(D.R)

Formidable Guyane, qui se qualifie pour la Gold Cup

Grâce à un succès de prestige en Haïti la semaine dernière (5-2), la sélection de la Guyane s'est brillamment qualifiée pour l'édition 2017 de la Gold Cup. Une première. Jaïr Karam, le sélectionneur, et Anthony Soubervie reviennent sur cet exploit.

«HISTORIQUE». Voilà, en un mot, comment Jaïr Karam, le sélectionneur de la Guyane, a défini l’exploit de ses protégés la semaine dernière après leur victoire (5-2) sur le terrain d’Haïti, 87e au classement FIFA (devant la Bulgarie, la Zambie ou même le Qatar) alors que la Guyane n’y est même pas encore affiliée. Un succès qui permet aux Yana-Doko, leur surnom, de se qualifier directement pour la Gold Cup 2017 ! Une première. «C’est la plus grosse émotion de ma carrière, confie le boss guyanais, professeur d’EPS à Cayenne et auteur d’une belle causerie d’avant-match. Ça nous permet d’exister sur l’échiquier mondial. C’était un match rempli d’émotion.» Il dit vrai. Le scénario de la rencontre est incroyable. Les joueurs d’Haïti ont ainsi ouvert le score très rapidement (Mechack Jerôme) avant de doubler la mise avant même la demi-heure de jeu (Duckens Nazon, ex-Laval).

Heureusement, la Guyane réagit juste avant la pause, par l’intermédiaire de Sloan Privat, libéré par Guingamp. 2-1 à la mi-temps, un moindre mal pour les visiteurs. S’en suit alors une vive discussion dans le vestiaire pour remettre les choses à plat. «On s’est un peu bougé entre nous, mais c’est toujours resté positif, rappelle Anthony Soubervie, qui a dû rentrer en urgence après la rencontre afin de pouvoir disputer un match de Coupe de France, gagné aussi au passage. A la vue de la première période, on se sentait supérieur à Haïti. On a remis les choses en place.» Jaïr Karam confirme. «Il y a eu un bon coup d’engueulade, il fallait secouer un peu tout le monde, il fallait se réveiller car qualitativement, on était meilleur. On n’était pas du tout à la rue dans le jeu. Du coup, on s’est réorganisé tactiquement pour les perturber.» Exit le 4-3-3 et place au très à la mode 3-5-2. Un choix payant puisque les Guyanais vont littéralement s’envoler en deuxième période malgré une alerte signée Duckens Nazon, déjà buteur durant le premier acte. Ensuite, l’efficacité de Privat, auteur finalement d’un triplé, a parlé.

«Une fois qu’on est revenu à égalité, on savait qu’on allait gagner, on sentait une force collective», se remémore avec délectation Soubervie, qui porte aujourd’hui les couleurs de Chambly en National. Résultat, en 9 minutes, les Guyanais enquillent trois buts, par Privat, deux fois donc, puis Rhudy Evens, qui évolue à l’US Matoury. En fin de match, Ludovic Baal (Rennes), l’un des leaders du groupe, y est également allé de son but pour participer à la fête. «Entre Haïti et la Guyane, il y a de fortes rivalités, explique Soubervie, numéro 8 sur le dos. Le stade était plein, c’était vraiment un bon match de foot. On avait pour objectif la qualification, on ne pensait qu’à ça. On ne s’est pas posé trop de questions. Les joueurs d’Haïti se pensaient sans doute supérieurs à nous.» Pas le public de Port-au-Prince visiblement, puisqu’il n’a pas hésité à applaudir les vainqueurs du soir.

«On a montré qu’on savait aussi jouer au foot en Guyane. Ça fait du bien au pays car il y a beaucoup de meurtres et de délinquance», estime "Soub", dont les partenaires qui évoluent localement on été fêtés comme il se doit à l’aéroport. «Les joueurs sont devenus des petites vedettes locales», sourit le sélectionneur. Avec ce succès, la Guyane va donc participer à la Gold Cup 2017. Et il y a déjà du beau monde attendu pour la phase finale. On pense notamment au Mexique, tenant du titre, aux Etats-Unis, au Canada ou même à la Martinique, qui peut compter dans ses rangs quelques vielles connaissances de la Ligue 1, comme Julien Faubert, Johan Audel, Marvin Esor ou encore Steeven Langil. On notera également la participation de la Jamaïque, finaliste de la dernière édition, ainsi que celle de Curaçao, dont le sélectionneur était un certain Patrick Kluivert il y a encore quelques mois.

Simon Falette, Odsonne Edouard et Florent Malouda dans le viseur ?

Pour cette compétition, «tout est déjà anticipé», assure le sélectionneur Jaïr Karam. Pour se préparer, les Yana-Doko auront l’occasion de disputer la phase finale de la Caribbean Cup, quelques semaines avant la vraie compétition. L’occasion de mettre en place les derniers automatismes. Des matches amicaux, vraisemblablement contre des équipes africaines et des Caraïbes, seront également au programme. Pour l’heure, «c’est en négociation». «Nous ne sommes pas une nation FIFA et la problématique, c’est de convaincre», confirme Karam, à la tête de la sélection guyanaise depuis novembre 2013 et qui enchaîne les voyages en métropole afin de faire passer son message auprès des entraîneurs. Il peut également en profiter pour rencontrer des joueurs susceptibles de rejoindre sa sélection. Dans son viseur, Simon Falette de Metz, Odsonne Edouard, prêté à Toulouse par le PSG, voire même Florent Malouda, toujours en Inde et dont le papa est dans le staff guyanais.

«On a été voir le sélectionneur...»

Mais ceux qui disputeront la Gold Cup 2017 n’auront plus le droit de participer à un tournoi international avec une autre sélection. De quoi sans doute en freiner quelques-uns. «De toute façon, avec Ludo (Baal), on a été voir le sélectionneur après la qualification afin de lui dire qu’on avait un super groupe et qu’on vivait très bien ensemble, qu’il ne fallait pas oublier tout ce qui avait été fait pour en arriver là. On sent désormais un engouement. Je crois qu’il y a de nouveaux Guyanais qui vont se déclarer (rires).» Mais leur qualification historique, au moins, on ne pourra pas la leur enlever.

Tanguy Le Seviller