(L'Equipe)
CM - Les 100 de FF

Gianni Rivera (Italie), nouvel épisode de nos 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde

17 mai - 14 juin : dans exactement 28 jours, débutera le Mondial 2018 en Russie. Jusqu'au coup d'envoi, FF vous livre, par ordre alphabétique, sa liste des 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde. Soixante-treizième épisode avec Gianni Rivera.

Son histoire avec la Coupe du monde

Gianni Rivera aurait mille et une raisons de détester la Coupe du monde. Ou, du moins, les différentes façons dont il a abordé le tournoi planétaire. Car l'histoire entre le milieu offensif italien et cette compétition est tout sauf un long fleuve tranquille. Le «Golden boy» - son surnom -, a disputé quatre phases finales de Coupe du monde, mais aucune dans un climat apaisé. En 1962, jeune prodige du Milan AC de dix-huit ans et demi, il fait partie des 22 Italiens qui partent pour le Chili. Rivera est titularisé dès le premier match face à l'Allemagne dans une équipe qui a fière allure aux avant-postes avec les «oriundi» Sivori et Altafini. Mais l'Italie a la mauvaise idée de se contenter du 0-0, mettant toute la pression sur le deuxième match face au pays organisateur. Influencé par certains journalistes prônant une tactique «défensiviste», le sélectionneur Paolo Mazza sacrifie Rivera et Sivori au profit d'une formation de combattants. Résultat, face au Chili, ces prétendus combattant pètent les plombs, pas aidés il est vrai par un arbitrage scandaleusement maison, finissent à neuf et battus (2-0). Inutile la victoire (3-0) face à la Suisse : la Nazionale est éliminée dès le premier tour ! Gianni Rivera n'a donc disputé que le premier match, victime de luttes d'influence et d'une image de joueur surdoué mais pas assez impliqué dans le jeu sans ballon.

Malheureusement pour lui, ce genre d'arguments restera d'actualité lors des Coupes du monde suivantes, le poussant souvent à la marge de l'équipe, comme le démontrent ses statistiques (voir « le chiffre »). Car l'édition 1966 ressemble étrangement à celle de 1962. Titulaire pour le premier match contre le Chili (gagné 2-0), Rivera est écarté par Edmundo Fabbri, pourtant plutôt partisan d'un jeu offensif, en vue du deuxième match, face à l'URSS, ce dernier se disant que le Rossonero ne sera pas à son aise dans la bataille physique qui s'annonce. Encore une fois, l'Italie s'incline (1-0), mais elle pense se rattraper lors de la troisième rencontre, face à la Corée du Nord... A l'arrivée, la sélection italienne va vivre l'une de ses plus terribles débâcles. Rivera et les siens manquent de grosses occasions puis jouent à dix à la suite de la blessure d'un Bulgarelli convalescent que Fabbri a eu l'imprudence de faire jouer. Souffrant le dynamisme des Coréens, les Italiens sont battus sur un tir de Pak doo Ik et font leurs valises dès la fin du premier tour.
Comme Gianni Rivera n'a pas sa langue dans sa poche, attaquant notamment les dirigeants fédéraux, il est vite poussé vers le banc.
Quatre ans plus tard, Gianni Rivera se trouve isolé au sein du groupe. Et comme ce dernier n'a pas sa langue dans sa poche, attaquant notamment les dirigeants fédéraux, il est vite poussé vers le banc. Voilà comment Rivera, sacré Ballon d'Or l'année précédente, est privé des deux premiers matches de l'Italie et ne dispute les quatre derniers qu'en partant du banc ! C'est le Mondial de la «staffetta», ce compromis tout italien qui pousse coach Valvareggi à choisir entre lui et Sandro Mazzola (au passage un sacré joueur !), que les «grands penseurs» estiment plus complet que lui et surtout plus apte au travail de couverture. Au final, Rivera n'a pu s'exprimer vraiment que lors de deux matches, les quarts et les demi-finales. Dans le premier cas, il entre après la pause, alors que le Mexique tient en respect (1-1) l'Italie, et fait la différence de façon spectaculaire : deux passes décisives à Gigi Riva et un but pour une «ardoise» finale de 4-1 en faveur des Azzurri. Et, bien sûr, il y aura le match suivant, face à l'Allemagne. Là encore, Rivera entre à la 46e minute à la place de Mazzola et s'avère décisif. On parle évidemment de la prolongation avec son but, celui du 4-3, qui boucle une rencontre définie par de très nombreux observateurs comme le «match du siècle», du fait de l'intensité et de l'incertitude des débats (voir « le moment marquant »). Inscrire le but de la qualification aurait dû lui valoir une place de titulaire en finale face au Brésil... mais pas du tout : Valcareggi le garde sur le banc jusqu'à la 84e minute, alors que l'Italie, qui a tenu le nul pendant plus d'une heure, est désormais menée 1-3. Ce sont les fameuses «6 minutes du stade Aztecs» qui ont fait et continuent de faire couler beaucoup d'encre. «Le faire entrer à ce moment du match, n'avait aucune signification, estima Nereo Rocco, son coach au Milan AC, présent ce jour-là au stade. A moins que certains ne désiraient qu'il participe à l'humiliation générale...» Des décisions pas vraiment au goût des supporters : les tifosi envahissent la piste de Fiumicino au retour des Azzurri, lançant des pierres en direction du bus de la sélection à la descente de l'avion. Leurs cibles ? Ferruccio Valvareggi et Walter Mandelli, le président de la fédération !
Trois coupes du monde et trois tournois pleins de polémiques et déceptions. Gianni Rivera ne le mérite pas et rêve d'un dernier Mondial réussi pour effacer tous ces douloureux souvenirs. En 1974, l'Italie entame la compétition par une victoire compliquée (3-1) face au néophyte haïtien, match où Dino Zoff voit s'interrompre sa série d'invincibilité dans les cages de l'Italie (1142 minutes consécutives). Rivera ? Il est plutôt inspiré et inscrit même un but ! Mais il passe complètement à travers du match suivant contre l'Argentine (1-1) et restera sur le banc pour la troisième rencontre. Ainsi, il n'est pas directement impliqué sans cette défaite (1-2) face à la Pologne qui signifie une nouvelle élimination au premier tour. Le match face à l'Argentine aura donc été le 60e et dernier pour Rivera en sélection, son quinzième en Coupe du Monde. Un adieu amer à cette compétition, où il aura connu de rares moments de bonheur. L'Italie-Allemagne de 1970 en fait évidemment partie !

