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Yeni Ngbakoto of Guingamp celebrates after scoring a goal in the last minute during the Ligue 1 match between Rennes and EA Guingamp at Roazhon Park on February 4, 2018 in Rennes, . (Photo by Eddy Lemaistre/Icon Sport) (L'Equipe)
Ligue 1 - Guingamp

Guingamp-Metz : Yeni Ngbakoto, «Ma première idole, c'était David Beckham»

Après une expérience mitigée aux Queens Park Rangers, Yeni Ngbakoto savoure ce retour en Ligue 1 avec Guingamp. Pour FF, de Croix à Metz, qu'il retrouve ce samedi, en passant par la guerre du Congo, la Côte d'Ivoire ou Besançon, il raconte un chemin pas toujours très tranquille.

Des premiers pas à Croix à la guerre du Congo
«Je suis né à Croix (59). On est rapidement parti au Congo, lorsque j'avais six mois. Mon père était conseiller administratif du président congolais, Joseph Mobutu. Il s'occupait de la maison civile de ce dernier. La guerre a éclaté en 1996 et on a dû fuir le pays en 1997 pour la Côte d'Ivoire, se réfugier chez de la famille qui habitait là-bas. Je ne me souviens pas vraiment de cette époque. On en a un peu discuté avec mes parents lorsque j'étais plus grand mais je ne me suis jamais vraiment penché à 100% sur le sujet. Mais pour mes parents, ce qu'il s'est passé les a marqués. Cela a été une époque très difficile où on a tout perdu sur place, cela a été beaucoup de tristesse. Mes grands frères et ma grande soeur, qui ont vécu ça étant adolescents, ont été également touchés par ça. Notre famille a su se relever. Même chose pour le pays. Le foot ? D'après ma mère, je commence rapidement à y jouer en Afrique, dès que j'ai su marcher, j'ai tapé le ballon sur les murs de la maison. La passion était déjà là.»

«Mon père, je lui dois énormément»

Retour en France et installation "définitive" à Besançon
«On revient en France en 2000. D'abord à Paris, où on reste un an et demi. Mais, pour ma mère, c'était un peu trop grand, elle aimait bien les endroits un peu plus calmes et plus tranquilles. On a donc déménagé pour de bon à Besançon. Je ne sais pas pourquoi Besançon d'ailleurs (il sourit.), une ville très sympa. Ma mère et ma petite sœur vivent toujours là-bas. Il y a six enfants dans la famille.»
Son père
«Il est décédé l'année dernière. Cela a été une figure pour moi. Il m'a toujours suivi dans tout ce que je faisais. Quand je suis allé à Metz, il était derrière moi, faisait trois heures de route aller-retour pour m'accompagner. Il venait souvent me voir. Il a été très proche de mon début de carrière dans le foot. Je lui dois énormément.»

«Quand je perdais les matches, je pleurais. Le foot, c'était tout pour moi»

Besançon, du foot en cachette
«Quand mon frère m'a inscrit au SC Clémenceau pour la première fois, à dix ans, c'était l'apothéose. Le foot était avant tout un plaisir, j'y allais pour jouer, pour la gagne. Je préférais ça à l'école, ce qui faisait dire à ma mère : "Si tu ne travailles pas bien à l'école, tu n'iras pas au foot", ça m'énervait. J'y allais même parfois en cachette : on habitait au rez-de-chaussée et, un jour, ma mère m'avait interdit d'aller au foot. J'avais préparé mon sac, pour le jeter par le balcon. Elle m'avait donc vu sortir sans rien. Dehors, je récupérais mes affaires et j'allais au foot. Elle ne l'a jamais su (il sourit.). Je ne manquais pas un seul entraînement. Je ne voulais qu'être avec mes copains. Mais quand je perdais les matches, je pleurais. Le foot, c'était tout pour moi. Ma première idole, c'était David Beckham. Quand je jouais, je voulais le numéro 7 en référence à lui. Ses coups francs étaient majestueux. J'aimais également les Zidane ou Henry qui étaient au sommet.»
L'envol vers Metz
«Philippe Renard, le président du SC Clémenceau, a été très important pour moi dans ma progression. C'est grâce à lui que je suis parti à Metz. Il a été comme un deuxième père. Ma mère lui faisait confiance. Quand je faisais des conneries et que j'étais puni, elle l'appelait directement et lui parvenait à la convaincre de me laisser jouer au foot. Il était très proche de la famille. Un jour, il m'appelle et il me dit qu'il emmène son fils faire une détection à Metz. Il me propose d'y aller avec eux.
«Je jouais au foot pour jouer au foot, je ne savais pas du tout ce qu'était un centre de formation»
Moi, je jouais au foot pour jouer au foot, je ne savais pas du tout ce qu'était un centre de formation. Après le premier jour d'entraînement, on me convoque à part et on m'explique qu'il faut appeler mes parents parce qu'ils souhaitent me garder pour la saison prochaine. J'ai dit oui, et ça s'est fait comme ça. Je me souviens de mon départ de la maison. J'aidais beaucoup ma mère dans les tâches ménagères avec ma petite soeur. Ma mère était triste, mais elle me disait que tant qu'il y avait l'école, c'était le plus important. C'était l'école à tout prix pour elle. Metz ayant un super suivi scolaire, ça allait.»
Près de dix années chez les Grenats
«C'est allé super vite. J'ai fait deux années en préformation avant d'intégrer l'équipe de France en U18 et signer pro. Je repense à toutes ces personnes du centre qui m'ont beaucoup apporté comme Olivier Perrin, Denis Schaeffer, Sébastien Muet jusqu'aux dames de ménage qui m'ont adopté comme leur propre fils. Quand je faisais des bêtises, ils étaient toujours derrière moi comme des parents. C'est là que j'ai senti que c'était une grande famille et qu'il fallait les remercier sur le terrain pour tout ce qu'ils faisaient pour moi.
«Je voulais bien finir, rester une dernière année, pour remettre le club à sa place. J'ai voulu mouiller le maillot pour les supporters»
Beaucoup de personnes m'ont dit que j'étais resté trop longtemps au FC Metz. J'ai signé pro en 2009, il fallait que je m'impose et j'ai attendu le bon moment pour partir. J'avais été le premier à arriver en A au sein de la génération des Bussmann, Bouna Sarr, etc. Et j'ai été le dernier à m'en aller. C'était un attachement. Il y avait quelque chose d'inaccompli. Je voulais connaître la Ligue 1 avec mon club formateur. Mon plan de carrière n'était pas de partir rapidement. Et quand on est redescendu en Ligue 2 (2015), dans une galère, je voulais bien finir, rester une dernière année, pour remettre le club à sa place. J'ai voulu mouiller le maillot pour les supporters. Et Metz est remonté.»

