(L'Equipe)

Hakan Sukur (Turquie), nouvel épisode de nos 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde

Dans exactement 10 jours, débutera le Mondial 2018 en Russie. Jusqu'au coup d'envoi, FF vous livre, par ordre alphabétique, sa liste des 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde. Quatre-vingt-onzième épisode avec Hakan Sukur.

Son histoire avec la Coupe du monde

Pour sa deuxième participation à une Coupe du monde - après son élimination en Suisse lors de l’édition 1954 -, la Turquie est arrivée en Corée et au Japon avec de réelles ambitions, en 2002. La sélection de Senol Günes, quart de finaliste à l’Euro 2000, a abordé cette compétition avec le plein de confiance, après de brillantes prestations lors des phases éliminatoires. Sur le sol asiatique, la Turquie n’a pas eu le temps de gamberger, puisque opposée au Brésil lors de son premier match dans la compétition. Malgré la défaite (1-2), les Turcs ont su relever la tête et sortir du groupe grâce à leur esprit conquérant et collectif, véhiculé par leur capitaine emblématique, Hakan Sukur. L’ex-attaquant de Galatasaray a assumé son rôle de leader sur et en dehors du terrain, poussant les siens à se surpasser pour enfin obtenir une vraie référence dans une grande compétition internationale. Menée par l’avant-centre charismatique, la fameuse génération dorée de la Turquie (Alpay, Emer, Bastürk, Tugay, Ilhan) a réussi à passer les différents tours avant de retrouver les Auriverdes en demi-finale.

Seul hic, le «Taureau du Bosphore», qui n’a toujours pas marqué, comptait sur cette affiche pour débloquer son compteur dans la compétition, et ainsi guider son pays vers une improbable finale. Raté. Les Turcs se sont de nouveau inclinés face à Ronaldo et consorts (1-0), mais ont l’occasion de sauver leur parcours en allant chercher la troisième place face à l’un des pays hôtes, la Corée du Sud. Cette-fois, le capitaine a bien répondu présent, et de quelle manière ! Il a marqué sa seule réalisation de la compétition dès la onzième seconde, inscrivant le but le plus rapide de l’histoire de la Coupe du monde. Vainqueurs 3-2, Hakan Sukur et ses coéquipiers seront accueillis en héros lors de leur retour au pays. Un statut que le «Taureau» va perdre quelques années plus tard : engagé en politique après sa retraite sportive, il se dresse comme l’un des plus fervents opposants au président turc actuel, Recep Tayyip Erdogan, et est érigé par ce dernier comme l’un des ennemis de la nation.

Face à la Corée du Sud, le capitaine a bien répondu présent, et de quelle manière ! Il a marqué sa seule réalisation de la compétition dès la onzième seconde, inscrivant le but le plus rapide de l'histoire de la Coupe du monde.

Le moment marquant

10,8 secondes précisément. Le capitaine de la sélection n’a pas eu besoin de plus pour débloquer la situation face à la Corée du Sud pour le match de la troisième place. Dès l’engagement, donné par la formation de Guus Hiddink, Sukur et son coéquipier en attaque Ilhan Mansiz pressent les porteurs de balle aux abords de la surface. Hésitant, Hong Myung-Bo perd le ballon au profit du «Taureau du Bosphore», qui ajuste ensuite du plat du pied gauche le gardien Lee Woon-Jae. Sukur refroidit le Daegu Stadium, tout acquis à la cause des Sud-Coréens, et mène son pays vers le succès. La Turquie va au final s’imposer (3-2) et accrocher une place sur le podium.

Le chiffre : 11

Hakan Sukur a donc inscrit le but le plus rapide l’histoire de la Coupe du monde, après 11 secondes seulement de jeu. Il détrône ainsi le Tchécoslovaque Vaclav Masek, buteur après seulement 15 secondes contre le Mexique (1-3) lors du Mondial 1962 au Chili.

L'archive de FF

La veille de la demi-finale qui opposait la Turquie au Brésil à Saitama, FF écrit : «On va bien voir, oui, si Senol Günes se décide enfin à retirer Hakan Sükür de son onze de départ. Aucun but, aucune passe décisive, aucun intérêt pour l’équipe, le Taureau du Bosphore traverse ce Mondial telle une ombre. Il subit les matches, n’est jamais placé là où il le faut et ne s’impose même plus dans le jeu aérien. Contre le Sénégal, ce fut pathétique. Il rata un ballon offert par Hasan Sas alors que le but était grand ouvert. Son visage déconfit à l’instant où il cédait sa place à Ilhan trahissait l’étendue de son désarroi. ‘Hakan est un point d’ancrage essentiel dans notre système à un seul attaquant, plaide Senol Günes. Il mobilise les défenseurs, ce qui ouvre des espaces pour les autres. Voyez notre but contre le Japon. Sur le corner, nos adversaires se sont occupés que de lui et ont complètement négligé Ümit Davala.’ Comme toutes les gloires nationales déclinantes, l’affaire n’est pas simple. Hakan Sükür est l’homme qui a marqué 36 buts en 78 sélections. Il a été l’idole de tout un pays, le leader du grand Galatasaray, le porte-bonheur de la Turquie, censée ne jamais perdre avec son aide quasi-mythique. Il a aussi récupéré depuis quelques mois le brassard de l’équipe nationale. Mais la presse turque a retourné sa plume, ainsi qu’une partie de l’opinion publique. On lui reproche d’influencer le sélectionneur dans la composition de l’équipe en plaidant la cause des joueurs de Galatasaray, ceux du présent comme ceux du passé. Alors On prétend qu’il est l’inspirateur d’une frange religieuse à tendance intégriste, qui s’opposerait à un clan laïc. On lui conseille enfin de faire comme Jay-Jay Okocha, ancien de Fenerbahce : prendre sa retraite internationale après la Coupe du monde. Alors, Hakan Sükür ou Ilhan Mansiz contre le Brésil ? Voilà un cas de conscience qui va bien occuper l’esprit de Senol Günes d’ici à mercredi soir. ‘C’est le meilleur à l’entraînement qui jouera', a-t-il prévenu. Sans blague…»

Joffrey Pointlane