toama (salim) aboutboul (shay) (MOUNIC/L'Equipe)
Souvenir

Il y a 10 ans, un supporter trouvait la mort aux abords du Parc des Princes après un match de Coupe de l'UEFA du PSG face à l'Hapoël Tel-Aviv

Le 23 novembre 2006, le PSG allait vivre l'une des soirées les plus sombres de son histoire : une humiliation d'abord, en C3 face à l'Hapoël Tel-Aviv, puis une tragédie, avec la mort d'un supporter aux abords du Parc des Princes.

Neuvième de Ligue 1 en 2004-05, puis en 2005-06, en cette saison 2006-07 le PSG cherche à retrouver de sa superbe. Si les Bonaventure Kalou, Pedro Miguel Pauleta, Bernard Mendy, Mario Yepes ou encore Fabrice Pancrate sont toujours là, l'équipe entraînée par Guy Lacombe a perdu Letizi, Landrin, M'Bami ou encore Pichot au mercato estival. Pour se renforcer et jouer à nouveau les premiers rôles, le club de la capitale a misé sur des joueurs comme Amara Diané (Strasbourg), Sammy Traoré (Nice), David Hellebuyck (Saint-Étienne), Mickaël Landreau (Nantes) ou encore Pierre-Alain Frau (Lens).

Sauf que la mayonnaise ne prend pas. Le début de saison des Parisiens est désastreux. Un trophée des champions perdu face à Lyon (1-1 a.p., 5 t.a.b. à 4), une défaite inaugurale en L1 face à Lorient (2-3, doublé du banni Fabrice Fiorèse pour les Merlus), une autre à domicile face à l'ennemi marseillais (1-3). Une seule défaite en neuf matches entre la mi-septembre et la mi-octobre offre un répit de courte durée aux Parisiens qui replongent dans leur Parc des Princes pour les venues de Lens (1-3) puis de Bordeaux (0-2).

La défaite de trop

Alors quatorzièmes du Championnat, les Parisiens tentent de trouver un peu d'air frais avec la Coupe UEFA. Après une victoire chez les Nord-irlandais de Derry City (2-0) et un bon nul en Roumanie, face au Rapid Bucarest (0-0), le PSG accueille l'Hapoël Tel-Aviv en ce jeudi 23 novembre. Et si les Israéliens mènent déjà 2-0 au bout de sept minutes de jeu (doublé de Toama), les Parisiens réagissent bien grâce à Frau (14e) et Pauleta (25e). Les quelques 23 000 spectateurs du Parc trouvent enfin de quoi s'extasier. Pas longtemps.

Après avoir concédé deux nouveaux buts (44e, 57e) les Parisiens vivent une fin de la rencontre cauchemardesque et s'inclinent finalement 4-2. Plus qu'une défaite, une humiliation qui enfonce toujours plus le club dans la crise. «Les joueurs n'ont pas la qualité pour jouer à Paris», lance même la légende Pauleta après la rencontre où des «Lacombe démission» ont même été entendus.

Porte de Saint-Cloud, l'horreur

Ce soir-là, Yaniv Hazout, 23 ans, est partagé. Ce Français de confession juive est en effet un amoureux des deux équipes. Boulevard Murat, il rentre chez lui avec trois amis. Dans leur sillage, ils sont pris à partie par un groupe ultras, supporters du PSG. «Sale juif», «mort au juif», les insultes et menaces pleuvent. Yaniv Hazout comprend bien ce qu'il se passe et s'enfuie alors vers la Porte de Saint-Cloud, pourchassé par plusieurs individus. «Je me suis mis à courir quand je me suis senti menacé par les personnes qui couraient derrière moi», témoigne-t-il à l'époque sur les ondes de RMC.

De faction sur la place de la Porte de Saint-Cloud, Antoine Granomort, policier en civil au service régional de la police de transports parisiens, vient en aide au jeune supporter, lui qui est en garde de véhicules ce soir-là. Le fonctionnaire sort de sa voiture, mais sans brassard au bras, qui indiquerait alors son appartenance aux forces de police.

