(L'Equipe)
Ligue des Champions - 1ere journée

Joao Felix vs. Cristiano Ronaldo : le choc des générations

Ce mercredi à 20h45, l'Atlético de Joao Félix accueille la Juventus de son glorieux aîné Cristiano Ronaldo. À l'heure des comparaisons hâtives et des successions annoncées, zoom sur les similitudes et les différences dans leur jeu, mais aussi dans leur parcours.

C'est l'attraction principale de l'affiche de ce mercredi soir au Wanda Metropolitano. Quand l'enfant prodigue se mesure à son idole. Quand l'élève rencontre le maître. Quand la légende vivante rencontre celui qui est censé le remplacer tout en haut de la pyramide du football mondial, le tout dans la plus prestigieuse des compétitions de clubs. Et si Joao Félix est déjà perçu comme le crack "made in Portugal" et donc, par extension, le digne successeur de CR7, tout reste à prouver pour le jeune joueur de l'Atlético.
Bien sûr, être comparé au plus grand attaquant de l'histoire du foot portugais est un honneur, mais la carrière de Joao Félix vient tout juste de commencer, quand celle de son prédécesseur approche de son crépuscule. Première étape pour lui : affirmer son identité de jeu en montrant ce qu'il sait faire - et il sait faire beaucoup de choses - tout au long de cette première saison dans l'élite européenne, en commençant par ce mercredi. Dans un duel au sommet entre deux prétendants au sacre européen, autrement dit le match idéal pour montrer au monde entier qui est Joao Félix, un joueur bien différent du quintuple Ballon d'Or France Football.

Joao Felix n'est pas «le nouveau Cristiano»

Les deux attaquants sont évidemment tous les deux d'excellents dribbleurs, très fins techniquement. Mais beaucoup de choses les opposent. Alors que Ronaldo, à 20 ans, élimine principalement grâce à sa vitesse et son explosivité, Felix utilise davantage le contre-pied, le positionnement et l'anticipation que le débordement. Ronaldo, à l'époque, utilise beaucoup de mouvements parasites, superflus. Il n'est pas rare de le voir, sous le maillot des Red Devils, enchaîner 5 ou 6 passements de jambes consécutifs lorsqu'un seul suffit, ou bien faire 3 ou 4 feintes de centres pour finalement remettre en retrait à son latéral. On est bien loin de l'efficacité clinique qui depuis, a fait de lui le meilleur buteur de l'histoire de la C1.
De son côté, Félix recherche plutôt l'élimination rapide et efficace, avec un seul crochet ou une seule touche de balle. Il ne cherche le dribble que s'il apporte quelque chose, alors que CR7, dans sa jeunesse, a souvent la fâcheuse habitude de «dribbler pour dribbler», ce qui a le don d'énerver son entraîneur, Sir Alex Ferguson. Si on devait le comparer, le dribble de Félix se rapproche davantage du style d'un Griezmann, sans hésiter à multiplier les une-deux avec ses partenaires. Moins soliste, plus collectif.
Dans ses jeunes années, Cristiano donne presque autant de passes décisives qu'il ne marque de buts
Au-delà du style et du dribble, les deux joueurs, au même âge, ne jouent pas vraiment au même poste. Lors de ses débuts à Manchester United, Cristiano Ronaldo est un véritable ailier. Aligné la plupart du temps sur le flanc droit du milieu de terrain, au sein du légendaire 4-4-2 à plat de Ferguson, il mange la ligne de touche, ne rechignant pas à aider son latéral en défense. Et comme il part de plus loin, il n'est pas rare de le voir traverser le terrain à toute vitesse dans son couloir, balle au pied, avant de terminer son action par un centre. La plupart des différences qu'il provoque viennent de ses percussions en 1 contre 1 sur l'aile, vers l'axe, en apportant le danger dans la zone de vérité par une passe ou un tir. D'ailleurs, dans ses jeunes années, il donne presque autant de passes décisives qu'il ne marque de buts.
Très différent du rôle, jusqu'ici, de son successeur annoncé. Même s'il lui arrive de se retrouver dans des situations de débordement sur l'aile et qu'il peut parfaitement évoluer sur un côté, de par sa polyvalence et sa vitesse, Félix n'est pas un ailier. Plutôt un deuxième attaquant ou un milieu offensif, positionné dans l'axe et qui se balade sur tout le front de l'attaque. Lors de ses trois premiers matches de Championnat avec son nouveau club madrilène, il a joué à chaque fois en tant qu'attaquant de soutien, à la Griezmann, aux côtés d'Alvaro Morata ou de Diego Costa, que ce soit au sein d'un 4-3-1-2, comme contre Getafe et Eibar, d'un 4-4-2 ou d'un 3-5-2, comme contre Leganés.
On le voit ici face à Getafe en Liga, positionné en tant que deuxième attaquant aux côtés de Morata.
On le voit ici face à Getafe en Liga, positionné en tant que deuxième attaquant aux côtés de Morata.
Dans les deux cas, le natif de Viseu a eu la même activité : dézoner et apporter du déséquilibre dans l'organisation défensive adverse, en combinant entre les lignes avec ses milieux de terrain. Il a déjà su trouver une certaine complicité avec un Thomas Lemar positionné, dans le 4-3-1-2 de Simeone, juste derrière les deux de devant. Une chose est sûre : même s'il est positionné en attaque, Joao Félix participe à la construction du jeu de par ses passes et son positionnement. Il pourrait même sûrement évoluer dans un rôle de numéro 10 à l'ancienne, présent au milieu de terrain mais aussi, et surtout, dans la zone de vérité.

