diop (issa) (BARBOSA FELIPE/L'Equipe)
Angleterre - West Ham

Issa Diop (West Ham) : «La Premier League, c'est un autre monde»

Seizième de Premier League, West Ham est loin d'être en pleine confiance. Ancien défenseur d'un Toulouse qu'il n'oublie pas, Issa Diop fait le point sur la situation des Hammers. Tout en racontant sa vie anglaise.

«Comment vit-on les difficultés actuelles de West Ham, qui n'arrive pas à distancer la zone de relégation ?
C'est toujours un peu compliqué, c'est sûr. C'est le football. Il y a des hauts et des bas. On est préparés à ça.
 
Pourquoi West Ham en est là aujourd'hui ?
Il y a plusieurs choses. Il y a des matches qui se sont joués à pas grand-chose. Ensuite, la confiance a tourné. Notre gardien s'est blessé (NDLR : Fabianski a été absent trois mois entre fin septembre et fin décembre), ça nous a mis un petit peu un coup au moral. Une addition de petites choses qui font qu'on en est là.
 
Quelles étaient les espérances de début de saison ?
On voulait terminer le plus haut possible. Mais le classement est assez serré. On espère pouvoir remonter assez vite.
 
Récemment, les dirigeants des Hammers ont renvoyé Manuel Pellegrini pour nommer David Moyes. Ça change quoi ?
C'est un entraîneur qui connaît bien le groupe parce qu'il avait déjà été là précédemment (NDLR : entre 2017 et 2018). C'est différent sur des petits détails, comme chaque coach, je pense. Mais dans les grandes lignes, c'est à peu près la même chose. On verra à la fin de la saison et au classement si c'était ce qu'il nous fallait ou pas.
Firmino ? «J'aime beaucoup la façon dont il joue. Il est très intelligent. Il se sacrifie beaucoup pour son équipe.»
Comment jugez-vous votre saison à titre individuel ?
Normale. Correcte. Moyenne. Comme la saison précédente. Je peux encore progresser dans pas mal de domaines.
 
Cela fait un an et demi que vous êtes en Angleterre, un Championnat qui sonnait comme une évidence pour vous et vos qualités...
(Il sourit.) Je ne sais pas ! C'est vrai que c'est un Championnat top, je m'y épanouis. Je suis très content d'être en Premier League. Après je vous laisse juger si c'était un Championnat fait pour moi ou pas !
 
Contre quel attaquant a-t-il été le plus difficile de défendre en Angleterre ?
Franchement, ils sont tous très bons et sont tous dans des styles différents. Mais un des meilleurs, c'est Roberto Firmino. J'aime beaucoup la façon dont il joue. Il est très intelligent. Il se sacrifie beaucoup pour son équipe. Mais comme je l'ai dit, ils ont tous des qualités différentes, que ce soit lui, Agüero, Kane... C'est bien de pouvoir se confronter au meilleur de chaque type d'attaquants.
 
Prenons Agüero et Firmino : prépare-t-on vraiment le même match face à l'un ou à l'autre ?
Dans l'analyse, dans la réflexion, ce sont des joueurs différents, donc ce sont des approches différentes. Firmino décroche, il fait plus le jeu, il essaie de créer des appels pour Mané et Salah. Des fois, on réfléchit à si on doit sortir ou pas pour ne pas libérer des appels. Agüero est, entre guillemets, plus un finisseur que Firmino. Dans la surface, c'est vrai qu'il est très dangereux.
Issa Diop avec Alban Lafont sous le maillot de Toulouse. (A.Mounic/L'Equipe)
Issa Diop avec Alban Lafont sous le maillot de Toulouse. (A.Mounic/L'Equipe)

«Je pense qu'on dénigre la Ligue 1»

De Toulouse et la Ligue 1 à Londres et à la Premier League, est-ce qu'on se dit qu'on a changé de monde ?
C'est un autre monde, que ce soit par exemple sur les infrastructures. Tous les stades sont pleins. Les budgets des clubs, la densité de grands joueurs qu'il y a en Premier League... C'est vrai que c'est autre chose comparé à la France. Après, ce n'est que du football...
 
Diriez-vous qu'on peut parfois un peu trop en faire avec la Premier League ?
Non, je ne pense pas qu'on en fasse trop. C'est un Championnat extraordinaire. Il y a des gros matches chaque week-end. Les matches à l'extérieur sont très compliqués. Les ambiances sont bien à chaque fois. Je pense plutôt qu'on dénigre la Ligue 1.
 
En parlant de changement : racontez-nous comment c'est de vivre un Boxing Day et des fêtes de fin d'année passées sur les terrains...
Le Boxing Day, c'est quelque chose de très important ici. Sur le moment, je ne pense pas qu'on se rende compte de l'impact que cela a sur le corps, sur le mental. Ça peut être usant dans la deuxième partie de saison. On est dedans, dans l'euphorie, dans les matches... Franchement, ça change pas grand-chose. Mais pour certaines personnes qui ont vraiment l'habitude de fêter Noël ou le Nouvel An en famille, le fait d'être à l'hôtel est difficile. Là, le 25, on était à l'hôtel. Le 26, on a eu match. Le 28, on est reparti à l'hôtel. Le 29, match. Le 31 on est reparti à l'hôtel. Le 1er, on a eu match (Il sourit.). La famille ? Non, ça ne m'a pas manqué plus que ça. C'est comme ça, c'est le foot ! C'est pour un temps, donc ça va.
 
