Giuseppe Meazza (D.R)
CM - Les 100 de FF

Giuseppe Meazza, nouvel épisode de nos 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde

28 avril-14 juin : dans exactement 47 jours, débutera le Mondial 2018 en Russie. Jusqu'au coup d'envoi, FF vous livre, par ordre alphabétique, sa liste des 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde. Cinquante-quatrième épisode avec Giuseppe Meazza.

Son histoire avec la Coupe du monde

C'est Monsieur 100% : deux participations à la Coupe du monde et deux triomphes ! Lauréat en 1934 et 1938, Giuseppe Meazza partage en Italie ce privilège avec deux coéquipiers, Giovanni Ferrari et Eraldo Monzeglio. Mais la figure marquante de ce doublé mondial est sans l'ombre d'un doute Meazza. Celui-ci est ce que l'on appelle dans la péninsule un «fuoriclasse», un joueur hors norme, un élément d'exception. Trois fois champion d'Italie, il a inscrit la bagatelle de 316 buts en matches officiels, dont 216 réalisations en Serie A. Un sacré buteur doublé d'un footballeur au style étincelant : Beppe (ou Pepp, son diminutif à la mode lombarde) est élégant, porte beau et possède un bagage technique très complet. Son talent saute aux yeux. Il est d'ailleurs tellement précoce que lors de ses premières apparitions avec l'équipe A de l'Inter, alors qu'il n'a même pas dix-sept ans, les sénateurs s'étonnent de le voir jouer : «Coach, vous n'allez pas aligner un gamin, on dirait un "balilla" !» A l'époque, le pouvoir fasciste oblige les jeunes de huit à quatorze ans à se réunir régulièrement pour les former aux rudiments militaires, et ils portent le nom de "balilla". Cet appellatif lui restera. Meazza étonne ceux qui ne le connaissent pas par son apparente fragilité. Mais une fois le match commencé, tous les doutes se dissipent en un rien de temps.

La Nazionale ne fait pas exception. Sifflé lors de ses premiers pas en sélection d'Italie, il retourne le public en l'espace de quelques minutes, réalisant un doublé face à la Suisse. Nous sommes en 1930. La même année, il marque trois buts à la Hongrie, corrigée 5-0 à Budapest. Même tarif pour la France en 1931 (5-0, un triplé). Il est évident à Vittorio Pozzo, le sélectionneur italien, que l'équipe nationale ne pourra se passer de lui. De fait, le "Balilla" disputera 53 matches avec l'Italie dans cette décennie (33 buts au compteur). D'abord avant-centre, il est repositionné à un poste que l'on qualifierait aujourd'hui de milieu offensif. C'est dans ce rôle de meneur que Meazza dispute ses deux Coupes du monde. La première en 1934 est un constant défi physique. Préparés comme un vrai commando (séjour en montage puis longue mise au vert), les Italiens feront la différence athlétiquement. Et le Milanais est de tous les combats. Il est d'ailleurs le seul à avoir disputé les 6 matches entre les éliminatoires (4-0 face à la Grèce, en mars 1934) et la phase finale en Italie. Il est du 7-1 face aux Etats-Unis en huitièmes, des deux matches à couteaux tirés (l'image n'est pas trop forte !) face à l'Espagne (1-1 a.p., puis 1-0 le lendemain) en quarts, du 1-0 sur l'Autriche en demies et du 2-1 (a.p.) face à la Tchécoslovaquie en finale. Ce Mondial est caractérisé par l'aspect âpre des débats, notamment le quart contre la Roja et sa répétition, festival de coups défendus et d'erreurs d'arbitrage, la plupart en faveur des Italiens. Déjà auteur d'un but contre les Etats-Unis, Meazza inscrit de la tête celui de la qualification lors de la seconde manche face à l'Espagne. Au tour suivant, il est impliqué dans le but azzurro : une conclusion de Schiavio est repoussée par Plutzer en direction de Meazza qui tente de reprendre le ballon de la tête mais se heurte  au gardien autrichien ; puis les deux hommes tombent à terre et Guaita marque dans le but vide. Les joueurs du Wunderteam protestent, mais le télescopage entre les deux joueurs  semble involontaire. En finale, c'est "Mumo" Orsi et Schiavio qui font céder 2-1 les Tchécoslovaques au terme de 120 minutes de jeu.

