(L'Equipe)

Helmut Rahn (Allemagne), nouvel épisode de nos 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde

15 mai - 14 juin : dans exactement 30 jours, débutera le Mondial 2018 en Russie. Jusqu'au coup d'envoi, FF vous livre, par ordre alphabétique, sa liste des 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde. Soixante-et-onzième épisode avec Helmut Rahn.

Son histoire avec la Coupe du monde

Vainqueur de la Coupe du monde en 1954, Helmut Rahn est particulièrement célèbre pour avoir inscrit le but de la victoire face aux grands favoris Hongrois en finale à Berne. Une compétition que l’attaquant du Rot-Weiss Essen ne devait pas disputer, puisqu’il ne faisait pas partie de la liste des sélectionnés allemands. Parti en tournée avec son club en Uruguay, il est finalement rappelé par le sélectionneur Sepp Herberger, peu avant le début de l’édition suisse. Lors de la phase de groupes, Rahn s’est distingué en marquant son premier but du tournoi contre la Hongrie, malgré la déroute de son équipe qui s’est inclinée sur un score fleuve de 8 à 3. Qualifié pour les phases à élimination directe, il a enchaîné contre la Yougoslavie en quart en inscrivant le but vainqueur, puis un doublé face au «Onze d’or hongrois», alors que les Allemands étaient menés 0-2 au bout de huit minutes de jeu. «Le Miracle de Berne» est arrivé, même si les joueurs allemands seront plus tard accusés de dopage pour cette Coupe du monde.

Qu’importe, cette première victoire au Mondial a marqué la renaissance du pays, qui a pour la première fois manifesté sa joie collective depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La victoire, assez inattendue, a remonté le moral du peuple germanique, qui réservera pour l’occasion un accueil triomphal à ses joueurs. Pour Rahn, c’est la consécration. Franz Beckenbauer, qui a remporté la Coupe du monde en tant que joueur (1974) et sélectionneur (1990), déclara même que son but vainqueur en finale l’a fait entrer dans la légende : «Rahn était et demeure l’un des derniers joueurs légendaires. Il a marqué toute une génération». L’attaquant de 28 ans a conservé la confiance de Herberger, qui l’a sélectionné pour la Coupe du monde suédoise de 1958. Il s’est comporté comme l’un des leaders de sa formation au cours de ce tournoi, marquant à six reprises, mais n'a pas pu empêcher l’élimination de son pays en demi-finale contre le pays hôte. Connu pour son talent indéniable mais surtout pour son autorité sur et en dehors des terrains, Helmut Rahn fait incontestablement partie des légendes allemandes du ballon rond.

Connu pour son talent indéniable mais surtout pour son autorité sur et en dehors des terrains, Helmut Rahn fait incontestablement partie des légendes allemandes du ballon rond.

Le moment marquant

C’est évidemment son doublé en finale à Berne contre les favoris hongrois. Cueillis à froid d’entrée de match et menés 0-2 au bout de huit minutes de jeu après des buts signés Puskas (6e) et Czibor (8e), les Allemands ne se découragent pas et reviennent dans le match grâce à Maximilian Morlock (10e). C’est alors qu’Helmut Rahn décide de prendre les choses en main, en permettant d’abord à son pays d’égaliser (18e). Un but plein d’opportunisme, puisqu’il a profité de la sortie ratée du gardien Gyula Grosics sur un corner pour mettre le ballon au fond des filets hongrois. S’ils subissent les nombreux assauts de Puskas et consort durant la majeure partie de la rencontre, les Allemands finissent par s'imposer dans cette finale, grâce à un nouveau but de Rahn dans les dix dernières minutes (84e). Récupérant le ballon à l’entrée de la surface, l’attaquant crochète et frappe à ras de terre pour tromper le portier de la Hongrie. La RFA devient championne du monde.

Le chiffre : 10

Comme son nombre de buts marqués lors des ses deux participations (4 en 1954, 6 en 1958). Helmut Rahn, à égalité avec Thomas Müller, est actuellement le quatrième joueur de la Nationalmannschaft à inscrire au moins dix buts en Coupe du monde, derrière Jürgen Klinsmann (11), Gerd Müller (14) et Miroslav Klose (16), recordman du nombre de buts dans l’épreuve.

L'archive de FF

En 1994, FF revenait sur les joueurs ayant marqué l’histoire de la Coupe du monde, et écrivait ceci à propos d’Helmut Rahn : «’Un attaquant simpliste, frustré, primaire, pas beau à voir. Mais un ailier qui perce droit, court très vite, utilise sa puissance athlétique, et tire au but des deux pieds avec une force terrible’. Voilà le portrait mi-chèvre mi-chou que tirait FF de Helmut Rahn, au lendemain de la victoire de la RFA sur la Hongrie en 1954 à Berne. Mais il n’avait pas eu besoin d’élégance, seulement de hargne et de vista pour, en finale, inscrire les deux derniers buts du titre, concrétisant deux passes décisives de son capitaine et stratège Fritz Walter, dont il était le finisseur préféré. Et dire qu’il fut l’appelé de la dernière heure de la sélection de Herberger, apprenant seulement à quelques jours du début du tournoi qu’il devait rejoindre l’équipe nationale en Suisse, alors qu’il était en tournée avec l’Uruguay avec le Rot-Weiss Essen ! Quatre ans plus tard, en Suède, Rahn sera toujours la force de frappe de l’Allemagne, inscrivant six buts dont celui, déterminant contre la Yougoslavie, qui emmena son équipe en demi-finale. Son but en finale est un but pour l’éternité, celui d’une victoire improbable face à un adversaire grandissime favori, qui amènera la joie dans son pays, et celle du commentateur vedette de la radio allemande Herbert Zimmermann qui s’écria sur l’action ''Rahn tire. But, but, but pour l’Allemagne ! Traitez-moi de fou, de zinzin !''.»

Joffrey Pointlane