feret (julien) (L'Equipe)
Journée des 10

Féret : «Numéro 10, c'est avant tout un état d'esprit»

Pour pimenter cette journée des numéros 10 sur Francefootball.fr, qui de mieux que le Caennais Julien Féret pour détailler les spécificités de ce poste si particulier ? En route pour un amical face au Havre dans le car de Malherbe, le meneur de jeu de D'Ornano se livre.

«Numéro 10, ça ne veut plus dire grand-chose aujourd'hui.»
«On a l'impression que vous êtes numéro 10 depuis votre naissance. Vous avez commencé à ce poste-là ?
Oui, dans ma jeunesse, j'ai beaucoup évolué à ce poste. C'est celui qui correspond depuis toujours à ce que j'aime faire, c'est-à-dire donner des ballons, être dans le camp adverse, faire des passes décisives, marquer des buts. Depuis tout petit, j'ai souvent été au cœur du jeu. Au fil de ma carrière, ç'a parfois évolué. De temps en temps, j'ai joué sur les côtés comme à Nancy. À Caen, par exemple, je ne suis pas vraiment un numéro 10 à proprement parler. Mais ça m'arrive par période dans les matches, sur certaines actions. Je me retrouve dans ces caractéristiques-là.

Vous aviez un joueur à ce poste qui vous inspirait à l'époque ? 
Paradoxalement, j'adorais Cantona. J'aimais tout ce qu'il faisait et surtout comment il le faisait. Mais après non, sur le coup, être numéro 10, c'était plus moi, mon envie, j'ai toujours aimé ça. Naturellement, je me suis mis là sur le terrain parce que ça me plaisait. Je ne regardais pas beaucoup le foot, mais j'aimais le pratiquer. Je n'avais pas de modèles.
 
Vous faites partie de ces gars qui préfèrent plutôt passer que marquer ? 
Je n'emploierais pas le mot préférer. Mais pour moi, la jouissance est la même. Ça me fait autant plaisir de marquer que de mettre quelqu'un dans les dispositions idéales pour inscrire un but.
 
C'est quoi un numéro 10 pour vous ?
(Il rit, ses coéquipiers dans le car semblent commencer à le chambrer) Je pense que le numéro 10 typique n'existe plus vraiment. Numéro 10, ça ne veut plus dire grand-chose aujourd'hui. C'est avant tout un état d'esprit. Par définition, c'est un milieu de terrain au cœur du jeu, capable de prendre le ballon, de le distribuer mais aussi d'apporter du soutien aux attaquants. Il doit aussi être suffisamment proche de la surface de réparation adverse.
Julien Féret avec Patrice Garande, son coach à Caen. (L'Equipe)
Julien Féret avec Patrice Garande, son coach à Caen. (L'Equipe)

«Valbuena, c'est vraiment un exemple à ce poste»

Jouer pour les autres, ça sonne un peu anachronique...
J'ai l'impression que c'est passé de temps oui. Mais attention, moi j'aime aussi les joueurs qui prennent la balle, percutent, éliminent et font des différences. Par exemple, quand j'étais à Rennes, j'adorais jouer avec Pitroipa. J'adorais lui donner le ballon parce qu'avec lui, il se passait toujours des choses.
 
Le numéro 10 n'existe plus vraiment ? 
Maintenant, il y a plusieurs joueurs importants dans une équipe qui peuvent prendre le ballon et faire jouer les autres, que ce soit au milieu ou devant. Ce n'est plus vraiment un seul mec comme Zidane qui en est capable. De plus, les attaques ne sont plus formatées à passer simplement par un seul mec qui fait les différences et élimine les autres sur un dribble. Après ça dépend : à Lyon, par exemple, quand Fekir ou Grenier jouent en numéro 10, ou Valbuena maintenant, c'est peut-être un peu plus marquant. Ils jouent avec deux attaquants et le système fait qu'ils ont une liberté totale et que le 10 peut influencer sur le jeu.
 
Vous regrettez de faire partie d'une espèce en voie de disparition ?
(Il souffle) Ce que je regrette, c'est qu'il y ait moins de joueurs collectifs. Aujourd'hui, marquer un but, c'est le plus important. C'est peut-être aussi ce qu'on dit aux jeunes et ce que recherchent les clubs dans les formations. C'est un autre choix. Mathieu Valbuena, pour en revenir à lui, il ne rentrait pas dans les caractéristiques au début de sa carrière. Quand on voit le joueur que c'est devenu, ç'aurait été un tel gâchis. Il cherche tout le temps à faire jouer les autres. C'est vraiment un exemple. J'aimerais voir plus de joueurs comme lui dans le foot français.
 
