(L'Equipe)

Jean-Marie Pfaff (Belgique), nouvel épisode de nos 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde

11 mai - 14 juin : dans exactement 34 jours, débutera le Mondial 2018 en Russie. Jusqu'au coup d'envoi, FF vous livre, par ordre alphabétique, sa liste des 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde. Soixante-septième épisode avec Jean-Marie Pfaff.

Son histoire avec la Coupe du monde

Jean-Marie Pfaff fait partie, avec Jan Ceulemans et Éric Gerets, de la fameuse génération dorée belge des années 80. Celle qui a d’abord été finaliste de l’Euro 1980 en Italie, point de départ d’une nation qui ne cesse de monter au sein du football mondial. Au Mondial 82 en Espagne, ses arrêts déterminants permettent entre autres à son pays de se hisser au deuxième tour, où son parcours s’arrête après des défaites face à la Pologne (3-0) et l'Union soviétique (0-1). Lors de cette Coupe du monde, le portier, qui ira ensuite signer au Bayern Munich, se distingue par son leadership au sein de la sélection. Mais il est apprécié autant qu’il est critiqué. Son tempérament de farceur détendait les uns, quand il agaçait les autres. Sa fausse noyade à l’hôtel des Diables Rouges, peu avant le début de l’édition espagnole, sa sortie violente contre son capitaine Éric Gerets lors du dernier match du premier tour, sa fausse blessure après ce choc avec son coéquipier et l’épisode avec les infirmières ont eu raison de la patience du sélectionneur Guy Thys, qui n’a pas hésité à renvoyer son portier vedette à la maison.

Le personnage de Pfaff révèle plus d’un paradoxe. Derrière son costume de clown se cachait tout de même le tempérament d’un très grand professionnel, d’un travailleur acharné. Et c’est exactement sous cette image que le Bavarois va se montrer lors du Mondial suivant, en 1986 au Mexique. Lors de cette édition, il livre avec ses compères la plus belle performance du football belge. Portés par un très grand Pfaff, les Diables Rouges réussissent à sortir des phases de poules et enchaînent deux exploits fabuleux. Après avoir écarté les Soviétiques d’Igor Belanov après un match incroyable (4-3 a.p.) en huitièmes de finale, les Belges éliminent l’Espagne d’Emilio Butragueño aux tirs au but (1-1, 5-4 t.a.b). Tombée face aux futurs champions Argentins dans le dernier carré et un doublé de Maradona (0-2), la Belgique est une nouvelle fois défaite par les Bleus lors du match pour la troisième place (2-4). Deux échecs qui ne doivent pas occulter le formidable parcours de la Belgique de Jean-Marie Pfaff, dont les parades ont été déterminantes tout au long du tournoi.

Sous son costume de clown se cachait tout de même le tempérament d'un très grand professionnel, d'un travailleur acharné.

Le moment marquant

Si l’incroyable huitième de finale remporté par la Belgique face à l’URSS constitue l’un des plus beaux exploits du football belge (menés deux fois au score, les Diables Rouges l’ont emporté 4-3 a.p.), Jean-Marie Pfaff va surtout se distinguer lors du quart contre la Roja. Séduisante lors du tour précédent, la Belgique n’est toujours pas favorite du côté des bookmakers qui ne donnent pas cher de sa peau. Pourtant, les Diables Rouges ouvrent le score par Jan Ceulemans (35e) et le match se transforme alors en une véritable attaque-défense. Au fil des minutes, les Espagnols butent sur Pfaff, très solide sur sa ligne, qui enchaîne les arrêts décisifs. S’il ne peut rien sur l’égalisation de Juan Antonio Señor (85e), le gardien sera déterminant lors de la séance des tirs au but en stoppant la tentative d’Eloy Olaya et envoyant son pays dans le dernier carré.

Le chiffre : 10

Comme le nombre de matches disputés par le portier en Coupe du monde (3 en 1982, 7 en 1986). Il est le gardien belge ayant disputé le plus de matches de Coupe du monde, et le deuxième joueur de l’histoire des Diables Rouges avec le plus d’apparitions dans la compétition, derrière Jan Ceulemans (12).

Mais, une fois, il parade et passe son temps à signer des autographes aux infirmières qui prennent soin de lui. En apprenant la chose, les Diables voient rouge. Louis Wouters, le président de la Fédération, dira de son gardien ''qu’il a besoin d’un psychiatre, pas d’un médecin''. La Belgique ayant obtenu le point du nul sur un exploit personnel de Ceulemans transformé par Czerniatynski, les Diables Rouges sont cependant au deuxième tour pour la première fois de leur histoire. Mais pour Guy Thys et tout l’encadrement, Pfaff est discrédité. Hors de question de le réintégrer, d’autant qu’il n’en est pas à sa première incartade depuis le début de l’épreuve. Le lendemain du match contre le Salvador, il a séché l’entraînement pour aller serrer la main de Maradona, à cinquante bornes de là. Quelques jours plus tard, il a simulé une noyade à la piscine de l’hôtel. Les Diables Rouges en ont assez de ses frasques.»

L'archive de FF

Quelques jours avant le début de la Coupe du monde 2014, FF revenait sur l’épisode de Jean-Marie Pfaff et des infirmières lors du mondial 82 : «Les hommes de Guy Thys et son célèbre cigare ont besoin d’un point contre la Hongrie pour passer au tour suivant, mais les choses tournent mal. Varga ouvre la marque à la 27e minute au terme d’une percée en solo. A la pause, la Belgique est éliminée. Arrive la fameuse 51e minute, et le choc aérien entre Pfaff et Gerets, que ce dernier n’a pas vu venir. Le défenseur du standard est K.-O. Victime d’une commotion cérébrale, il est transporté aussitôt à l’hôpital, où il se met à délirer. Persuader de passer un examen de mathématiques, il commence à réciter les tables de multiplication. Pfaff, lui s’est relevé. Mais en apercevant la blessure de son équipier, il culpabilise et feint la blessure à la clavicule. Lui aussi est transporté aux urgences.

«Pfaff, lui s'est relevé. Mais en apercevant la blessure de son équipier, il culpabilise et feint la blessure à la clavicule. Lui aussi est transporté aux urgences.»

Joffrey Pointlane