GARCIA RUDI ALLENATORE ESPULSO ESCE *** Local Caption *** (L'Equipe)
Italie - 2e j.

Garcia, le défi de la Vieille Dame

La saison passée, les polémiques de Rudi Garcia après Juve-Roma (3-2) d'octobre 2014 s'étaient révélées contre-productives. Le choc face aux Bianconeri de cette deuxième journée de Serie A est l'occasion pour le technicien français de la Roma de remettre les pendules à l'heure.

Ils ne s'aiment pas et ça ne date pas d'hier. Entre la Roma et la Juventus, qui s'affrontent ce dimanche au stade olympique de Rome, il y a toujours eu de l'électricité dans l'air. Voilà un quart de siècle, un but de Turrone refusé «pour quelques centimètres» empêcha les Giallorossi de battre la Vieille Dame, cette dernière remportant le Scudetto 1981 avec deux petits points d'avance. La décision de l'arbitre de l'époque fera couler beaucoup d'encre, alimentant la rivalité entre les deux clubs dominateurs du foot italien dans la première moitié des années 80. A cheval entre les années 90 et les années 2000, on parlera véritablement de guerre ouverte entre la Juve du puissant Luciano Moggi et la Roma du président Sensi, premier opposant à la suprématie «politique» de la Vieille Dame. Et si, après la chute du directeur général bianconero à la suite du scandale portant son nom (Moggi avait instauré un système de contrôle des arbitres et des organes fédéraux), les relations redeviendront plus cordiales, la nouvelle période de domination des Turinois –quatre Scudetti de rang depuis 2012- a de nouveau exacerbé les rapports entre les deux clubs. Et un homme n'a pas donné sa langue au chat dans duel dialectique turino-romain : Rudi Garcia.

«Dommage qu'ici la surface mesure 17 mètres !»

Le technicien français a beau avoir opté pour un profil plutôt bas envers les Bianconeri à l'approche du choc de l'Olimpico, il sera au centre de l'attention générale. Et pour cause, dans la Ville Eternelle comme dans la capitale du Piémont, personne n'a oublié les féroces polémiques du 5 octobre 2014, à l'occasion du match de Turin de la 4e journée de Serie A qui avait vu la Juve s'imposer 3-2 au terme d'une rencontre marquée par trois penalties, deux pour la Vieille Dame, un pour la Louve. Des deux pour la Juve, un était plutôt évident, l'autre plus discutable, tout comme celui sifflé à la Roma. Pour Rudi Garcia, l'arbitre M.Rocchi aura clairement dirigé le match en faveur des Turinois. Il lui signifiera en mimant le joueur de violon et sera expulsé. «Dommage qu'ici la surface mesure 17 mètres !», ironisa l'ancien coach du LOSC, suivi dans les polémiques par Francesco Totti. Une réaction épidermique fort compréhensible dans le feu de l'action.

«Rudi a trop insisté sur les polémiques après Juve-Roma. Il a fini par rendre nerveux tout le monde.

Le problème, c'est que les Romains vont insister pendant des semaines. Rudi Garcia ne lâchera pas l'affaire, revenant régulièrement sur la polémique. «La Juve a trois points de plus que nous et on sait comment elle les a obtenus», soufflera-t-il fin novembre. Son attitude a plu aux tifosi, qui l'ont adoré dès le début de son aventure romaine, lorsque, à l'été 2013, il avait déclaré «on va remettre l'église au centre du village», autrement dit, la Roma va redevenir maîtresse de Rome. Alors, chaque déclaration, chaque polémique a obtenu un franc soutien populaire. Dans l'entourage du club, certains n'ont pas gardé le même enthousiasme. «Le problème, c'est que Rudi a trop insisté sur les polémiques après Juve-Roma, souffla un dirigeant. Il a fini par rendre nerveux tout le monde et fait perdre de l'influx aux joueurs. C'était doublement inutile, car les gens de la Juve sont habitués aux critiques et n'ont pas le moins du monde soufferts. Bien au contraire.» «La grande force de la Juve, c'est de passer immédiatement à autre chose, nous expliquait, voilà quelques temps, Daniele Boaglio, ancien team manager de la Vieille Dame. Les polémiques sont vites évacuées et on se concentre sur la suite.» Pas à Rome où la tension a fini par jouer des mauvais tours. Dix matches nuls, trois défaites pour seulement quatre victoires en dix-sept matches officiels : triste bilan d'une Roma qui va décrocher sur tous les fronts au début de l'année 2015. 

Garcia, c'est 2,8 millions d'euros net par an...

Et Garcia ? Il finira la saison à la deuxième place en Championnat, mais gardera un ton grognon : «On ne pourra pas faire mieux que la deuxième place, la Juve a trop d'avance sur nous». Et le technicien de la Roma ne se référait pas aux 17 points de retards sur la Juve, mais aux perspectives futures et à ses doutes sur la capacité de son club à se renforcer. Des commentaires qui n'ont pas été du goût de ses patrons, qui ont vaguement pensé à le remplacer (Emery), oubliant au passage de le convier à quelques réunions sur le recrutement. Mais pouvaient-ils vraiment se payer le luxe de virer un entraîneur payé 2,8 millions d'euros net par an ? L'intelligente campagne de recrutement des Romains, avec (notamment) les arrivées de Dzeko, Salah, Iago Falque et Digne, ainsi que les prolongations de Nainggolan et Gervinho, ont ramené de la sérénité du côté de Trigoria. A Garcia de démontrer être bien ce technicien capable de mettre la Roma dans les conditions de réaliser un bond décisif dans la conquête du titre italien. En attendant, un succès ce dimanche sur une Juve très mal partie (0-1 à domicile face à l'Udinese lors de la 1ere journée), ferait oublier le 1-1 sans saveur de Vérone la semaine dernière et les errances dialectiques de la saison passée.

ROBERTO NOTARIANNI (avec ANTONIO FELICI)
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