(L'Equipe)

Fritz Walter (Allemagne), nouvel épisode de nos 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde

9 juin - 14 juin : dans exactement 5 jours, débutera le Mondial 2018 en Russie. Jusqu'au coup d'envoi, FF vous livre, par ordre alphabétique, sa liste des 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde. Quatre-vingt-seizième épisode avec Fritz Walter.

Son histoire avec la Coupe du monde

Capitaine de l’équipe de RFA victorieuse de la Coupe du monde 1954, Fritz Walter est une des personnalités marquantes du football outre-Rhin. Véritable esthète du ballon et technicien de talent, il symbolise à lui seul cette Allemagne qui essayait de renaître après les tumultes de la Seconde Guerre mondiale. Grand ambitieux et chasseur de but avéré, ses excellents débuts avec la Nationalmannschaft en 1940 sont stoppés après qu'il fut fait prisonnier par les Russes pendant la guerre. Rentré sain et sauf au pays, et après une éclipse de près de dix ans en raison du conflit et de l’exclusion de l’Allemagne des grands événements sportifs, il a rejoué avec l’équipe nationale en 1951. Décidé à rattraper le temps perdu alors que s’offrait à lui une grande carrière, il est naturellement devenu l’homme fort sur lequel s'appuyait le sélectionneur Sepp Herberger pour disputer le Mondial 1954 en Suisse.

Vainqueurs surprise de la Hongrie en finale dans ce qui constituera «le Miracle de Berne», les Allemands et leur capitaine, auteur de trois buts dont deux en demi-finale face à l’Autriche, sont érigés en héros à leur retour au pays. Neuf ans après l’Armistice, cette première victoire en Coupe du monde fut un véritable exploit en raison du contexte politique et économique d'une Allemagne en pleine reconstruction. Des historiens n’ont pas hésité à décrire Fritz Walter comme le deuxième personnage le plus important du pays après le chancelier Konrad Adenauer. Cette Coupe du monde n’était pas la dernière pour le talentueux milieu gaucher, puisqu’il était du voyage en Suède en 1958 pour défendre le titre de la Mannschaft, battue lors de la «petite finale» par la France de Just Fontaine et Raymond Kopa. Il a tiré sa révérence à l’issue du tournoi. Au début des années 2000, la cote de popularité de la légende de Kaiserslautern - club auquel il est resté fidèle tout au long de sa carrière - est restée intacte et lui a valu d’être nommé capitaine d’honneur de l’équipe d’Allemagne, distinction qu’il partage avec Uwe Seeler, Franz Beckenbauer et Lothar Matthäus. L’équipe de 1954 est d’ailleurs souvent nommée en Allemagne «Walter Elf» («Onze de Walter»), en hommage à son aura et son charisme.

Des historiens n'ont pas hésité à décrire Fritz Walter comme le deuxième personnage le plus important du pays après le chancelier Konrad Adenauer.

Le moment marquant

Très certainement son match le plus abouti lors de cette Coupe du monde 1954 : la demi-finale contre l’Autriche, au Stade Saint-Jacques de Bâle. Le milieu y inscrit un doublé, deux buts sur penalty, tirés avec un sang-froid déconcertant, d’abord à droite puis à gauche du gardien autrichien Walter Zeman (54e et 64e). Le capitaine allemand pouvait dire merci aux coups de pied arrêtés, puisque c’est par ce biais qu'il s'offrait également deux passes décisives. Deux corners parfaitement tirés, qui trouvent d’abord la tête de l’attaquant vedette Max Morlock (47e), puis celle de son frère Ottmar Walter, peu après l’heure de jeu (61e). La RFA étrillait au final son voisin 6-1 et disputait sa première finale de Coupe du monde face au favori hongrois. Un match que la Nationalmannschaft remportera 3-2 au terme d’un incroyable scénario.

Le chiffre : 1

Fritz Walter et son frère Ottmar constituent la première fratrie à avoir remporté ensemble une Coupe du monde. Ottmar, le cadet, occupait la place d’avant-centre de l’Allemagne pour ce Mondial 1954, au cours duquel il a inscrit quatre buts. Ils ont ensuite été suivis des Charlton, Jack et Bobby, sacrés en 1966 avec l’Angleterre.

L'archive de FF

En 1994, lors de son récapitulatif des joueurs qui ont marqué l’histoire Coupe du monde, FF écrit ceci sur le milieu allemand : «Le discours du Président Jules Rimet est un peu longuet peut-être, et l’ami Fritz grelotte, stoïque au pied de la tribune. Qu’importe. Avec la pluie de Berne, en ce 4 juillet 1954, s’abat sur la Coupe du monde la plus grosse surprise de sa jeune histoire : l’Allemagne, à peine sortie de la tourmente nazie, revient sur scène en triomphatrice, battant en finale une Hongrie de rêve, novatrice et hyperfavorite, laquelle ne se remettra d’ailleurs jamais de sa première défaite en quatre ans et 31 rencontres. Alors, ça vaut le coup de poireauter un brin, et lorsque le capitaine Walter brandit la statuette d’or, il en réalise peut-être d’autant mieux la portée de ce geste. Ce n’est qu’un symbole, il n’est pas le chancelier Adenauer ou le ministre Erhard, mais lui aussi, à sa manière et en leader, précipite la cicatrisation et la reconstruction. Fritz, resté fidèle à sa ville natale, Kaiserslautern, et son club, malgré les propositions italiennes, espagnoles et françaises, devient l’exemple d’un peuple, incarne ses vertus retrouvées. Inter généreux, à la technique affirmée et sûre sans être étincelante, il tient la baguette, il est l’intelligence du jeu allemand. En demi-finale, si l’Autriche a explosé (6-1), c’est parce que Fritz Walter aura été époustouflant : se multipliant, grâce à sa condition athlétique supérieure, il convertit deux penalties et se trouve à l’origine des quatre autres buts, la précision de ses ouvertures et la qualité de ses coups de pied arrêtés creusant la différence. Il sera enfin le boutoir de la désagrégation magyare, le doublé de Rahn, pour passer de 1-2 à l’incroyable 3-2, étant parti à chaque fois de ses pieds. En 1958, deux blessures successives marqueront un inéluctable déclin, compréhensible, à près de trente-huit ans. Fritz est monté si haut…».

Joffrey Pointlane