eyquem (gilles) ringler (sandrine) (S.Boue/L'Equipe)
Euro U19 (Femmes) - Finale

Gilles Eyquem (sélectionneur de l'équipe de France féminine U19) : «On n'est pas si ridicule que ça»

Une victoire pleine de maîtrise en demi-finales de l'Euro féminin U19 contre l'Espagne (3-1), et voilà que l'équipe de France retrouve l'Allemagne ce dimanche en finale (17 heures). Le sélectionneur Gilles Eyquem fait l'avant-match sur FF.fr.

«Au moment de jouer cette grande finale, comment sentez-vous votre groupe ?
Bien, bien ! Notre victoire contre l'Espagne a permis aux filles de passer un cap. Il y avait beaucoup d'interrogations, de découvertes de la part des filles parce que peu sont celles qui avaient déjà disputé des phases finales. C'était donc, pour certaines, une première. Il y a eu une approche un peu hésitante, on l'a ressenti dans les premiers matches. Puis est venu ce match contre l'Espagne, avec la qualification pour la Coupe du monde U20 à la clé... L'ogre espagnol était notre bête noire. Le fait de les battre a vraiment libéré le groupe.
 
On vous sent un peu surpris de ces résultats. Est-ce le cas ?
Non, je ne suis pas surpris. On savait qu'on avait un groupe qui pouvait faire mal avec beaucoup de potentiel offensif. Derrière, on avait fait quelques paris. On a osé, on a préféré prendre plus d'attaquantes et se limiter au strict minimum derrière. Ça prouve qu'on ne s'est pas trompé.
 
Et battre l'Espagne, qui raflait tout chez les jeunes ces dernières années, a été une sacrée performance !
On savait que ça allait être très dur, que ça allait se jouer à peu de choses. Par contre, après avoir revu le match, je trouve qu'on a très bien maitrisé ce match. On a été beaucoup plus dangereuses qu'elles. J'ai remarqué une réelle discipline, et une grande concentration chez nous alors que ça nous avait fait défaut sur les premières rencontres. Elles ont appliqué la stratégie travaillée à l'entraînement avec beaucoup de rigueur, c'est ce que je leur avais demandé de faire pour qu'on soit performants.

«Rivaliser sur le plan athlétique avec l'Allemagne sera impossible»

Quels ingrédients faudra-t-il mettre contre l'Allemagne en finale ?
Rivaliser sur le plan athlétique avec elles sera impossible, mais il faudra être capable de répondre présent. On a des atouts à faire valoir au même titre que ce qu'on a fait contre l'Espagne, dans le jeu de transition notamment ; être capable de se projeter vite vers l'avant et de faire marcher nos flèches. Et l'avantage que l'on a, c'est qu'on a pu faire tourner et faire récupérer nos joueuses. Sur la fraîcheur, je pense qu'on peut faire quelque chose. Ce sera forcément difficile, mais la victoire contre l'Espagne a libéré les filles dans la tête. Le groupe est très remonté, solidaire et a envie de faire quelque chose. Pour les filles, ce n'est pas quelque chose d'inaccessible, je ne les sens pas regarder les Allemandes de bas en pensant que ça va être impossible. Elles ont compris qu'elles pouvaient gagner !
 
Vous avez déjà gagné deux Euro U19 (2013, 2016) : quelle est la recette ?
Monter un bon groupe cohérent sur toutes ses lignes. Il faut un équilibre qui permette à la fois aux titulaires de bien jouer ensemble, mais aussi à celles qui ne démarrent pas d'apporter quelque chose de différent. Et puis, il faut leur faire savoir ce qu'est la compétition ! C'est beaucoup dans l'état d'esprit et dans le mental. C'est important de leur faire comprendre qu'on peut battre n'importe qui, bousculer tous les adversaires à partir du moment où on est ensemble. Et elles ont toutes compris que l'intérêt était collectif.
 
Quels sont vos fondamentaux ?
Ce jeu de possession, en repartant bien de derrière pour aller jouer et marquer des buts. Maintenant, on est davantage une équipe axée sur la transition. On essaye toujours d'être dans le jeu placé, mais on a mis plutôt l'accent sur les transitions parce qu'on a vu qu'on a un vrai potentiel sur des qualités de vitesse devant. C'est souvent comme ça qu'on arrive à déstabiliser les adversaires. On n'est pas tellement une équipe puissante, on est davantage dans la vélocité et dans la vitesse. La meilleure façon de poser des problèmes, ce sont souvent grâce aux transitions lorsque l'équipe adversaire est mal organisée, partir avec un temps d'avance.
«Lors de la Coupe du monde, j'ai vu une exceptionnelle Diani. Elle a gravi un sacré échelon, elle a été très performante. Certainement l'une des joueuses les plus percutantes du tournoi»
Vous avez entraîné de nombreuses joueuses des vingt-trois bleues de la Coupe du monde 2019 : qu'en avez-vous pensé ?
J'ai vu une exceptionnelle Diani. Elle a gravi un sacré échelon, elle a été très performante. Certainement l'une des joueuses les plus percutantes du tournoi. Griedge (Mbock) reste une joueuse d'exception, même si elle a été un peu diminuée avec son genou. Je l'ai senti un peu sur la retenue. Delphine (Cascarino) a été telle que je la connais, pétrie de talent mais parfois, elle ne croit pas en son potentiel. Elle est capable de plus.
 