Des trajectoires parallèles

Pour ce qui est de savoir si le jeune chevelu marche bel et bien sur les traces de Cristiano, difficile de le dire. En tout cas, jusqu'ici leurs carrières semblent relativement symétriques. Pour rappel, Ronaldo découvre la première division portugaise le 2 septembre 2002, à 17 ans. Ce jour-là, il marque un doublé. Il inscrit cinq buts au cours de l'année et participe à sa première Ligue des champions. Après un match de pré-saison face à Manchester United, il est acheté dans la foulée par les Red Devils pour 15 millions d'euros et devient ainsi, à l'époque, le joueur de moins de 20 ans le plus cher de l'histoire du foot anglais.
Felix, en termes de statistiques au même âge, c'est beaucoup mieux que CR7
Félix, quant à lui, ne dispute pas de match officiel avec l'équipe première de Benfica avant sa dix-neuvième année. Mais lors de sa première saison dans l'élite, il marque 20 buts et délivre 11 passes décisives. C'est beaucoup mieux, en termes de statistiques, que Ronaldo. Mais à 19 ans, pas à 17 ans. Joao Félix découvre, lui aussi lors de sa première campagne, la Coupe d'Europe. Il se révèle au grand public lors d'une prestation impressionnante en Ligue Europa, en quart de finale aller face à Frankfort, où il inscrit un triplé. Tout comme Cristiano, une seule saison aura suffi pour attirer les plus grands clubs d'Europe et partir chez un poids lourd de C1, dans un transfert d'une dimension proportionnellement comparable ; considérant l'inflation et surtout la croissance démesurée des sommes dépensées chaque année durant les mercatos.
En revanche, le natif de Madère a mis un peu de temps avant de trouver sa place dans le très expérimenté collectif mancunien et devenir vraiment décisif pour son nouveau club. Après avoir durement gagné son statut d'indiscutable durant ses deux premières années, il effectue une bonne saison 2005-2006, avant de confirmer l'année suivante avec 23 buts et 21 passes décisives. L'année d'après, en 2007-2008, il atteint le sommet de l'Europe : 42 buts, la victoire finale en Ligue des champions et le Ballon d'Or FF en décembre 2008. C'est le début de sa longue période de domination.

Aujourd'hui, tout va plus vite. À peine arrivé chez les Colchoneros, Joao Félix semble déjà porter l'attaque de son nouveau club. Acheté pour une coquette somme (126 millions d'euros) en remplacement de Griezmann, le jeune Lusitanien se doit de combler tant bien que mal le vide laissé par la vente du Français au rival barcelonais. Sans oublier qu'avec les départs de Godìn, Filipe Luìs et Juanfran, les ouailles de Simeone doivent trouver de nouveaux leaders cette année et pourquoi pas, déjà, en la personne du surdoué aux faux airs de Kakà.

Félix, vu du Portugal

Mais qu'en est-il dans son pays natal ? Comment le prodige est-il perçu chez lui ? Ses compatriotes, ses coéquipiers le voient-ils, eux aussi, comme le digne héritier du plus célèbre des numéros 7 ? José Mourinho s'est exprimé sur la question, lors d'un passage fin août sur la chaîne de télévision de la fédération portugaise : «L'étendue de son talent et l'investissement effectué par le club (l'Atlético, ndlr) lui posent un certain challenge. Il ne peut pas échapper à ses responsabilités. Qu'il ait 18, 20 ou 25 ans, cela ne change rien. La seule chose qui compte c'est son talent et la responsabilité qui en découle. Le niveau d'investissement de l'Atlético durant cette intersaison oblige le club à viser le titre en Ligue des champions et en Championnat.»
Face à la Juve, il est censé être le dynamiteur principal de l'attaque madrilène
Tout le monde s'accorde donc à dire que l'avenir doré de Joao Félix est déjà tout tracé. En même temps, le numéro... 7 de l'Atlético a tout pour lui : technique, vista, vitesse, sens du but et une cote de popularité grandissante. Mais les choses sérieuses commencent maintenant. Face à la Juve, il est censé être le dynamiteur principal de l'attaque madrilène. C'est une chose d'éclater au grand jour, de surprendre, de performer à 19 ans avec le Benfica quand personne ne vous attend. Ç'en est une autre de confirmer les attentes, qui plus est au sein d'une équipe prétendante au plus prestigieux des trophées, face à une formation tout aussi ambitieuse, emmenée par une légende vivante de son sport et de son pays. Vivement le coup d'envoi...

Justin Carayol
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monacoforever92 18 sept. à 14:27

oui donc en gros vous comparez 2 joueurs totalement different

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