Australie (DE MARTIGNAC/L'Equipe)
Anniversaire

Il y a 15 ans, l'Australie établissait un record du monde en battant les Samoa américaines 31-0

Il y a quinze ans, le 11 avril 2001, l'équipe d'Australie s'imposait face aux Samoa américaines 31-0. Un record du monde qui tient toujours, et qui regorge de petites histoires. L'arbitre français du match, Ronan Léaustic, raconte.

A première vue, rien ne prédestinait Ronan Léaustic à vivre un tel moment d'histoire. Et pourtant. L'arbitre français a vécu de l'intérieur un record du monde, il y a quinze ans, à l'occasion d'un match éliminatoire à la Coupe du monde 2002 entre l'Australie et les Samoa américaines. Résidant en Polynésie pour des raisons professionnelles, ce sifflet amateur a pu arbitrer ce match international sous l'étendard tahitien. Ce 11 avril 2001, il officie donc à Coffs Harbour, en Australie... pour un 31-0 mémorable et historique. «C'est un souvenir formidable ! C'est un record du monde... On m'en parle encore régulièrement», confie Ronan Léaustic, 47 ans.

Archipel de 65 000 habitants, les Samoa américaines représentaient à l'époque la 203e et dernière nation au classement FIFA. Face à des Socceroos qui avaient déjà établi un record du monde deux jours plus tôt face aux Tonga (22-0), la fessée était attendue. Son ampleur un peu moins... «Je m'attendais à un match similaire, puisqu'à cette époque-là en Océanie, il y avait souvent des matches à score important. Mais rarement au-delà de vingt quand même ! On ne pouvait pas s'attendre à un score comme celui-là», explique l'arbitre français.
Des joueurs de 15 ans sur le terrain, qui tiennent le 0-0 à la 10e minute...
Comme si les Samoans ne partaient pas avec suffisamment de handicap, la FIFA a refusé de qualifier une immense majorité de ses joueurs pour des raisons administratives. L'instance mondiale exigeait en effet que les joueurs disposent d'un passeport américain, les Samoa américaines étant un territoire appartenant aux Etats-Unis. Seul le gardien, Nicky Salapu, remplit ce critère. La fédération doit donc puiser chez ses (très) jeunes joueurs, et plusieurs mineurs de quinze ans sont alignés, pour une moyenne d'âge d'à peine dix-neuf ans ! Avant le match, le sélectionneur, Tunoa Lui, s'en remet «au Seigneur pour (nous) aider à maintenir un faible écart».

L'intervention divine fonctionne... pendant dix minutes. Mais de 0-0, le score passe ensuite à 9-0 à la 25e minute ! «A un moment, les Samoans ont complètement explosé», se remémore Ronan Léaustic, qui avoue «regarder la vidéo du match de temps en temps». «Sur le moment, je ne me suis pas du tout rendu compte de l'ampleur de ce qui était en train de se passer, poursuit-il. D'abord parce que comme à chaque match, il y avait un superviseur qui nous contrôlait. Donc il a fallu s'accrocher, toujours être proche du ballon, rester dans ce qu'il fallait faire. Ce n'est qu'à la fin du match, quand on m'a dit qu'il y avait des journalistes devant la porte du vestiaire, qu'on m'a donné une cassette vidéo du match, que j'ai réalisé que c'était un moment important.»

31 ou 32-0 ?

C'est justement après avoir donné le coup de sifflet final que le rôle de l'arbitre de ce match va devenir important. Car à la fin de la partie, tout le monde est persuadé que l'Australie s'est imposée 32-0, avec 14 buts du seul Archie Thompson (un autre record du monde). Tout le monde sauf Ronan Léaustic et ses assistants, qui ont refusé un but de Thompson pour hors-jeu... «Personne ne s'en est rendu compte ! Ni les spectateurs, ni les journalistes, ni les personnes qui s'occupaient manuellement du tableau d'affichage. Ç'a été extraodrinaire. J'entendais des bruits derrière la porte de notre vestiaire, donc j'ai ouvert et il y avait des journalistes qui m'attendaient ! J'ai vite compris qu'il se passait quelque chose. Il a fallu que je me justifie, que je recompte moi-même les buts que j'avais inscrits sur mes cartons, que je leur explique pourquoi j'en avais refusé un...»
«À la reprise, un Australien m'a demandé si j'avais pris mon paperboard pour noter les buts !»
Après quelques heures d'imbroglio, la FIFA confirme officiellement les chiffres : 31-0 et 13 buts pour Archie Thompson. Records du monde. Au micro, l'attaquant australien oscille ensuite entre immense fierté et critique du système de qualification dans la zone Océanie : «Battre un record du monde est un rêve qui devient réalité, mais il faut regarder les équipes que nous affrontons et se poser les bonnes questions. Nous n'avons pas à jouer ces matches, c'est une perte de temps. A la fin du match, leurs joueurs riaient. Ils ne pouvaient pas faire grand-chose d'autre...»

«C'était un peu la fête près de leur vestiaire», confirme Ronan Léaustic, qui préfère retenir l'attitude des deux équipes sur le terrain tout au long de la rencontre : «Les Australiens ont été assez respectueux. Ils n'ont pas du tout chambré, ni levé le pied. Et puis les Samoans ont fait ce qu'ils pouvaient. Ils n'ont pas cherché à quitter le stade à la mi-temps ! A la fin de la première période, je me suis aperçu qu'il ne me restait plus beaucoup de place pour noter les buts sur mes cartons... Et à la reprise, un joueur australien m'a demandé si j'avais pris mon paperboard ! Quinze ans plus tard, les souvenirs de Ronan Léaustic, qui a arbitré jusqu'en CFA lorsqu'il officiait en métropole, sont restés. La fierté aussi. «Des parcours comme le mien, je ne pense pas qu'il y en ait beaucoup», lance-t-il. Il n'a pas tort.
Cédric Chapuis
Réagissez à cet article
500 caractères max