(LABLATINIERE/L'Equipe)
Calais 2000

«Je ne sais pas si on aurait été jusque-là sans cette discussion» : Episode 1 de notre grand récit de la folle épopée de Calais en 2000

Mai 2000 - Mai 2020 : il y a 20 ans, Calais, modeste club amateur de CFA, atteignait la finale de la Coupe de France, battu sur le fil par Nantes (1-2). Pour une épopée qui a marqué l'histoire, pour aller bien au-delà du football. Onze joueurs et l'entraîneur retracent ce parcours hors du commun toute cette semaine. Episode 1.

Le casting : Réginald Becque. Cédric Jandau. Mathieu Millien. Jérôme Dutitre. Mickaël Gérard. Benoît Lestavel. Fabrice Baron. Grégory Deswarte. Cédric Schille. Christophe Hogard. Grégory Lefebvre. Des joueurs qui ont tous disputé la finale et qui ont vécu l'aventure du début à la fin. Ladislas Lozano, l'entraîneur. FF les a laissés conter leurs souvenirs pour retracer ces moments forts qui ont rendu cette épopée 2000 unique. «Chaque match est une histoire, résume Réginald Becque, le capitaine. A chaque fois, on pensait toujours que ça allait être plus ou moins le dernier. Dans une aventure comme ça, plein d'ingrédients se mélangent et vont dans le bons sens pour vous permettre de faire ce genre de parcours.»

Béthune, là où tout aurait pu rapidement s'arrêter

Entré dans cette Coupe de France 1999-2000 au 4e tour, le Calais de Ladislas Lozano écarte aisément la formation de Campagne-lès-Hesdin (District) (10-0). Avant de s'imposer 3-1 à Saint-Nicolas-Lès-Arras (Régional) au 5e tour. Pensionnaires de CFA, les Calaisiens vont lutter énormément au 6e tour, à Marly-lès-Valenciennes (CFA 2) (2-1) et, surtout, face à Béthune (CFA 2), pour le premier match disputé à domicile, au 7e tour (1-0).
Réginald Becque : «Quand on repart sur cette saison, on est vraiment mal en point (NDLR : Le CRUFC est 12e après dix journées). On démarre très mal, il y a des blessés, on est un peu restés sur la saison précédente (NDLR : Calais avait loupé la montée à la dernière journée, voir plus bas). L'équipe a du mal à repartir. Marly, ça s'annonçait compliqué parce que c'était un club de CFA 2 qui montait avec plein d'anciens joueurs de Valenciennes.»

Mickaël Gérard : «Ils jouaient le haut de classement en CFA 2. C'était un déplacement piège.»

Jérôme Dutitre : «Marly, je marque sur un coup de pied arrêté : je coupe au premier poteau sur un corner.»

Réginald Becque : «Cela aurait pu être complètement piégeux. Même si on marque sur deux coups de pied arrêtés, on n'a pas vraiment été mis en difficulté. L'équipe commençait à trouver son rythme et son organisation à cette période. On a gagné 2-1 mais on a maîtrisé le match comme il fallait.»

Fabrice Baron : «Béthune et Marly, toutes proportions gardées avec les équipes pros et sans leur faire injure, ce sont peut-être les deux matches les plus compliqués qu'on a eu à jouer. On s'en est sortis juste par le résultat. Notamment celui de Béthune. En première période, on n'était pas du tout dedans. Béthune frappe deux fois le poteau. On marque sur une situation un peu chanceuse. Le gardien relâche le ballon dans ses 16 mètres.»
«C'est le hold-up. C'est le seul match qu'on ne méritait pas de gagner. Si on avait joué à Béthune, on ne serait pas passés.»
Mickaël Gérard : «Béthune, on prend un bouillon en première période.»
 
Benoît Lestavel : «On en avait chié. C'était hyper difficile.»

Réginald Becque : «On gagne 1-0, on doit avoir un seul tir cadré et on se qualifie alors qu'on n'est pas biens, que c'était la bête noire du club.»

Cédric Schille : «On était passés par une toute petite porte. Un trou de souris.»

Jérôme Dutitre (buteur face à Béthune) : «Pouvoir donner la victoire à l'équipe, c'est important. Il y a un centre de Réginald Becque. Je suis dans l'axe et je reprends.»
 
Mickaël Gérard : «C'est le hold-up. C'est le seul match qu'on ne méritait pas de gagner. Si on avait joué à Béthune, on ne serait pas passés.»
Petit à petit, les Calaisiens se mettent à vibrer pour les leurs. (FRANCOTTE/L'Equipe)
Petit à petit, les Calaisiens se mettent à vibrer pour les leurs. (FRANCOTTE/L'Equipe)

La grosse explication

Fabrice Baron : «On venait d'échouer la saison d'avant pour monter, sur le dernier match. Si on gagne, on monte. On fait match nul contre Saint-Quentin, qui pouvait aussi prétendre à monter. On était cinq équipes à pouvoir le faire sur la dernière journée. On sortait de cette saison-là. Il y avait de la décompression. Cela n'allait plus. Lors d'une séance un mercredi, le coach (Ladislas Lozano) pète une durite. A ce moment, la meilleure des choses qui a été faite, c'est de se réunir tous ensemble.»