Muni d'une bombe lacrymogène, Antoine Granomort ne parvient pas à calmer les ardeurs des agresseurs qui ne le croient pas policier. Au niveau du restaurant McDonald's, malgré ses tentatives pour se faire comprendre, il est déséquilibré et mis à terre, perdant ses lunettes en tombant. C'est à ce moment-là qu'il tire une balle qui touche deux personnes : Mounir Douchaer, qui sera gravement blessé, et Julien Quemener, 25 ans, technicien en électro-ménager, qui décèdera sur le coup. Ce tir provoque l'ire des assaillants. Granomort et Hazout se réfugient alors dans le fast-food en attendant l'arrivée des renforts. Le retour au calme interviendra vingt minutes plus tard.
Le lieu du drame, à une centaine de mètres du Parc des Princes. (L'Equipe)
Le lieu du drame, à une centaine de mètres du Parc des Princes. (L'Equipe)

Un match pas classé à haut risque

«Un jour, si ça continue, il y aura un mort.» A l'époque, cette phrase revient souvent dans les bouches des dirigeants et observateurs devant les nombreux incidents qui ont impliqué des supporters parisiens ces derniers temps. Entre 2004 et 2006, près de onze affaires de violence dans et en dehors des stades ont été recensées : de l'entrée, forcée, du stade du Mans par 150 Parisiens sans billet en 2004, à des affrontements entre supporters du PSG et de l'OM en finale de la Coupe de France 2006, en passant par des cris de singe provenant du parcage visiteurs parisien à Lens.

Dès le lendemain de la tragédie, les critiquent tombent sur l'organisation de ce match, qui étonnement n'était pas classé à haut risque. Aucun policier n'était présent sur la Porte de Saint-Cloud constate-t-on à l'époque. Entre 600 et 700 policiers avaient été mobilisés contre au minimum 2000 si la rencontre avait été classée à haut risque...
«C'est la période la plus dramatique et la plus triste de ma carrière de dirigeant» (Alain Cayzac)
La mort de Julien Quemener marque un tournant. «C'est un moment dramatique, explique Alain Cayzac, président du PSG, à l'époque. Je suis bouleversé parce que c'est la première fois dans l'histoire du club qu'il y a un mort (...) C'est la période la plus dramatique et la plus triste de ma carrière de dirigeant.» Le lendemain de cette soirée noire, Bernard Mendy, le défenseur du club est tout près d'en venir aux mains avec des supporters venus manifester leur mécontentement au Camp des Loges.

«Il faut sauver le football»

S'ensuivent plusieurs jours où les réunions s'enchaînent entre l'État, la LFP, le PSG pour sécuriser les tribunes. Le club de la capitale est même amené à faire le ménage. «La gravité de cet événement vient confirmer la nécessité absolue de combattre le racisme et l'antisémitisme dans l'environnement des supporters du PSG», lance Bertrand Delanoë, le maire de Paris. «Il faut sauver le football», résume tout simplement Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur.

Les premières décisions tombent : les virages sont réservés aux seules associations officielles. «On préfère voir des tribunes en partie vide que remplies d'indésirables», expliquent les responsables. Une réunion entre la police et les associations de supporters est désormais prévue avant chaque rencontre ; enfin, il est demandé de multiplier les interdictions de stade et de dissoudre les groupes violents. Des incidents et des répressions qui mèneront jusqu'au fameux plan Leproux, en 2010, quelques semaines après qu'un supporter soit décédé en marge d'un PSG-OM, avec des affrontements entre ultras du club parisien.

Le dimanche 26 novembre 2006, soit trois jours après le drame, le PSG se rend à Nantes pour le compte du Championnat (1-1). 620 supporters font le déplacement. Une marche silencieuse est même organisée à quelques mètres du stade, en compagnie des supporters nantais. «Les supporters sont restés calmes et dignes», relatent les personnes présentes. Avec la mémoire de Julien Quemener dans toutes les têtes.
Timothé Crépin
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