(L'Equipe)

Jairzinho (Brésil), nouvel épisode de nos 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde

12 avril - 14 juin : dans exactement 63 jours, débutera le Mondial 2018 en Russie. Jusqu'au coup d'envoi, FF vous livre, par ordre alphabétique, sa liste des 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde. Trente-huitième épisode avec Jairzinho.

Son histoire avec la Coupe du monde

Le Brésil de 1970 a constitué une des équipes les plus spectaculaires de l’histoire. S’appuyant sur une génération d’attaquants exceptionnels, avec Pelé, Gerson, Rivellino et Tostao, il a marché sur chacun de ses adversaires lors de cette Coupe du monde aztèque, et brandit fièrement le trophée Jules-Rimet, qu’il a conservé définitivement. Mais la Seleçao possédait un autre joueur d’exception dans ses rangs : l’avant-centre de Botafogo, Jairzinho. Le n°7 auriverde a marqué de son empreinte cette édition, inscrivant au moins un but à chaque rencontre du Brésil (six matches), et fut donc l’un des acteurs majeurs de son équipe dans la conquête d’un troisième sacre mondial. Jairzinho n’était pas à son premier essai : il avait déjà participé quatre ans plus tôt au Mondial 1966 en Angleterre. Avec Garrincha indéboulonnable à droite, «Furacao» (L’Ouragan) s’était montré emprunté à gauche et avait traversé le tournoi sans éclat comme ses coéquipiers, conduisant à une des rares éliminations précoces des Brésiliens en phase de poules. En 1974, il a eu une nouvelle chance de décrocher un deuxième titre de champion du monde personnel en Allemagne. S’il fut buteur face au modeste Zaïre mais surtout contre l’ennemi argentin au second tour de la compétition, son Brésil n’a rien pu faire face au ''football total'' des Pays-Bas, emmenés par le double Ballon d’or FF Johan Cruyff (il a reçu son troisième à la fin de l’année 1974). La défaite brésilienne contre la Pologne de Lato à l'occasion du match pour la troisième place fut la dernière rencontre disputée dans un Mondial par Jairzinho, qui aura définitivement laissé sa trace dans la plus prestigieuse des compétitions. Par sa vitesse foudroyante, son sens du dribble et son effroyable efficacité.

Le moment marquant

Si l’on devait désigner LE but de l’attaquant de Botafogo lors de cette édition 1970, celui inscrit face aux champions du monde anglais ferait office de premier choix. Lors de ce deuxième match du groupe C, les deux formations sont au coude-à-coude, les Three Lions donnant du fil à retordre à une Seleçao sans solution. Mais peu avant l’heure de jeu, la classe et la talent auriverde font la différence. Après un ballon récupéré par Tostao dans la moitié de terrain anglaise, l’attaquant de Cruzeiro combine avec son capitaine Carlos Alberto sur le flanc gauche de la surface adverse, dribble trois défenseurs avant de se retourner et de centrer en déséquilibre pour Pelé. Celui-ci décale aussitôt Jairzinho, qui contrôle et déclenche instantanément une frappe chirurgicale du droit, qui vient se loger dans la lucarne gauche de Gordon Banks (59e). Auteur de «l’arrêt du siècle» face à Pelé en première période, le gardien de Stoke s’incline cette fois face à l’enchaînement parfait du ''Furacao''.

Le chiffre : 7

Soit le nombre de buts inscrits par Jairzinho lors de cette Coupe du monde mexicaine, en 1970. Il réussit l’exploit de marquer au moins un but lors de chaque rencontre (deux face à la Tchécoslovaquie). Seuls Alcides Ghiggia (Uruguay, 1950) et Just Fontaine (France, 1958) ont réussi pareille performance.

L'archive de FF

Vingt-quatre heures après la rencontre face à l’Angleterre, FF consacrait une de ses pages au héros brésilien : «Le buteur de Botafogo s’impose actuellement parmi les meilleurs puncheurs de la Coupe du monde avec le Péruvien Cubilla. Toutefois, Jair Ventura Filho dit Jairzinho, ''Petit Jair'', se détache pour avoir inscrit des buts plus précieux que ceux du protégé de Didi. Le plus important fut celui contre l’Angleterre au cours d’un match terriblement âpre et serré, véritable combat de serpents cherchant à s’hypnotiser réciproquement avant de déclencher l’attaque décisive. Jairzinho parvint à battre Banks. Se rabattant sur son aile à point nommé, il se trouva à l’endroit exact pour recueillir la passe de Pelé et déclencher un tir imparable. Il faillit d’ailleurs renouveler son exploit deux minutes plus tard. Mais la rage de marquer le fit tirer trop fort et trop haut. Qu’importe ! Aujourd’hui dans Guadalajara et Rio, Jairzinho est considéré comme un héros, l’équivalent (mais oui !) de Pelé. Deux buts marqués lors de la première rencontre devant la Tchécoslovaquie avaient servi de prologue au bouquet du feu d’artifice contre l’Angleterre. Toutefois, cet attaquant de 25 ans paraissait piétiner ces dernières semaines. A tel point que lors des matches préparatoires à Rio, face au Chili et à l’Autriche, Zagalo fit appel à Rogerio pour l’aile droite. Blessé dans son orgueil, Jairzinho travailla à l’entraînement et le professeur Chirol, responsable de la préparation physique prédit qu’il éclaterait en Coupe du monde. Il ne se trompait pas».

Joffrey Pointlane