Hristo Stoichkov (L'Equipe)

Hristo Stoichkov (Bulgarie), nouvel épisode de nos 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde

2 juin-14 juin : dans exactement 12 jours, débutera le Mondial 2018 en Russie. Jusqu'au coup d'envoi, FF vous livre, par ordre alphabétique, sa liste des 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde. Quatre-vingt-neuvième épisode avec Hristo Stoichkov.

Son histoire avec la Coupe du monde

S'il est aujourd'hui toujours considéré comme le plus grand joueur de l'histoire de la Bulgarie, c'est notamment grâce ses performances lors de la Coupe du monde 1994. Après avoir manqué l'édition de 1990, les Lions et Hristo Stoichkov sont de la partie aux Etats-Unis. L'aventure débute un soir de novembre 1993, lors d'un succès inattendu arraché dans les derniers instants en France (2-1). Au même moment, l'attaquant bulgare brille sous le maillot de Barcelone, sous les ordres d'un certain Johan Cruyff. Le talentueux et sulfureux gaucher régale les amateurs de football, notamment avec ses buts, mais peut aussi décevoir quand son mauvais caractère et sa nervosité prennent le dessus. Stoichkov est donc attendu à l'été 1994, la Bulgarie un peu moins. Et l'aventure mondialiste commence mal pour les Tricolores avec une défaite contre le Nigéria (0-3). Mais l'équipe dirigée par Dimitar Penev ne tarde pas à se réveiller. Emmenée par Stoichkov - auteur d'un doublé sur penalty et d'une passe décisive -, elle remporte son premier match en Coupe du monde en disposant de la Grèce (4-0). Mieux, elle bat ensuite l'Argentine (2-0) grâce à une nouvelle réalisation de Stoichkov et se qualifie pour le tour suivant.

La folle épopée ne s'arrête pas là. Le natif de Plovdiv lance idéalement le huitième de finale contre le Mexique en ouvrant le score d'une magnifique frappe en lucarne (1-0, 6e). La Bulgarie doit finalement attendre la séance de tirs aux buts (1-1, 4 t.a.b. 2) pour éliminer le Mexique. Elle parvient même à se hisser dans le dernier carré après une nouvelle victoire contre l'Allemagne (2-1) et un nouveau but signé Stoichkov (voir ci-dessous). La Bulgarie surprend son monde mais est stoppée par l'Italie aux portes de la finale. L'attaquant de Barcelone inscrit son sixième but de la compétition et répond au doublé de Roberto Baggio, mais ce n'est pas suffisant pour éviter la défaite (1-2). Démobilisée, la Bulgarie s'incline lors du match pour la troisième place contre la Suède (0-4). Cette génération dorée bulgare guidée par un Stoichkov impressionnant - il termine meilleur buteur du Mondial à égalité avec Oleg Salenko - marque les esprits aux Etats-Unis. Petite revanche : Stoichkov remporte le Ballon d'or quelques mois plus tard, devant...Baggio. A 32 ans, il ne parvient pas à aider la Bulgarie à sortir des poules en 1998. De quatrième de la dernière Coupe du monde, elle passe à quatrième du groupe D derrière le Nigeria, le Paraguay et l'Espagne.

Le moment marquant

Au début du Mondial en 1994, ils sont peu à miser sur la Bulgarie dans le dernier carré. La tâche s'annonce d'ailleurs difficile au moment de rencontrer l'Allemagne, le tenant du titre, en quarts de finale. Au Giants Stadium, dans la banlieue ouest de New York, la Mannschaft prend les devants au retour des vestiaires grâce à un penalty transformé par Lothar Matthäus (1-0, 47e). La Bulgarie s'en remet alors à Hristo Stoichkov, le pied gauche de l'attaquant débloque la situation. Placé à vingt-cinq mètres du but côté droit, il envoie un coup franc magistral en lucarne qui laisse Bodo Illgner sur place (1-1, 76e). Dans la foulée, Yordan Letchkov permet aux Bulgares de prendre l'avantage (2-1, 79e). Les Lions éliminent la grande Allemagne de la Coupe du monde et se hissent en demi-finales à la surprise générale !

Le chiffre : 6

Soit le nombre de buts marqués par Hristo Stoichkov lors de la Coupe du monde 1994. Un total qu'il ne parviendra pas à améliorer en 1998 (0 réalisation) mais qui lui permet de terminer meilleur buteur de la compétition à égalité avec Oleg Salenko.

L'archive de FF

Au moment de lui décerner le Ballon d’or, le 20 décembre 1994, FF faisait l’éloge de l’attaquant bulgare quelques mois après sa Coupe du monde réussie aux Etats-Unis. «Hristo Stoïchkov Ier est le trente-neuvième Ballon d'Or de France Football. La “tête de lard” d'il y a deux ans est devenue “la tête de l'art” pour les douze prochains mois, successeur direct de Roberto Baggio, descendant d'une lignée d'orfèvres et de vendeurs de rêves, acteur d'un palmarès qui se passe presque de commentaires où sont soigneusement alignés les noms de Platini, Cruyff, Beckenbauer, Eusebio, Yachine, Kopa et Di Stefano. Est-il pour autant leur égal ? Nul ne le dira jamais, nul ne pourra l'écrire, sauf comparer l'incomparable, le ballon de cuir aux lacets douloureux des vieilles années à la sphère plastifiée, brillante, rapide comme l'éclair, symbole du football de l'an 2000 médiatisé à outrance, parfois dépassé par son propre succès, ultime rêve de jeu de la fin de siècle. Ce mardi 20 décembre, Hristo Stoïchkov est notre roi — le vôtre — et ce n'est que justice. Il a tout simplement touché son rêve d'enfant, ainsi qu'il l'explique dans l'entretien qu'il a accordé à Stéphane Saint-Raymond. Stoïchkov est à l'image du football de maintenant. Humainement, ni fou ni sage.»

Clément Gavard