(L'Equipe)
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FIFA : 5 pistes pour sortir de la crise

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FIFA : 5 pistes pour sortir de la crise

Cernée par les affaires de corruption, la FIFA est en pleine tourmente après l'annonce de la démission de son président, Sepp Blatter. Les économistes de francefootball.fr proposent des voies à suivre pour sortir de l'ornière l'institution aux 209 associations affiliées.

Quatre jours après sa réélection à la présidence de la FIFA, Sepp Blatter, de plus en plus acculé, a donc jeté l’éponge. La tempête née la semaine dernière quand la police fédérale suisse a arrêté plusieurs officiels de l’organisation sous des chefs d’accusation variés allant du racket au blanchiment d’argent et au détournement de fonds, a tout emporté. Elle souligne que le changement est indispensable. Tout amateur de foot, le sport populaire par excellence, se doit de rêver à une organisation saine pour les représenter, une organisation avec un sens éthique et un respect des règles souvent prônées d’égalité et de fair-play. Aussi rêvons-nous d’une réforme de la FIFA qui la rendrait meilleure et redonnerait espoir à tous les amoureux du foot. Pas de solution miracle mais des pistes à creuser.

1. «Contrôler l'attribution des fonds»

«Des changements importants doivent intervenir dans les procédures d'attribution des divers fonds FIFA pour le développement du football (FIFA Goal etc.) car ils ont eu un rôle important dans « l’achat » du soutien des petites fédérations pour les élections. Il pourrait être intéressant de confier ces attributions à des personnalités qualifiées indépendantes issues du monde du football (représentant des fédérations et des confédérations) mais pas uniquement (société civile, experts qualifiés, etc.). Par ailleurs, l'attribution devrait faire l'objet d'une publication des délibérations et des dossiers de candidature. Enfin, la détermination d'une grille d'analyse de ces dossiers serait aussi un plus. Pour l’élection du président, une limitation du nombre de mandat à deux cycles, la constitution d'un comité des sages de type conseil de surveillance ayant de vraies prérogatives (audit-contrôle...), et la réforme du système de votes avec une proportionnelle au nombre de licenciés seraient des éléments clés à mettre en place. Finalement, une suspension des dirigeants ayant été confondus dans des affaires de corruption ou de fraudes s’impose.»
 
Christophe Lepetit
Chargé d’Études Économiques
Centre de Droit et D’Économie du Sport

2. «Créer un conseil des sages indépendants»

«Le danger majeur pour la FIFA suite aux affaires de corruption concerne l'état de sa réputation. Le jeu d'acteurs actuel lié au mode de gouvernance et au système de vote pour l'élection du président et le choix des pays hôtes pour l'organisation de la Coupe du monde a maturément créée une organisation politique au sein de laquelle le marketing d'influence se confond avec des actes de corruption. A l'instar des récentes décisions au sein de l'ATP World Tour (tennis), il serait judicieux de créer un conseil de sages dont les membres seraient indépendants, c'est à dire sans lien et intérêt politique ou économique pour la FIFA : grands dirigeants d'entreprise, d'ONG, anciens athlètes reconvertis, universitaires... Ce conseil des sages aurait comme responsabilité de garantir l'équité et l'éthique dans les prises de décision et de protéger la réputation de la FIFA. Ce conseil aura comme prérogative de suspendre de ses fonctions tout dirigeant de la FIFA qu'il jugera nocif en termes de réputation et non éthique.»
 
Lionel Maltese
Maitre de Conférences Aix-Marseille Université et Professeur Associé,  KEDGE Business School

3. «Rendre publics tous les documents»

«Rappelons une chose curieuse à propos du "FIFA Gate", c’est que l’histoire se répète. Fin 2010, le Sunday Times révèle une affaire de corruption à la FIFA. Deux membres du comité exécutif auraient excepté de monnayer leur voix en échange de leur vote dans le cadre de l’attribution des Coupes du monde 2018 et 2022. Ils avaient alors été suspendus par la commission d’éthique. Peu de temps après, c’est cette fois un documentaire d’Andrew Jennings - journaliste réputé pour son travail sur l’opacité de la gouvernance des grandes institutions sportives - qui révèle que trois membres de la FIFA ont reçu de l’argent de la société marketing ISL (disparue en 2001). Malgré cela, Sepp Blatter, à la tête de la FIFA depuis 1998, a été réélu. Les souhaits qu’on peut avoir ne sont pas nouveaux et pourraient être inspirés de Grant Wahl, un journaliste américain du célèbre Sport Illustrated et diplômé de Princetown. Il prônait la limitation à deux mandats et, même, militait pour de la transparence : "Publier et rendre publics tous les documents de la FIFA des dernières années. Je ne sais pas s'il y a de la corruption à la FIFA. Je n'ai pas enquêté là-dessus, donc je n'ai pas de réponse. Mais en publiant tous les documents, au moins on en serait certain. Il faudrait élire quelqu'un qui soit en-dehors du système pour redonner ses lettres de noblesse à la FIFA. Quelqu'un qui soit crédible, qui fasse l'unanimité." Il faut simplement que ces souhaits se réalisent.»
 