Le moment marquant

Italie-Allemagne, demi-finale de l'édition 1970. Un match mémorable, une confrontation d'anthologie, qui vaut surtout par sa prolongation avec des coups de théâtre à répétition, mais aussi des joueurs allant jusqu'au bout de leurs forces, certains quasiment héroïques, tel Franz Beckenbauer qui, après s'être déboité l'épaule, jouera une partie de la rencontre le bras droit collé au torse par un sparadrap. Comme on l'a signalé plus haut, Gianni Rivera est entré par le biais de la «staffetta», remplaçant Mazzola à la 46e minute, sur le score de 1-0 en faveur de l'Italie. Moins «filtrant» que son collègue de l'Inter, le beau Gianni ne parvient pas à limiter les incursions allemandes, ces derniers égalisant à la 90e minute. Rivera imagine déjà les critiques qui vont lui tomber dessus en cas d'élimination... il n'en sera rien ! Car en prolongation, tout s'emballe. Alors que la RFA a pris l'avantage, Rivera tire le coup franc repoussé par Held que Burgnich reprend victorieusement. Mais le numéro 10 du Milan a une hésitation fatale sur le 3-3 adversaire, sur une tête de Gerd Müller dans le prolongement d'un corner. Albertosi, qui lui a demandé de se positionner au premier poteau, le sermonne vertement. Quelques minutes plus tard, il le couvrira de louanges : à la 111e minute, Rivera reprend de volée du droit une passe en retrait de Boninsegna, réalisant le but du 4-3 (l'un de ses quatre en Coupe du monde) qui catapulte l'Italie en finale face au Brésil de Pelé et Rivelino.

Le chiffre : 60

Comme le pourcentage de matches disputés par Gianni Rivera sur l'ensemble de ses quatre Coupes du monde par rapport au total des matches de l'Italie, soit neuf rencontres sur les quinze des Azzurri entre 1962, 1966, 1970 et 1974. Et l'on descend même à 33% si l'on prend en compte ses matches en tant que titulaire (5 sur 15).

L'archive de FF

Dans «l'Académie des Ballons d'Or», son formidable supplément du 21 décembre 1999, France Football revient, sous la plume de Jean-Jacques Vierne, sur le dualisme entre Gianni Rivera et Sandro Mazzola : «Il y a près de vingt ans que l'Italie n'a plus produit de grand meneur de jeu, depuis Giancarlo Antognoni, successeur direct de Rivera. Mais, à l'époque de ce dernier, elle en possédait deux puisque Gianni était mis en balance avec un autre spécialiste exceptionnel, Sandro Mazzola, qui opérait à l'Inter. Les deux hommes auraient pu cohabiter, mais un joueur de cette trempe, c'était déjà beaucoup pour une sélection nourrie aux mamelles de l'impitoyable catenaccio.»
Roberto Notarianni
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