lejeune (florian) (F. Lancelot/L'Equipe)
Espagne - Eibar

Florian Lejeune (Eibar), le défenseur qui monte en Liga

Ancien international U20 parti en Espagne en 2011, Florian Lejeune récolte en cette année 2016 les fruits d'un long travail. Révélé à Istres, délaissé à Villarreal puis à Brest, il a même brièvement intégré le projet Guardiola à Manchester City avant de briller à Eibar.

«Le trophée est rangé dans le salon, à côté de toutes les photos de famille...» Depuis un mois, Florian Lejeune a ajouté un nouvel élément à sa décoration intérieure, en même temps qu'il remportait le premier prix de sa carrière. Élu meilleur défenseur de deuxième division espagnole pour la saison 2015-2016 (passée sous les couleurs de Gérone), le joueur transféré à Eibar l'été dernier vit l'année la plus riche de son parcours professionnel. «J'étais vraiment surpris de recevoir ce prix, car je ne pensais même pas être nommé, assure modestement l'ancien Istréen. Cette reconnaissance m'a rendu très heureux, car elle vient récompenser le travail effectué depuis de longues années.»

Et le travail continue de payer, puisque Lejeune poursuit son «ascension fulgurante» (dixit la presse ibérique elle-même) en Liga cette saison, au point d'être surnommé «le mur français». Le quotidien espagnol Marca va même jusqu'à considérer que son apport explique en grande partie les progrès défensifs d'Eibar, surprenant neuvième du Championnat, par rapport aux deux saisons précédentes. «C'est vraiment l'endroit qu'il me fallait : un petit club stable, sérieux, qui me donne cette opportunité en Liga, sans pression. C'est parfait pour moi.»

Un calvaire à Villarreal puis à Brest

Ils n'étaient pourtant pas nombreux, il y a encore deux ans, à croire en un Florian Lejeune qui enchaînait les déconvenues personnelles et collectives. Révélé à Istres en Ligue 2 entre 2009 et 2011, celui qui avait participé dans la foulée à la Coupe du monde U20 avec la génération Griezmann, Lacazette et Grenier s'est ensuite perdu en route à Villarreal puis à Brest. «Je pense que j'étais prêt, coupe l'intéressé. Villarreal me proposait un projet intéressant, l'équipe première jouait l'Europe tous les ans et la réserve évoluait en deuxième division, donc je devais continuer ma progression avec l'équipe B avant d'intégrer la première. Sauf que le club est descendu... Une catastrophe !»
À Brest, Lejeune a connu quelques déconvenues. (L'Equipe)
À Brest, Lejeune a connu quelques déconvenues. (L'Equipe)
Le Sous-marin jaune ne compte pas sur lui pour l'opération remontée, alors Lejeune part en janvier 2013 retrouver du temps de jeu du côté du Stade Brestois. Il découvre brièvement la Ligue 1 (10 matches), et accepte de prolonger son prêt d'une saison malgré la descente du club breton. Sauf que le nouvel entraîneur, Alex Dupont, ne le juge «pas au niveau»... Résultat, Lejeune multiplie les désillusions en même temps que les allers-retours avec la réserve du SB29. «Je n'ai jamais pensé à renoncer, à lâcher. Mais c'était une période très dure. Même à la maison, ça devenait difficile pour ma femme. Quand on ne joue pas, on est triste, énervé et elle le ressentait. Elle m'a beaucoup aidé, elle a cru en moi et m'a permis de garder confiance.»

Quand Begiristain le convainc de signer à Man City...

Du statut de grand espoir à son poste en 2011, Florian Lejeune se retrouve donc en 2014 avec celui de paria. Heureusement pour lui, Gérone lui (re)donne sa chance, et ne va pas le regretter. Après une première saison pleine, le jeune homme de vingt-quatre ans se voit même offrir une chance unique : un contrat de quatre ans avec Manchester City, qui vient d'investir dans le club catalan proche de la famille Guardiola...