Cédric Schille : «Dans tous les groupes, toutes les équipes, il y a toujours des affinités plus ou moins proches. Ce qu'il se passe c'est que, en plus, sportivement, on avait très mal démarré.»

Mickaël Gérard : «Des recrues étaient arrivées à des postes clés, et cela n'avait pas été très, très bien perçu dans le vestiaire.»

Mathieu Millien : «Il y avait des groupes clairement établis : des anciens Dunkerquois, des anciens Calaisiens, des anciens venus de l'extérieur. Cela ne prenait pas. Il n'y avait pas de cohésion et on le ressentait dans les résultats. On était censés avoir un groupe pour jouer les premiers rôles, et on n'y était pas du tout. Ce soir-là, cela a explosé de tous les côtés.»

Jérôme Dutitre : «On s'est exprimé un par un, on a dit les choses. Il y avait un groupe de caractères. Même si, en dehors du terrain, pour certains, on ne se côtoyait pas et on n'était pas amis, il fallait qu'à partir du moment où on entrait dans le vestiaire, avoir un objectif commun, qu'on travaille l'un pour l'autre. A un moment donné, à l'entraînement ou sur le terrain, si je dois l'aider, je vais dans ce sens-là.»
«On avait une équipe où on se connaissait en tant que joueur. Cette mise au point nous a permis de nous connaître en tant qu'hommes.»
Cédric Schille : «On ne comprenait pas pourquoi, la saison d'avant, tout allait quasiment bien, et que ça n'allait pas du tout depuis. On a essayé de chercher le pourquoi du comment. On a mis certaines choses à plat. C'est peut-être ça qui a fait que... Je ne sais pas si on aurait été jusque-là sans cette discussion, mais il y a peut-être certains joueurs qui se sont exprimés, libérés, et ça les a peut-être relâchés. Certains ont pu prendre conscience de ne pas faire les efforts qu'il fallait. Je crois que tout le monde l'a bien pris, dans le sens où c'était pour le bien de l'équipe.»

Grégory Deswarte : «Il y a eu un peu des mots. Des reproches. Des critiques. On s'est réellement parlés entre adultes. Cela a été un moment charnière, où on a pris conscience qu'il fallait qu'on fasse tous des efforts les uns pour les autres.»

Mickaël Gérard : «Il y a eu des règlements de compte. A bon escient. Chacun avait sa petite part de responsabilités. Cela a fait du bien de crever l'abcès.»

Fabrice Baron : «On avait une équipe où on se connaissait en tant que joueur. Cette mise au point nous a permis de nous connaître en tant qu'hommes. C'est l'homme, plus que le joueur, qui parlait. Cela nous a certainement resserré. Un exemple : nous, on venait de Dunkerque. On finissait les entraînements à 21 heures - 21h15. Généralement, on ne traînait pas. On avait 25 minutes de route. Ce qui nous a été reprochés à ce moment-là par des Calaisiens, qui n'avaient pas la même vision de la chose. Eux prenaient le temps de boire un coup ensemble après l'entraînement, notamment le vendredi. On a fait l'effort de rester après un entraînement, de boire un coup et de partager. Et, effectivement, on s'est rendu compte que, autour de ce verre, on apprenait à se connaître en tant qu'hommes, en parlant de nos familles, de notre travail, de sujets d'actualité, de plein de choses.
«Après l'entraînement du vendredi, on buvait un coup, mais ce n'était pas le cas de tout le monde. Il y en a qui repartaient directement chez eux. Et ce reproche a été fait (lors de la discussion). On est là, on boit un coup. On reste cinq minutes, dix minutes, un heure, mais c'est bien de passer.»
Grégory Lefebvre : «Après l'entraînement du vendredi, on buvait un coup, mais ce n'était pas le cas de tout le monde. Il y en a qui repartaient directement chez eux. Et ce reproche a été fait (lors de la discussion). On est là, on boit un coup. On reste cinq minutes, dix minutes, un heure, mais c'est bien de passer. Je faisais plutôt partie de ceux qui restaient une heure, une heure et demi. On discute. Cela permet de sortir un peu du foot. Discuter du boulot, des femmes, des enfants. Cet aspect-là avait été abordé.»
Benoît Lestavel : «(Au sujet des apéros en veille de match le vendredi.) Lozano n'aimait pas. Mais quand tu gagnes, qu'est-ce que tu veux qu'ils disent ? Des fois, c'était un bon pot (Il sourit.). C'était surtout à la buvette de Julien-Denis. A chaque fois, c'était un rituel, on buvait un coup la veille de match.»
Mathieu Milien : «Et même si la séance s'était mal passée, tout le monde venait.»
Mickaël Gérard : «On n'était pas non plus dans l'excès. On buvait nos 3-4 petites bières après l'entraînement. Il fallait aussi respecter les gars qui habitaient sur Dunkerque et qui repartaient après avoir déjà travaillé toute la journée.»

