(L'Equipe)
CM 2018 - Demi-finales

France-Belgique : Christophe Lollichon, ancien entraîneur des gardiens de Chelsea, analyse le duel Lloris-Courtois

À quelques heures du match entre la France et la Belgique, FF a interrogé Christophe Lollichon. Sur la ligne, dans les airs, au pied, en face-à-face ou lors des tirs au but, les qualités et les défauts d'Hugo Lloris et Thibaut Courtois ont été passés en revue par l'ancien entraîneur des gardiens de Chelsea.

Sur la ligne : Avantage Lloris

«C'est la grande spécificité d'Hugo Lloris. C'est un gardien qui joue assez proche de sa ligne. Il a une capacité et une vitesse de réaction qui va au-delà de la moyenne. C'est l'un de ses grands points forts. [...] Et aussi, on peut dire qu'Hugo Lloris se fait plus remarquer par ses arrêts sur sa ligne, car il y passe beaucoup de temps. Pour Thibaut Courtois, on ne peut pourtant pas dire que ça n'est pas l'un de ses points forts. Il a une vitesse gestuelle et de réaction très importante. Sur la Coupe du monde, on l'a vu. Et c'est également quelqu'un qui essaye de rayonner dans sa surface et d'anticiper des situations qui pourraient l'amener à faire un arrêt. Mais il va essayer d'anticiper pour ne pas avoir à le faire aussi.»

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Dans les airs : Avantage Courtois

«Ce n'est pas forcément l'atout d'Hugo Lloris, qui n'a pas du être éduqué comme ça. Peut-être qu'on ne lui demande pas aussi. Cela dépend des entraîneurs. Si vous avez des tours de contrôle devant vous... Mais un gardien qui a une super appréciation des trajectoires, une bonne lecture de jeu, qui est grand et qui a ce qu'il faut pour aller haut, pourquoi se priver de son aide, sur coup de pied arrêté par exemple ? Je suis toujours très troublé de voir des défenses basses qui limitent le champ d'action du gardien.

Même si je trouve qu'il (Thibaut Courtois) n'en profite pas encore assez, surtout qu'il l'a fait à un moment donné et qu'il le fait moins ces derniers temps, il pourrait être encore plus influent dans sa surface de réparation. [...] Si vous mettez un Courtois sur coup de pied arrêté, placé haut, avec une défense qui joue haute, pour le tireur, ça devient compliqué. Mais ça, c'est aussi une démarche collective, une démarche de l'entraîneur, des défenseurs, etc... Mais dans le jeu aérien, Thibaut peut rayonner et être extrêmement fort.»

La gestion des face-à-face : Avantage Courtois

«J'ai l'impression qu'Hugo Lloris, de par sa position basse, arrive souvent en situation d'urgence dans le face à face. [...] Hugo a plus cette technique qui consiste à aller dans les pieds de l'adversaire. Et ça vient du fait qu'il est assez rapide, et comme il part souvent d'une position plus basse, il ne peut plus se mettre en position d'écran puisqu'il sera en retard. Donc il va y aller pour essayer de se jeter. Ce qui peut parfois être dangereux, mais comme il a cette capacité à aller vite, ça peut être bien aussi.»
«Si vous avez une position un peu plus haute, on a ce qu'on va appeler une situation d'écran. Ça, Thibaut Courtois peut le faire très bien.»
«Si vous avez une position un peu plus haute, on a ce qu'on va appeler une situation d'écran, genre gardien de hockey sur glace. Ça, Thibaut Courtois peut le faire très bien. Il faut qu'il le veuille, il n'est pas toujours régulier. Mais vous imaginez, avec la longueur de ses bras, et l'envergure qui en découle, ça peut être excellent. [...] Moi, je préfère la situation d'anticipation, où on va proposer une espèce de mur devant l'attaquant en lui bouchant l'espace.»

