Algérie - France 1975 (FAROUK BATICHE/D.R)
Maghreb F.C.

Jeux Méditerranéens 1975 : le jour où l'Algérie a battu la France...

Pour la première fois de leur histoire, l'Algérie et la France ont disputé un match de football le 6 septembre 1975, à Alger. Le Maghreb Football Club vous raconte.

Entre l'Algérie et la France, il existe une histoire forte pour des raisons évidentes. Dans le football aussi, elle n'est pas banale. Alors que les deux nations sont viscéralement liées à jamais, le sport n'a pourtant pas échappé aux tourments historiques. Aussi surprenant que cela puisse paraître, il n'y a eu qu'un seul match entre les deux pays. Souvenons de ce 6 octobre 2001 où face à une équipe de France au sommet de la planète football, l'Algérie s'est retrouvée au Stade de France avec l'un des plus faibles onze de son histoire. D'un côté Zidane, fils de l'immigration algérienne des trente glorieuses, de l'autre, sur le banc, Rabah Madjer, l'homme qui talonna l'Europe avec le FC Porto en finale de la C1.

Malgré un coup franc de Djamel Belmadi avant la mi-temps, il n'y a pas photo sur la production des deux équipes. Sous l'impulsion de Thierry Henry ou Emmanuel Petit, le France se balade jusqu'à la 75e minute (4-1). Le moment choisi pour que le match dégénère avec un envahissement par des adolescents plus turbulents que violents. Au final, ce jour-là, les footballeurs ont été en quelque sorte pris en otage d'un match politisé parce qu'il avait été voulu, et pensé ainsi. Agité avec l'Algérie, les Bleus ont, en revanche, affronté à cinq reprises le Maroc, et à quatre le voisin tunisien.
Sur le banc de l'Algérie, Rachid Mekhloufi, l'ancien meneur de jeu de l'AS Saint-Etienne
Pourtant en fouillant dans l'histoire, on retrouve une trace lointaine d'un Algérie-France, un match qui a suscité un engouement incroyable. Il est surtout resté dans la mémoire collective des Algériens, il a marqué une étape importante dans la construction du football de ce pays. Ce 6 septembre 1975, l'Algérie et la France se retrouvent face à face pour la finale des Jeux Méditerranéens à Alger, dans le stade du 5 Juillet rempli comme un oeuf. Du côté Algérien, on a sorti l'artillerie lourde avec Djamal Keddou, Mokhtar Kaoua, Mehdi Serbah ou Omar Betrouni devant un équipe de France «Amateur-Olympique» où brillaient des joueurs comme Jean Fernandez (OM), Bernard Castellani (Nice) ou Jean-Marc Schaer (Saint-Etienne).
 
Les Français ne sont pas dépaysés. Sur le banc de l'Algérie, ils ont tous reconnu l'un des plus grands joueurs des 20 dernières années, devenu coach de son pays. Rachid Mekhloufi, l'ancien meneur de jeu de Saint-Etienne et également du onze de l'indépendance, conduit une équipe talentueuse et joueuse qui fait office de précurseur de la décennie royale de la sélection algérienne lors des années 80.

Le président algérien quitte la tribune, puis revient !

C'était évidemment une autre époque. Mais l'aspect politique était encore omniprésent. Treize ans après son indépendance, l'Algérie était considérée comme le phare du tiers-monde, la Mecque des révolutionnaires où se sont succédés Che Guevara ou encore les Black Panthers. Malgré un passé douloureux et des plaies encore vivaces, La Marseillaise n'a pas été sifflée ! Le scénario du match allait lui mettre tout un pays dans un délire incommensurable. A dix minutes de la fin, l'Algérie est menée 2-1. Houari Boumediene, alors président algérien, quitte la tribune. Il veut éviter le camouflet de remettre la médaille d'or aux Français. Mais, il va rapidement rebrousser chemin aux clameurs du stade qui entame pour une des premières fois le fameux le fameux slogan : «One, two, three ! Viva l'Algérie !». Omar Betrouni, star du MC Alger, égalise. Alors qu'on se dirige vers la prolongation, à la toute dernière minute, d'une reprise de la tête, l'arrière latéral Rabah Menuet crucifie à 20 mètres le gardien français. Un membre du staff technique se souvient : «Dans les vestiaires, le président nous avait avoué que si la France nous avait battus, il aurait fait couper la télévision au moment de la remise du trophée...» Omar Betrouni en frémit encore : «Au coup de sifflet final, c'est comme si nous avions arraché notre indépendance une nouvelle fois !»
«Je ne m'attendais vraiment pas à me retrouver dans une telle ambiance.» (Olivier Rouyer)
Du côté des Bleus, les jeunes joueurs ne sont pas forcément conscients de l'importance émotionnelle que revêt ce match pour les hôtes. Eric Pécout, attaquant du FC Nantes, âgé de 19 ans, se souvient : «C'était incroyable. J'étais blessé sur le banc. A 19 ans, j'ai vu une ambiance de dingue. On a vite compris qu'on n'allait pas gagner. Les Algériens jouaient à une touche de balle sur leur synthétique». Olivier Rouyer, alors stagiaire à l'AS Nancy-Lorraine, n'a pas oublié non plus. «J'en ai un souvenir mitigé, nous confie-t-il. On a senti que c'était tendu. Je ne m'attendais vraiment pas à me retrouver dans une telle ambiance. Quand on allait tirer les corners, on prenait quelques objets. Sur le match, je me demandais si sur le deuxième but le ballon n'est pas sorti avant. A la fin, on a fait un tour d'honneur, et ont été applaudis.» Ce jour-là, l'Algérie a gagné aussi son surnom de Fennecs, mascotte de la compétition. Effectivement, entre l'Algérie et la France, l'histoire n'a jamais été banale...
Nabil Djellit 
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ALAOUCHICHE 17 avr. à 18:52

rectification il s'agit de Rabah Menguelleti et de Menuet, arrière latéral de la JSK

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