Vous parlez de l'impact sur le corps : vous le sentez déjà ?
Non, je ne le sens pas parce qu'on n'a pas encore de Coupe d'Europe avec West Ham. Je ne pense pas que je serais bien placé pour parler de ça. Mais les équipes européennes, qui vont loin dans les Coupes nationales, peut-être que les joueurs le ressentent plus que moi. Nous, au final, on n'a pas beaucoup de matches donc ça va.
«J'ai une vie assez ennuyeuse, entre guillemets. Je suis casanier, je reste à la maison.»
A quoi ressemble votre vie de Londonien ?
(Il sourit.) Elle ressemble à aller à l'entraînement et revenir à la maison. C'est aussi simple que ça. Je suis dans le centre-est de la ville. J'ai une vie assez ennuyeuse, entre guillemets. Je suis casanier, je reste à la maison.
 
Avez-vous quand même visité Londres ?
Pff, franchement ? Un petit peu. Je suis sorti une petite dizaine de fois en un an et demi.
 
C'est ça la vie d'un footballeur de haut niveau dans cette ville...
Non, je ne pense pas. Il y en a qui ont une vie différente. Mais celle-là, c'est ma vie à moi. De base, je n'aime pas trop sortir donc je reste chez moi tranquillement.
 
Y a-t-il une vie entre les footballeurs français de Londres ?
Personnellement, je ne connais que Moussa Sissoko et un petit peu Etienne Capoue de par notre passé commun à Toulouse. Mais sinon, les autres, quand on se voit sur des matches, des fois on parle de temps en temps. Mais sinon, non, pas en dehors.

«Je n'ai pas de plan de carrière»

La Premier League et l'exposition dont elle bénéficie font que chaque petite rumeur de transfert peut vite être commentée. Comment gérez-vous cela personnellement ?
Franchement, je gère ça très bien. En tant que footballeur, on sait qu'on est sujet à beaucoup de rumeurs, qui plus est en période de mercato. Après, je me concentre sur mon football, essayer de progresser chaque jour à l'entraînement et être performant en match. C'est tout. Je n'ai pas de plan de carrière. Je veux juste être le meilleur joueur que je puisse être.
 
La prochaine étape, ce serait quoi ?
Je n'y ai pas pensé (Il sourit.). Je vis un peu au jour le jour. Ce qui doit arriver arrivera. Et si ça n'arrive pas... Je veux juste être performant, c'est tout.
 
Sur votre compte Instagram, dans votre bio, vous avez marqué la phrase suivante : "La chance, faut la provoquer et le bonheur, le mériter". Pourquoi ?
Ça vient d'une musique de Soprano et des Psy 4 de la Rime. C'est une phrase que j'aime bien. Je trouve qu'elle a beaucoup de sens et que c'est réel.
«Je suis tous les matches de Toulouse»
C'est une phrase qui vous fait rappeler certaines étapes importantes de votre vie ou de votre carrière ?
Oui, par exemple le premier match chez les professionnels. Le directeur sportif de Toulouse, à l'époque, m'avait dit : "Le train ne passe qu'une fois, tu as intérêt à monter dedans". Donc... Je m'en souviens. C'était contre Nice. L'équipe n'avait pas gagné depuis 13 matches. C'était notre premier match avec Alban Lafont. On a gagné contre le Nice Ben Arfa, Germain, Seri. C'était un bon moment.
 
Aujourd'hui, on parie que les supporters toulousains aimeraient bien vous voir revenir pour aider le Téfécé à se sauver...
(Il rit.) Je ne sais pas s'ils aimeraient bien me voir revenir... Je suis tous les matches. C'est vrai que ce n'est pas une période facile. A l'époque, on avait dix points de retard à dix journées de la fin donc ils peuvent encore le faire, et largement (NDLR : En 2015-16, le Toulouse de Pascal Dupraz se sauvait à la dernière journée à Angers) !
Récemment, France Football a constitué l'équipe type de la décennie de chaque club de Ligue 1. Vous êtes titulaire en défense dans celle de Toulouse...
J'ai vu ça. C'est une belle équipe (Il sourit.). Comme quoi il y a eu de bons joueurs et de bons joueurs formés au club. Si je mérite ma place ? Ce n'est pas à moi de le dire !
 
 
L'équipe de France vous paraît-elle loin ?
Comme pour tout, ça passe par les performances en club. Et, comme j'ai dit tout à l'heure, ce qui doit arriver arrivera. Bien sûr que j'ai envie un jour d'être sélectionné, mais pour ça, il faut le mériter et prouver chaque week-end qu'on a le niveau pour l'équipe de France. Si je n'y suis pas, à moi de travailler pour y être.»
Timothé Crépin
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