Le jeu au pied : Léger avantage Courtois

«Ça va dépendre de ce que demande l'entraîneur. À Chelsea, Antonio Conte demande de jouer court. Mais pour jouer court, il faut avoir des solutions, et que l'équipe ait décidé de jouer court. Comme à Barcelone, Arsenal, City... Si on ne vous le demande pas, vous ne pouvez pas le faire, puisque les partenaires vous tournent le dos et vous êtes amené à jouer long. Et au niveau du jeu long, il n'y a pas vraiment de différence entre les deux. Thibaut Courtois a une longueur de dégagement un peu plus longue, mais tous les deux sont capables de mettre les ballons loin.

On le voit avec Hugo Lloris, qui le fait très bien aussi, et qui est capable de mettre un ballon à 40 mètres sur Pavard par exemple, qui arrive dans ses pieds ou sur sa poitrine. Mais ça, plein de gardiens peuvent le faire. Le jeu au pied ne se juge pas sur la qualité de ces passes-là. Il s'évalue plus quand on demande de trouver un espace court, de prendre une décision rapide, d'être capable de faire ça sous une pression de l'adversaire, soit avec une feinte de corps soit avec une première touche. Je pense que Thibaut Courtois, s'il est en confiance et qu'on lui demande, il est capable d'être très bon. Parce qu'au départ, c'est un milieu de terrain excentré gauche jusqu'à 11-12 ans et il a un très bon rapport avec le ballon. Je me souviens quand je voyais Thibaut jouer aux jeux de conservation, je peux vous dire que c'est quelqu'un qui est très très loin d'être maladroit.»

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Les tirs au but : 50/50 et les habitudes de Courtois

«Je dirais que les approches sont multiples. Il faut d'abord savoir comment les gardiens veulent aborder les penalties. Si vous êtes entraîneur des gardiens, vous pouvez dire "on va tout analyser, chercher les routines de l'adversaire". C'est ce qu'on avait fait, pour reprendre un vieil exemple, avec Petr Cech en finale de Ligue des champions 2012, où il y avait eu une analyse des penalties très pointue. On avait vraiment bossé dessus, et Petr est parti six fois du bon côté sur six et en a arrêté trois. Après, certains gardiens ne veulent pas entendre parler de ça. Quand je travaillais avec Thibaut Courtois, il y avait avant chaque match une analyse précise de tous les penalties. Je ne connais pas la démarche d'Hugo Lloris par rapport à ça. Thibaut, je pense, est attentif aux remarques qui vont lui être faites mais après, il se décidera. Mais tout dépend du travail fait en amont. Et c'est très important. Et il y a aussi des tireurs qui peuvent être dans l'émotion, avec une qualité technique qui peut regresser. C'est des penalties pour une finale de Coupe du monde, il faut en profiter, et ça aussi, ça s'analyse.»

La forme actuelle : 50/50

«Sur cette Coupe du monde, Hugo Lloris est fidèle à lui-même. C'est un taiseux. Je ne le connais pas personnellement, mais c'est un élément référence en équipe de France. Certains ont commencé à le critiquer avant le début de la Coupe du monde. Mais quand on est arrivé à plus de 100 matches avec l'équipe de France, qu'on joue à Tottenham depuis X années et qu'on est capitaine des Bleus, c'est qu'on a quand même certaines qualités. Et puis Hugo, il n'a pas besoin d'aboyer, ses mots sont pesés. Il fait une Coupe du monde très correcte, et l'arrêt qu'il fait à la 44e contre l'Uruguay démontre qu'il est prêt. Prêt à faire le job.

Thibaut Courtois, dans un autre registre, il est très bien. Je le sens, il a plus de rayonnement, il prend plus de place que ces derniers temps, notamment par rapport en club. Et je crois que Thibaut, ça me saute aux yeux, veut se servir de cette Coupe du monde comme d'une belle vitrine. Et il est en train de le montrer.»
Propos recueillis par Antoine Bourlon

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