Frédéric Prilleux à Lamballe en 2012 (D.R)
Culture - Foot et polar

Fred Prilleux : «Le foot est un terreau idéal pour les polars»

Fred Prilleux est un passionné de romans policiers et aime le foot. Et c'est donc tout normalement qu'il a co-écrit un polar dans le monde du ballon rond, un genre littéraire qui a pris de l'ampleur ces dernières années. Rencontre avec un spécialiste.

«À l'approche de la Coupe du monde 98, nous avions assisté à une multiplication de romans policiers ayant pour trame de fond le football. Ce milieu semble continuer à intéresser les auteurs de roman noir...
C'est vrai. Avec Michel Pelé, nous avions publié "Kop d'immondes", à quelques semaines de l'ouverture de la Coupe du monde 1998, et il y avait eu pas mal de romans à sortir à cette époque. Et cela a continué, à un rythme moins frénétique, bien sûr, avec du bon et du moins bon... L'un des meilleurs reste encore aujourd'hui "44 jours" de David Peace, paru en 2008 chez Rivages. Plus près de nous le "Jeudi noir" de Mickaël Mention (Ombres Noires, 2014) n'est pas mal du tout. Et j'ai une tendresse particulière pour "Le coup du sombrero" de Marc Villard (Atalante), un recueil de nouvelles plus drôle que noir, par un vrai connaisseur du ballon rond. Et puis, en matière de nouvelles, noires cette fois, j'avais moi-même coordonné un recueil sur les arbitres, subtilement appelés "Les Hommes en noir" (Contrebandiers, 2011). Les 17 lois du foot confiées à 17 auteurs.

«Difficile pour les auteurs actuels de polar de laisser de côté le football.»

Comment expliquer cet intérêt du polar pour le football ?
Tout simplement par l'évolution même du polar. Je m'explique : le roman policier a évolué. Au fur et à mesure, il s'est intéressé aux faits de société. Une série comme le Poulpe, dans laquelle le héros appréhende de nombreux aspects de la vie, tend à le démontrer. Et puis, à la grande époque du roman d'énigme, on voit mal Agatha Christie, par exemple, entraîner ses fidèles sur les pentes d'une enquête footballistique. Et ce pour deux raisons. D'abord, le foot n'avait pas le même impact qu'aujourd'hui.
 
Ensuite, ces livres répondaient à des codes du genre bien établis. Un policier, un criminel, tel était le couple essentiel de toutes les trames. Mais, aujourd'hui, avec le développement de la dimension sociale du roman noir, il est beaucoup plus facile de plonger dans le monde du foot. Et j'irai plus loin. Il est difficile pour les auteurs à l'heure actuelle de négliger, de laisser de côté le football. Devenu un élément incontournable de nos sociétés. On ne peut pas ne pas en parler.

«Il ne faut pas tomber non plus dans le cliché...»

Kop d'immondes (D.R)
Kop d'immondes (D.R)
Pourtant, quelques-uns reprochent souvent au roman noir certains excès quand il parle du football. Quand, par exemple, le genre aborde les dérives du hooliganisme ou de l'argent...
Lorsque, avec Michel Pelé, nous avons écrit "Kop d'immondes", nous tenions à garder un lien constant avec la réalité, même si, parfois, nous sommes un peu tombés dans l'excès, voire dans la caricature. Mais il faut dire que nous y avons été poussés par le contexte de la série du Poulpe, franchement marqué anti-extrême droite. Cela explique peut-être le fait que les hooligans dans ce roman sont des skins... Mais je vous retourne la question. La réalité n'est-elle pas le terreau idéal ? Le football a connu, ces dernières années, quelques affaires de corruption, de dopage et quelques débordements dans les tribunes qui ont pu inspirer quelques trames de romans noirs. Et puis, ces derniers mois, entre la saga mafieuse de la FIFA et la vaudevillesque affaire de la sextape, on est servis. Plus besoin de se creuser le ciboulot trop longtemps pour trouver un sujet mêlant foot et société. Même si parfois, le foot, il est bien loin...

Cependant, il ne faut pas tomber non plus dans le cliché. Par exemple, il existe un phénomène du roman policier breton. Et certains sont médiocres, pour ne pas dire autre chose, car les auteurs ont utilisé cette veine sans toujours chercher à développer l'intrigue, et surtout en donnant l'impression qu'ils n'avaient rien à dire sur la Bretagne... Les romans noirs se déroulant dans le milieu du foot ne doivent pas tomber dans ce travers-là. Nous, Michel Pelé et moi même, avons choisi le foot parce que nous sommes des fans. On avait quelque chose à dire. Et ce roman était l'occasion de "dénoncer" tout ce qui nous énerve dans ce milieu, avec un minimum d'humour.

...Vous êtes donc un amoureux du ballon rond ?
Vivant dans les Côtes-d'Armor, je suis un fidèle du Roudourou, où je suis abonné depuis pas loin de dix ans maintenant. Je suis de près l'actualité du ballon rond et je lis régulièrement France Football. Pourtant, j'aime vraiment de moins en moins l'environnement du football... Il faut être solide pour se déclarer amateur de foot. Quant à se dire supporter, je n'en parle même pas.. . Mais le jeu, oui, je l'adore et je l'aimerai jusqu'à mon dernier souffle, je pense.»
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