«Je me suis senti à l'aise avec Hasselbaink»

Dix-huit mois mitigés aux Queens Park Rangers
«Ce n'était pas simple d'aller en Ligue 1 ou en Premier League. Toulouse, Guingamp et Angers s'étaient manifestés. Même chose pour les Queens Park Rangers et l'entraîneur Jimmy Floyd Hasselbaink. Ils sont venus me voir sur Paris. Moi qui avait toujours rêvé d'évoluer en Angleterre, c'était le bon moment pour une nouvelle expérience. Je me suis senti très à l'aise avec Hasselbaink, un ancien attaquant de très haut niveau. Malheureusement, cela ne s'est pas passé comme je voulais. Le Championship est un super Championnat, j'ai appris une nouvelle culture et un nouveau football. Mais Hasselbaink s'est fait limoger quatre mois après mon arrivée. Ian Holloway a signé et beaucoup de choses ont changé, il a notamment recruté ses joueurs l'hiver suivant. Je jouais donc un peu moins. J'ai passé pas mal de temps sur le banc, à disputer des bouts de matches. C'est là que se situe mon échec (NDLR : 15 titularisations en un an et demi).»
Guingamp, un nouveau départ
«Il fallait absolument partir cet hiver. Je voulais rebondir, je ne pouvais pas rester comme ça. Guingamp est tout de suite venu. Je n'ai pas réfléchi à d'autres options possibles. C'était une équipe de Ligue 1, c'était parfait. Avec un coach (Antoine Kombouaré) qui a beaucoup d'expérience. Je reviens dans un Championnat majeur où tu joues face au PSG, Marseille, Monaco, ... Dans l'intensité, ça change beaucoup, car en Angleterre c'est beaucoup plus physique. Mais question qualité de jeu, on est un ton au-dessus en France. Je voulais surtout reprendre le plaisir de jouer. Guingamp m'a donné cette chance et j'ai sauté sur l'occasion.»
Son but extraordinaire à Rennes dans les arrêts de jeu
«Connaissant la qualité de passeur de Ludovic Blas, je demande le ballon dans la profondeur. Etant entré quelques minutes plus tôt, j'étais frais, avec beaucoup de lucidité. Je ne me suis pas posé de question et j'ai tenté ce lob. Marquer à la dernière minute d'un derby, c'est magnifique. C'est un sentiment incroyable, un moment magique et spécial.»

«J'avais limite les larmes aux yeux quand j'ai connu ma première sélection»

Ses débuts en sélection avec le Congo
«J'ai joué mes premiers matches en 2017. J'avais choisi la République démocratique du Congo pour mon père et ma mère. Ce sont leurs racines. Je suis né en France mais j'ai le sang congolais. Il y avait ce petit plus pour choisir cette sélection. J'ai été très bien accueilli au pays, que ce soit par les supporters ou les coéquipiers. Une sensation extraordinaire, qu'on ne peut même pas décrire. J'avais limite les larmes aux yeux quand j'ai connu ma première sélection. On a manqué la qualification pour la Coupe du monde d'un point face à la Tunisie, mais le meilleur reste à venir.»
Timothé Crépin 
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