(L'Equipe)
Tribune libre

Hatem Ben Arfa : «Modric, le vintage que j'adore !», découvrez pourquoi le Français est fan du milieu des Vatreni

La Croatie a été menée loin dans la compétition par son capitaine Luka Modric. Un joueur dont est fan Hatem Ben Arfa, comme il l'explique dans sa Tribune Libre de cette semaine.

«Luka Modric, vous lui mettez un short court moulant et tout de suite vous avez l'impression d'avoir en face de vous un joueur des années 70. C'est l'incarnation même du foot vintage que j'adore. L'allure tout d'abord. Contrairement aux morphotypes des années 2000, lui affiche un petit gabarit, presque frêle et fragile. Il n'a rien d'un monstre surpuissant que l'on croise souvent dans l'entrejeu. Avec son physique de passe-partout, il n'a rien d'impressionnant. De loin, il ressemble même plus à un joueur ordinaire qu'à une star. Mais de loin, seulement. Car, dès qu'il apparaît sur un terrain, il réveille un football que l'on ne voit plus trop. En fait, on dirait qu'il joue un peu comme les gamins le font dans la rue ou dans leur quartier. Ilyabeaucoup d'instinct, de malice, de feintes, d'improvisation, surtout dans les petits périmètres. Son style, qui doit beaucoup à la tradition yougoslave, est également fait de beaucoup d'insouciance et de légèreté. Il me donne tout le temps l'impression de s'amuser. Il ressemble à ces petits qu'on accepte dans les matches des grands et qui finissent par donner la leçon à tous.
«Il ressemble à ces petits qu'on accepte dans les matches des grands et qui finissent par donner la leçon à tous.»
C'est l'un des derniers à utiliser aussi bien l'art de la passe cachée. Combien encore en tentent ? Très peu, malheureusement. C'est aussi l'un de ceux qui maîtrisent le mieux une surface du pied de plus en plus abandonnée, l'extérieur. On s'en servait beaucoup plus dans les années 70-80, nettement moins maintenant où tout se passe plus en force qu'en souplesse. Pourtant, l'extérieur, c'est un art. C'est la frappe qui surprend le plus car elle nécessite une préparation beaucoup plus courte. Ça lui permet dedissimuler jusqu'au bout ses intentions. Modric me fait également penser à un joueur hors du temps car il s'appuie beaucoup sur le unedeux, une combinaison que certains trouvent ringarde ou démodée. Mais à l'image d'Iniesta, lui sait s'en servir à merveille pour déséquilibrer un bloc et percer les lignes. Comme Andrés, Luka n'est pas un joueur doté d'une vitesse supersonique. Pourtant, quand on le voit, il dégage une impression de rapidité incroyable. Tout s'accélère autour de lui. C'est vraiment beau à regarder.
«Comme Iniesta, il s'appuie beaucoup sur le une-deux, une combinaison que certains trouvent ringarde ou démodée.»
J'ai constaté aussi qu'il aimait bien se servir du pointu à l'approche du but. Ils ne sont pas nombreux non plus à réhabiliter cette surface de contact du pied, mais quel régal ! Ça n'a rien d'un geste de bourrin. Là aussi, ça ressuscite une espèce de frappe plus beaucoup utilisée mais qui fait partie de son style de rue. Je suis vraiment heureux que ce Mondial lui permette de se mettre en valeur car au moment où Iniesta abandonne le haut niveau international, lui prend le relais dans ce football d'intelligence et de ruse. C'est la revanche des petits sur les costauds. C'est aussi, sans doute, une victoire pour Zidane car je suis persuadé que ces deux-là ont trop d'atouts en commun pour ne jamais en avoir parlé ensemble. Son coach a dû être essentiel pour résister aux conformismes qui peuvent parfois peser sur ce genre de joueurs. Lui a su résister pour défendre “son” style. Avec ces spécimens-là, soit tu les castres pour les standardiser soit tu les encourages à cultiver leur différence. Modric, c'est une espèce de joueurs en voie d'extinction mais qu'il faut protéger. Pour que vive le football, d'hier et d'aujourd'hui.»

Hatem Ben Arfa
La tribune libre de Hatem Ben Arfa est à retrouver chaque semaine dans France Football pendant la Coupe du monde. Pour télécharger notre dernier numéro, cliquez ici.

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