Boris Helleu
Maître de Conférences Université de Caen

4. «Créer une agence mondiale anti-corruption»

«Avec ce "FIFA Gate", une ouverture généralisée semble indispensable dans l’optique d’une amélioration de la situation. Le monde du sport doit se comporter comme un élément fort de la société ; il est un fait social, économique et médiatique majeur, il est source d’inspiration et d’identification pour les plus jeunes et de cette place devrait découler une éthique individuelle et collective irréprochable. Pour réformer ce «fonctionnement familial », identifié comme un facteur de corruption, il est possible d’imaginer plusieurs pistes de travail. L’ouverture doit guider la réflexion. Le principe de transparence est ici un élément fort, et semble par ailleurs être une véritable attente de l’opinion publique en matière de gouvernance en général. Le système «1 pays = 1 membre = 1 voix », s’il peut être considéré comme parfaitement démocratique, mérite d’être réétudié. Un tel système suppose de fait un faible nombre de votants, et par conséquent un risque a minima de clientélisme, d’influence voire de corruption. Le sport pourrait s’inspirer des pistes de transformations souhaitées par les citoyens pour la vie politique de nos démocraties. Non cumul des mandats, limitation des mandats, parité hommes/femmes, mode de scrutin, intégration des acteurs de la «vie civile»… sont autant de propositions à étudier rapidement. Lors des quatre mandats de Joseph Blatter, et sans parler de corruption, la FIFA a financièrement soutenu des petites nations pour le développement de la pratique, la construction d’académies, la formation de cadres, la candidature et l’organisation de compétition. Des solutions encore plus spécifiques au sport peuvent être imaginées, comme la responsabilisation des sponsors ou encore la création d’une "Agence mondiale anti-corruption" dans le sport. Cette dernière reviendrait à mettre au point un outil de coordination internationale -sur le modèle de l’Agence mondiale anti-dopage- et ce pour faire face à un phénomène qui dépasse largement le cadre des frontières physiques et étatiques. Une telle institution permettrait une vraie mise en lumière de l’enjeu et favoriserait une plus forte coopération des acteurs.»
 
Vincent Chaudel
Directeur de la Communication et du Marketing de Kurt Salmon
Vice-Président de Sport & Citoyenneté, 1er think tank européen centré autour des enjeux sociétaux liés au sport

5. «Que sponsors et diffuseurs fassent pression»

«Il est particulièrement difficile de réformer un système fermé ou quasi fermé dans lequel les membres s’échangent faveurs et avantages au détriment d’une minorité à l’interne ou d’une majorité mais qui est exclu du système. C’est ce qui arrive à la FIFA (mais aussi dans d’autres ONG) et les réformes nécessaires (limitation des mandats, comité de sages ou d’éthique, changement du système de vote, changements des attributions des compétitions, etc) qui sont essentielles ne prendront forme que si des parties prenantes ayant une influence sur le système dans son ensemble ne s’y attellent afin de le faire sortir de son immobilisme confortable et préjudiciable. Ainsi, le premier et plus important levier concerne les entrées financières de la FIFA. Dans ce cadre, les sponsors (comme VISA le fait déjà) se doivent de presser l’organisation pour ces changements. Les sponsors en particulier doivent se méfier de cette perception négative de la FIFA (même si la Coupe du monde est encore épargnée) et exiger des changements. Il en est de même avec les télédiffuseurs. Il faut appuyer où cela fait mal et appuyer fort. L’argument financier est compris de tous à la FIFA et il sera le vecteur de changement, supporté par une forte opinion publique et des médias qui maintiennent la pression. Les changements sont à ce prix si on veut une autre FIFA.»
 
Frank Pons
Professeur, Kedge Business School
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