Passons au sacre de 1938. Pour Meazza et ses camarades, c'est un succès à la double saveur. Au plan du jeu, d'abord. Encore fidèle à une préparation rigoureuse, les Italiens dominent physiquement leurs adversaires, mais cette fois en déployant un jeu de grande qualité. Après un huitième poussif (2-1 contre la Norvège après prolongation), les Azzurri sont virevoltants en quarts face à la France, pays organisateur (3-1). Avec Meazza à la baguette, ils font plier les Bleus par leur trio offensif infernal : Colaussi, qui ouvre le score, Piola, à l'origine du premier but et auteur d'un doublé (une volée et une tête), Biavati, double passeur décisif. En demi-finale, l'Italie punit un Brésil présomptueux et à la condition physique déclinante (2-1), avant de se coiffer de sa seconde couronne en quatre ans en disposant 4-2 de la Hongrie en finale, sous les applaudissements du public de Colombes. C'est la consécration pour Giuseppe Meazza, Vittorio Pozzo et un football italien qui prouvent là que le succès de 1934 était bien autre chose qu'une démonstration de force sportive et politique.

Le moment marquant

En cette fin de printemps 1938, l'Italie de Meazza tient absolument à se qualifier pour la finale du Mondial. Pour démontrer que, après ses succès à la Coupe internationale de 1935 (une sorte d'Euro avant la lettre) et les JO de 1936, elle n'est pas là par hasard et son succès mondial de 1934 pas le fruit de cadeaux d'arbitrage  Et puis, il y a l'arrogance brésilienne. Les dirigeants de la Seleçao sont tellement sûrs d'eux qu'ils ne veulent pas revendre aux Italiens leurs réservations d'avion pour Paris en cas d'élimination («ça n'arrivera pas, donc pas la peine d'en discuter !», répondent-ils à Vittorio Pozzo, le sélectionneur de la Nazionale). Et, surtout, ils préfèrent mettre au repos leur superstar Leonidas, éprouvé par un quart à répétition face à la Tchécoslovaquie, pour le garder frais en vue de la finale... A Marseille, les hommes de Pozzo sont supérieurs physiquement et tactiquement à des Brésiliens qui ne leur posent pas d'énormes problèmes en défense et font le break en cinq minutes : après l'ouverture du score par Colaussi, Piola est fauché dans la surface par Domingos. Nous sommes à l'heure de jeu, le penalty est transformé par Giuseppe Meazza, qui parvient à frapper tout en tenant son... short dont l'élastique vient de craquer ! Les Brésiliens (qui réduiront le score à 2-1 en fin de match par Romeu) peuvent garder leur avion, c'est l'Italie qui ira défier la Hongrie à Colombes !

Le chiffre : 9

Le nombre de matches en phase finale de Coupe du monde, soit les 5 de 1934 et les 4 de 1938. «Pepp» Meazza sera longtemps le recordman italien. En fait jusqu'à ce que Giacinto Facchetti et Sandro Mazzola l'égalent à l'occasion de la finale du Mondial 1970, puis le battent, quatre ans plus tard, en jouant le premier tour de l'édition de 1974. Ils seront eux même battus par Dino Zoff qui portera à 17 matches le record en 1982. Puis ce sera au tour de Gaetano Scirea et Antonio Cabrini, 18 matches au moment de leur élimination en huitièmes de finale du Mondial 1986. Et, enfin, de Paolo Maldini, qui ; lors des huitièmes de finale de l'édition 2002, jouera son 23e et dernier match de Coupe du monde.

L'archive de FF

Dans son numéro de présentation du Mondial, le 14 juin 1994, FF régale ses lecteurs d'un riche fascicule, «Les 100 héros de la Coupe du monde». On y trouve, évidemment, «Pepp» Meazza : «Costaud, un peu rond, mais si fin et lucide dans son jeu, Giuseppe Meazza est la grande star du Calcio d'avant-guerre. A la fois stratège et buteur de l'équipe d'Italie qui joue chez elle en 1934, il sera l'auteur d'une série d'exploits qui en feront l'idole des tifosi. A Florence, lors du match d'appuis contre l'Espagne, le second en vingt-quatre heures, il marque le but de la qualification en reprenant un corner tiré par Orsi. Le surlendemain, face à la ''Wunderteam'' autrichienne, il est impliqué dans le seul but de la demi-finale, faisant chavirer un stade San Siro qui porte aujourd'hui son nom. Enfin, en finale, au fin fond de la prolongation, et bien qu'il boite depuis un choc avec le Tchèque Krcil, il trouve la force d'être à l'origine du but du sacre, inscrit par Schiavio. Devenu un exemplaire capitaine en 1938, toujours avec son ami Ferrari, il continuera à s'amuser dans l'entrejeu et à tirer les ficelles d'une Squadra Azzurra qui réalise, à Colombes, le premier doublé de l'histoire de la Coupe du monde.»
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