(L'Equipe)

Grzegorz Lato (Pologne), nouvel épisode de nos 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde

19 avril - 14 juin : dans exactement 56 jours, débutera le Mondial 2018 en Russie. Jusqu'au coup d'envoi, FF vous livre, par ordre alphabétique, sa liste des 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde. Quarante-cinquième épisode avec Grzegorz Lato.

Son histoire avec la Coupe du monde

Championne olympique en 1972 à Munich, la Pologne faisait son retour en Coupe du monde en 1974 en Allemagne, trente-six ans après sa première participation en France. Dans ce tournoi, et contre toute attente, les hommes de Kazimierz Gorski ont surpris par leur jeu typiquement latin : mouvements, passes courtes, vitesse, volonté créatrice résolument offensive. Un homme a caractérisé à merveille ce "football total" inventé par le Néerlandais Rinus Michel, mélangé à l’esprit collectif et la discipline tactique : Grzegorz Lato. L’ailier, positionné à droite d’un 4-2-4 qui s’apparente plus à l’actuel 4-4-3, s’est fait remarquer par les observateurs par sa conduite de balle aisée, ses dribbles et sa formidable finition. Repiquant souvent dans l’axe, il a fait des misères à l’Argentine lors du premier match en plantant deux fois, et eu l’audace de récidiver contre Haïti. Qualifié pour le second tour, il fut à nouveau l’homme de son équipe en délivrant ses coéquipiers contre la Suède, puis la Yougoslavie. Mais dans le match crucial contre l’Allemagne de l’Ouest, qui allait désigner le finaliste, la Pologne s’est inclinée sur un but de Müller. Cette défaite n’aillait pas gâcher le formidable parcours des Aigles Blancs, qui ont mérité leur place sur le podium au détriment des champions du monde en titre brésiliens, où le buteur du Stal Mielec fut une nouvelle fois le héros polonais. Une troisième place que s’est à nouveau offerte la Pologne de Grzegorz Lato en 1982, aux dépens d’une équipe de France fatiguée après sa demi-finale légendaire de Séville contre la Nationalmannschaft. Une deuxième place sur le podium qui aurait pu se profiler de nouveau pour l’ex-président de la Fédération Polonaise de football quatre ans plus tôt en Argentine. Mais Lato, buteur tout de même face à une Seleçao revancharde, et ses partenaires sont passés à côté lors du second tour.

Le moment marquant

Sans aucun doute son but décisif qui a permis à son pays de décrocher la médaille de bronze face aux Auriverde de Jairzinho en 1974. Après un ballon récupéré par Leslaw Cmikiewicz dans son propre camp, le milieu lance en profondeur Grzegorz Lato, qui, après avoir temporisé dans un premier temps, accélère et efface d’un crochet dévastateur son vis-à-vis, et file au but. Arrivé dans la surface, il trompe d’un sang-froid imparable Emerson Leao, venu à sa rencontre, d’une frappe croisée du droit qui termine sa course dans le petit filet (76e). Le Brésil ne revient pas, et la Pologne, grâce à son joyau, parvient à monter sur le podium, la meilleure performance de l’histoire du football polonais en Coupe du monde (rééditée en 1982).

Le chiffre : 7

Comme le nombre de buts inscrits par Grzegorz Lato lors de ce Mondial allemand. Il termine meilleur marqueur de la compétition pour son premier Mondial devant Gerd Müller (5) et Jairzinho (2), le Brésilien pourtant auteur d’une Coupe du monde canon quatre ans plus tôt au Mexique. A la fin de sa carrière, Grzegorz comptabilise 10 buts dans la plus prestigieuse des compétitions, soit le huitième meilleur buteur de l’histoire.

L'archive de FF

En 1994, lors de son traditionnel récapitulatif des joueurs qui ont marqué l’histoire Coupe du monde, FF écrit ceci sur l’ailier polonais : «L’ailier de Stal Mielec - c’était son métier dans un football de l’Est officiellement amateur - n’avait pas son pareil pour forcer la porte des défenses. L’entraîneur polonais Gorski l’avait appelé sans enthousiasme pour remplacer Lubanski, blessé, avant la Coupe du monde 1974. La réputation de Lato, joueur fantasque et indiscipliné, inquiétait en effet le sélectionneur polonais. En fait, ce garçon blond au front quelque peu découvert allait se révéler un buteur de choix, le meilleur, même, du tournoi allemand. Sa vivacité, sa subtilité balle au pied, son jeu des deux pieds et ses frappes de la tête ont été les meilleurs atouts offensifs d’une Pologne conquérante, qui confirmait sa médaille d’or aux Jeux Olympiques de 1972. Souvent confondu avec son compère Gadocha, pour sa silhouette et son numéro 16, si proche du numéro 18 que portait son alter ego du Legia, il se distinguait par un opportunisme encore plus affirmé - ainsi profita-t-il de toutes les occasions pour battre à lui seul l’Argentine (3-2) au premier tour - et ses longues courses ponctuées d’un tir irrésistible, comme celui dont furent victimes Leao et le Brésil lors du match pour la troisième place. En 1978, en Argentine, Lato ne connut pas la même efficacité, même si une de ses têtes contraint le goleador Kempes, replié sur sa ligne, à dégager de la main. Hélas ! Fillol repoussa le penalty de Deyna, barrant la route de la qualification de la Pologne. Quant au Mundial 1982, il le traversa sans imprimer sa touche, ses jambes vieillissantes ne pouvant plus le conduire assez vite dans ses chevauchées victorieuses…».

Joffrey Pointlane