En comparaison du système lyonnais, dans le 4-1-4-1 de Garande, vous tenez aussi la baguette. Avec un joueur plus défensif comme Delaplace ou Leborgne à vos côtés, ça vous permet de vous projeter plus vers l'avant ? 
C'est ce que le coach me demande oui. Il veut essayer de trouver un bon équilibre pour l'équipe tout en nous laissant, nous les offensifs, le maximum de liberté pour qu'on puisse s'exprimer. C'est vrai que pour moi en l'occurrence, être un peu plus haut dans les phases offensives, c'est ce que je recherche et c'est là où je m'exprime le mieux.
Julien Féret a appris à connaître Andy Delort pour tenter de lui servir des caviars. (L'Equipe)
Julien Féret a appris à connaître Andy Delort pour tenter de lui servir des caviars. (L'Equipe)

«Andy (Delort), il te donne envie de lui mettre les ballons dans les meilleures conditions»

On a parfois l'impression que vous êtes un peu comme un électron libre dans l'entrejeu...
(Il rit) Non, non, pas un électron libre car des consignes on en a toujours. Sur le plan offensif, on me demande de trouver des décalages, des solutions et ça varie selon les équipes en face. Parfois on essaie de plus insister sur un côté, au milieu etc...
 
Le 10 s'adapte plutôt à l'attaquant ou c'est l'inverse ?
Quand j'arrive dans un nouveau club ou qu'un attaquant est transféré chez nous, pendant les premiers jours ou les premières semaines, j'aime essayer de comprendre très vite son jeu, ses préférences, ses envies. Je pense que c'est à moi de m'adapter pour le mettre dans les meilleures dispositions.
 
Comment ça s'est passé avec Andy Delort cet été ? Vous avez regardé des vidéos de lui pour comprendre son jeu ?
(Il rit) Non, je ne suis quand même pas allé jusque-là, mais on a fignolé notre entente aux entraînements et durant les matches de préparation. Je commence à avoir de la bouteille donc je sais où je vais quand il y a un nouveau. Nous avons beaucoup discuté au début quand il est arrivé. C'est normal, c'est un nouveau système de jeu, il faut qu'il s'adapte, qu'il mette ses efforts à contribution pour lui et son équipe. Au départ, on a discuté défense, pour le cadrer dans les efforts à réaliser, afin qu'il ne se fatigue pas pour rien et qu'il garde de l'énergie pour conclure. Quand on voit son style, sa générosité sur le terrain, il te donne envie de lui mettre des ballons dans les meilleures conditions. Il n'est jamais avare d'efforts. (En bruit de fond, ses coéquipiers crient et semblent  le chambrer) Mais comme on parle de numéro 10, ils savent très bien que j'ai la parole facile avec ça. Eux, ils ne peuvent pas en parler, ils ne savent pas ce que c'est, ils ne connaissent pas (il rit).
«À mon poste, il faut réfléchir en même temps que tu joues, tenir compte des déplacements, s'imaginer les décalages»
C'est un gros boulot en amont d'être numéro 10 ? 
Avec le staff, on fait pas mal de vidéos pour trouver les faiblesses des adversaires, leurs points forts. Sur le terrain après, c'est une autre musique. À mon poste, il faut réfléchir en même temps que tu joues, tenir compte des déplacements, s'imaginer les décalages... Il faut tout le temps être attentif et toujours être dans la justesse.
 
Du coup, ça donne quoi un numéro 10 qui évolue sur un côté ?  
Forcément, il y a toujours un peu de frustration car on se dit qu'on serait mieux dans l'axe, qu'on servirait plus. Au final, on ne se trouve jamais vraiment sur la ligne de touche parce qu'on revient souvent au cœur du jeu, là où les différences peuvent se faire. Pour ma part, je n'avais pas les qualités pour jouer excentré, alors, tu fais un peu évoluer le poste en repiquant souvent dans l'axe. Parfois, on est obligé de s'adapter au discours du coach, c'est comme ça.
 
Vous avez en mémoire un numéro 6 qui vous a fait des misères ?
(Du tac au tac) Toulalan ! Sans hésiter. C'est un joueur qui anticipe tout le temps. Même avant de lancer ta passe, t'as l'impression qu'il va bondir. C'est chaud... C'est un peu un numéro 10 à l'envers avec un aspect plus défensif. C'est très très compliqué de jouer contre lui.
 
Vous avez des regrets concernant l'équipe de France ? 
C'est comme ça... On ne peut pas changer les choses. Ça reste une déception, comme pour chaque personne non sélectionnée. Si je n'ai jamais eu de sélections, c'est peut-être que ce que je faisais ne suffisait pas tout simplement.»
Johan Tabau 
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