis remis et prêt à revenir. Bien sûr, je dois recommencer au plus bas. Mais c'est mon objectif, retrouver un club et pourquoi pas retrouver l'Europe un jour.»