Mathieu Millien : «(Sur la discussion dans le vestiaire.) Cela a été le point de départ de tout. De la Coupe, du Championnat, de la cohésion de groupe. C'était une discussion tendue. En restant respectueux bien sûr. Il n'y a pas eu de bagarres. Mais les choses se sont dites. Derrière, comme par hasard, les résultats sont arrivés. Et la cohésion a pris rapidement. Peut-être que le coach voulait cet électrochoc.»

Fabrice Baron : «Ce moment a été fédérateur pour l'équipe. C'est à partir de là, et du match de Dunkerque, où on allait en Championnat, qu'il s'est passé quelque chose. On fait match nul à la dernière minute, sur penalty (1-1).»

Cédric Schille : «Sur un derby. C'est le match qui a lancé notre saison pour pouvoir retrouver notre équipe.»

Christophe Hogard : «Apparemment, si on ne gagne pas ce match, Ladis (Ladislas Lozano) était un peu chahuté, menacé.»
Dunkerque, un premier moment très marquant. (LABLATINIERE/L'Equipe)
Dunkerque, un premier moment très marquant. (LABLATINIERE/L'Equipe)

Dunkerque, le tourbillon

Réginald Becque : «Au 8e tour, on a un derby contre Dunkerque, dans notre stade Julien-Denis plein comme un oeuf. Cela ouvre les portes pour les 32es de finale. On était hyper motivés.»

Jérôme Dutitre : «On avait eu la chance de jouer chez nous. Un match plein. On revenait bien en Championnat après des débuts difficiles. Ce match-là était important, aussi, pour la suite du Championnat. On ne savait pas ce que la Coupe allait donner, mais si on gagnait, ça nous permettait d'avoir un petit ascendant psychologique pour le Championnat.»

Fabrice Baron : «Dunkerque a une saveur particulière, moi qui suis Dunkerquois et formé à Dunkerque, comme d'autres joueurs de l'effectif. On est cinq Dunkerquois qui habitons la ville et ses environs. Il y avait le décès d'un dirigeant emblématique du club quelques jours avant (NDLR : Pépé Rosa.). Une personnalité du club. J'avais eu la chance de marquer deux ans avant quand on les avait déjà éliminés, mais là... Jouer contre son ancien club, ça galvanise. Tout était bon, ce jour-là.»

Mickaël Gérard : «Cela me restera gravé. On était en train de monter le col. C'était le match charnière pour passer en 32es de finale pour tirer un gros après les fêtes. On les a étouffés d'entrer. Au bout d'un quart d'heure de jeu, c'était pratiquement plié.»
«On les explose totalement. Ce n'est pas pour critiquer Dunkerque, mais comment on pouvait être à la ramasse en Championnat et faire un match comme on a fait ? Le mot "exploser" est peut-être fort mais...»
Réginald Becque : «Au bout de 20 minutes, on mène 3-0.»

Jérôme Dutitre : «On a été poussés par le public. On a été bons dans des moments-clés. Sur les coups de pied arrêtés, on a été très réalistes, avec Fabrice Baron notamment. Il me semble qu'on met trois buts, si ce n'est les quatre, à la suite de coups de pied arrêtés.»

Benoît Lestavel : «Ils n'ont pas compris ce qui leur arrivaient. C'était hallucinant. Même nous, on était surpris de la rapidité.»

Cédric Schille : «C'est contre eux qu'on s'est lancés en Championnat. Et là, en Coupe de France, on les explose totalement. Ce n'est pas pour critiquer Dunkerque, mais comment on pouvait être à la ramasse en Championnat et faire un match comme on a fait ? Le mot "exploser" est peut-être fort mais... Le match était quasiment plié à la mi-temps.»

Grégory Lefebvre : «Je fais le début du Championnat et le coach me sort de l'équipe. La semaine avant Dunkerque, il y a un match à Nancy. Un dimanche après-midi en décembre. Ce n'est pas le déplacement le plus glamour... Ce match-là, si tu peux le zapper, si tu peux être suspendu, ce n'est pas plus mal. Il se trouve qu'il y a beaucoup d'absents, donc je reviens dans le groupe. Je suis titulaire en défense avec Fabrice Baron. L'équipe fait un bon match, moi aussi. C'est comme ça que je suis de nouveau titulaire contre Dunkerque. Et c'est là que cela s'est enchaîné.»

Jérôme Dutitre : «La victoire contre Dunkerque est l'un des gros moments collectifs.»
Timothé Crépin
La tempête lilloise. L'inimaginable prolongation de Cannes. La première à Bollaert face à Strasbourg. L'avant, pendant et l'après-match remplis d'anecdotes lors de la demi-finales de Bordeaux. Aimé Jacquet. Le tournée à J-2 de la finale. La causerie mouvementée du Stade de France... Toute cette semaine, retrouvez le récit de Calais 2000 par les acteurs de l'épopée.
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