Parvenez-vous à cerner vos joueuses capables de s'imposer en A plus tard ?
On sent qu'il y a des joueuses qui ont du potentiel. Mais ce qui m'inquiète un petit peu, c'est comment ça va évoluer pour elles. On sait que la sélection n'est qu'un passage. C'est avec leur club que tout se passe. Comment vont-elles progresser ? Quel temps de jeu vont-elles avoir ? C'est mon point d'interrogation. Si elles sont capables de poursuivre un parcours où elles vont avoir du temps de jeu en D1 ou en D2, effectivement, certaines joueuses pourront prétendre à aller plus haut !
 
Ce n'est pas le cas de toutes ?
Certains gros clubs comme Lyon ou Paris proposent du professionnalisme à de jeunes joueuses. À côté de ça, il y a les pôles espoirs féminins, qui permettent aux filles de s'entraîner tous les jours et de poursuivre leurs études. Si on fait référence à la génération de Griedge, à l'époque, les dix-neuf ans jouaient en D1, le niveau de notre Championnat le permettait. Maintenant, il y a beaucoup plus de jeunes filles, et beaucoup d'étrangères. Et comme les filles commencent à avoir du vécu et de l'entraînement, il y a moins de place pour les plus jeunes.
 
Vous avez donc le sentiment que les U19 régressent alors que le football féminin progresse...
Avec les structures espoirs, on garde une certaine qualité, avec des clubs comme Lyon ou Paris qui ont des académies où ils recrutent des bonnes joueuses. Mais elles ont simplement moins de vécu en termes de matches de haut niveau. Elles jouent dans le Championnat U19, ce qui n'est pas ce qui se fait de mieux, ou en Régionale 1 comme pour les filles de Lyon qui n'ont pas leur place en D1 par exemple. Aujourd'hui, la fédération permet qu'il y ait de plus en plus de prêts. C'est bien. Ça permettrait que les jeunes joueuses s'aguerrissent. Nombre pourraient faire le plaisir d'un club de D2. Après, elles ont beaucoup progressé dans certains domaines, notamment sur le plan athlétique. Aujourd'hui, ces filles peuvent faire de la compétition, enchaîner les matches. Mais c'est en termes d'expérience et de vécu du haut niveau qu'on sent qu'on est un peu juste.
 
C'est mieux du côté de l'Allemagne ou de l'Espagne ?
L'Allemagne offre la possibilité aux gros clubs d'avoir leur équipe réserve en deuxième division ; l'Espagne a beaucoup plus de rassemblements en sélection que nous. On sent que ces équipes ont un peu plus de maturité dans leur jeu, mais on n'est pas si ridicule que ça puisqu'on est en finale (rires) ! On va tout faire pour gagner !»
Nicolas Jambou
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Gaucho 28 juil. à 14:05

Quand on entend O. Meynard installer le débat sur les dimensions du terrain et/ou des buts au prétexte que le physique des filles n est pas à la hauteur de celui des garcons sans que cela ne déclenche un tollé général, on se demande ou on est.Et pourquoi pas ramener le 100 mètres féminin à 90 mètres ? Il y a un siècle Les performances des hommes étaient inférieures à celui des femmes d au jour shui. Est ce que pour autant on a réduit la taille des terrains ou des but?

Gaucho 28 juil. à 13:57

Il faudrait se réveiller là-dedans. Mettre l énergie et les fonds nécessaire pour lancer définitivement la machine. Installer des encadrements sportifs humains dignes de de niveau, des relais médias digne de ce nom et pas ceux qui parce qu' ils sont installés dans le foot masculin se croient autorisés à perorer en prenant pour base leur savoir et leur expérience pour comparer alors qu' il n y a rien de comparable.

Gaucho 28 juil. à 13:53

Au fur et à mesure des articles sur le foot féminin français, on se rend compte d une chose qui invariablement se déduit de chaque discours. L infrastructure humaine intermediaire n est à la hauteur ni du potentiel sportif ni du potentiel économique, Il y a les joueuses et les hauts dirigeants de la FFF et entre les deux, rien qui ne soit à la hauteur. Pourtant les spectateurs qui remplissent les stades pour ce spectacle sont de nouveaux spectateurs, pas ceux du foot masculin.

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