«À la base, je n'y croyais pas trop, je pensais même que c'était des conneries, avoue-t-il. Le directeur sportif de Gérone a fini par me dire : "Quelqu'un va t'appeler." Et j'ai reçu un coup de fil de Txiki Begiristain, le directeur sportif de City... Il me connaissait très bien, m'a expliqué qu'il souhaitait me laisser en prêt à Gérone une saison avant de me faire venir à Manchester... Mais moi, je voulais jouer en première division ! J'avais d'ailleurs déjà une offre d'Eibar. Mais quand City te fait une proposition, tu peux quand même difficilement refuser... Un an en arrière, je ne jouais pas à Brest ! Ça pouvait être un grand pas, m'ouvrir des portes. Donc je me suis lancé.»
«Je savais un an à l'avance que Pep Guardiola allait signer là-bas, quels joueurs allaient partir, quel système allait être mis en place...»
Lejeune enchaîne donc une seconde saison en D2 espagnole, qui lui permet de «franchir plusieurs paliers» malgré une accession en Liga ratée. Et tout au long de l'exercice, l'ancien banni de Brest garde le contact avec Manchester City : «Je savais un an à l'avance que Pep Guardiola allait signer là-bas, quels joueurs allaient partir, quel système allait être mis en place... Je parlais régulièrement avec le futur staff de Guardiola, qui me disait qu'il appréciait mon profil. Ils étaient content de moi, m'ont dit de ne pas m'inquiéter, que si j'étais bon je jouerais, même à City... Et j'ai reçu une convocation pour la reprise de l'entraînement avec l'équipe première.»

Le voilà alors face à un choix quasi-cornélien : découvrir la splendeur (sportive) de Manchester, ou sauter le pas avec Eibar, qui ne l'a pas non plus lâché d'une semelle. «Ç'a été une grosse décision à prendre. J'aurais pu tenter ma chance à City, mais je savais que ça allait être compliqué. J'aurais pu aller là-bas, profiter des installations, mais je suis jeune, j'ai besoin de jouer ! Je ne voulais pas revivre une saison sans jouer, même si je m'entraînais au quotidien avec des stars. Et puis ils auraient pu me prêter ailleurs sans que j'aie forcément mon mot à dire. Je n'en savais rien, donc j'ai préféré partir.»

Bientôt les retrouvailles avec Griezmann

Rien n'indique aujourd'hui qu'il ait pris la mauvaise décision. Surtout pas l'escapade sur le mythique terrain de Santiago-Bernabeu, le 2 octobre dernier, qui a vu Eibar et Florian Lejeune briller face au Real Madrid (1-1). «La semaine qui précédait ce match, mais aussi depuis ma signature à Eibar, j'ai réfléchi à mon parcours. Et quand j'ai foulé la pelouse de Bernabeu, je me suis dit : "Ça y est, j'y suis... Mais je dois être bon donc il faut travailler encore plus !" Je viens de loin, donc je ne peux pas avoir de regrets. J'ai vécu des moments difficiles, mais il y a toujours des hauts et des bas dans une carrière, et ces périodes compliquées m'ont permis de me forger un mental.»

Le 8 janvier prochain, il aura encore l'occasion de remonter un peu le temps, puisqu'il croisera l'Atlético Madrid d'un certain Antoine Griezmann, côtoyé avec les Bleuets il y a maintenant cinq ans. «On s'est un peu perdu de vue, mais on s'entendait bien en sélection. Il est en constante progression, et en toute honnêteté à l'époque je ne pensais pas qu'il arriverait à un tel niveau. Il m'a beaucoup surpris, mais maintenant je me dis même qu'il n'a peut-être pas atteint son maximum...» Le nouveau taulier des Bleus est néanmoins prévenu. Face à lui se dressera dans un mois et demi «le mur français».
Cédric Chapuis
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Follow-up 29 nov. à 14:45

En même temps, à Brest bien que l'on voyait dans son style et surtout son autorité qu'il n'était pas mauvais, mais il n'était pas bon non plus quand il jouait et faisait bcp de grosses fautes, ponctuées par de réguliers cartons rouges.Après, savoir si c'est lui qui n'était pas au niveau ou Dupont qui est un mauvais entraîneur, j'ai mon idée sur la question vu le calvaire brestois des 3 dernières années !!!