zubizarreta (andoni) angloma (jocelyn) (F. Golesi/L'Equipe)
Bleus

Jocelyn Angloma décrypte l'évolution du poste de latéral droit : «On attend toujours le successeur de Willy Sagnol en équipe de France»

Sagna et Sidibé blessés, le couloir droit des Bleus sera occupé par Jallet ou Corchia face à l'Espagne. S'il ne s'alarme pas (encore) du manque de réservoir à ce poste en France, l'ancien international Jocelyn Angloma s'inquiète du manque de rigueur défensive des latéraux modernes.

«Avant de se blesser, Djibril Sidibé a livré un match à deux visages samedi au Luxembourg : décisif sur deux buts français mais souvent en difficulté derrière. Que pensez-vous de ses premiers pas chez les Bleus ?
Je l'aime beaucoup, mais sa performance ne m'étonne pas. Je le vois jouer à Monaco, et il a souvent eu ces petits soucis défensifs. Il est porté vers l'avant et a tendance à oublier qu'ilil faut être un défenseur avant tout. Mais c'est une question d'équilibre, de couverture avec le défenseur central, le milieu axial ou le milieu droit... Normalement, ça va se régler au fil du temps. Après, il faut savoir que quand on a des joueurs avec ces caractéristiques, ils vont beaucoup monter ! Il faut simplement trouver l'équilibre.
Il semble en tout cas avoir pris le pouvoir en équipe de France, profitant de l'âge et des blessures de Bacary Sagna...
Actuellement, même s'il peut encore y avoir une concurrence, je pense que Djibril Sidibé a pris de l'avance. Après, sachant que de l'autre côté, Benjamin Mendy - ou Layvin Kurzawa - monte aussi énormément, Didier Deschamps pourrait chercher l'équilibre avec un joueur plus défensif à droite. Sidibé est très intéressant, encore jeune, et puis il est quand même bon ! Il est capable de monter et de revenir, il serait simplement temps qu'il commence à prendre de la bouteille, qu'il ait plus de réflexion par rapport à ses montées et son travail défensif.
«Un bon latéral droit, c'est celui qui est complet. La référence, c'est évidemment Philipp Lahm»
Derrière le Monégasque, c'est un peu le désert à ce poste, non ?
Sébastien Corchia est un joueur intéressant, et puis il y a toujours les deux ''vieux'', Bacary Sagna et Christophe Jallet... Mais c'est vrai qu'au très haut niveau, on trouve peu de Français. À Paris, il n'y en a pas, à Lyon, c'est plutôt Rafael qui joue. Ça manque de jeunes derrière !
 
C'est quoi, un bon latéral droit ?
Celui qui est complet ! Qui sait allier apport offensif et rigueur défensive, qui est bon de la tête... La référence, c'est évidemment Philipp Lahm : technique, intelligence, placement, savoir quand monter... Tout ça vient avec l'expérience aussi. Daniel Alves, c'est un latéral que j'aime beaucoup, mais c'est vrai qu'il a quelques problèmes défensivement. J'ai un petit faible pour Hector Bellerin et Rafinha. En France, on attend toujours le successeur de Willy Sagnol...
 
Comment jugez-vous l'évolution du poste depuis une quinzaine d'années ?
À mon époque, on nous demandait simplement de donner le ballon au milieu pour faire le jeu... Mais moi, j'étais déjà très porté sur l'attaque (rires). Ça pouvait jouer des vilains tours selon l'équipe dans laquelle on jouait. Aujourd'hui, on demande au latéral de jouer quasiment comme un ailier. On attend beaucoup plus de lui offensivement. Il doit savoir centrer, faire des passes décisives, même dribbler ! Les attaquants sont mieux pris, donc le surnombre doit venir de là, pas seulement du milieu de terrain. Il faut être très bon techniquement, c'est notamment ce qui a manqué à Bacary Sagna pour être un plus grand joueur que ce qu'il a été.

«L'évolution du foot a forcé ce poste à évoluer : il faut savoir passer et garder le ballon»

Par ordre d'importance, le latéral droit a longtemps été le dixième ou onzième joueur d'une équipe...
Avant, on demandait au latéral de défendre, de couvrir sa défense centrale ou son milieu, et de ne pas trop monter. Maintenant, pour occuper ce poste, il faut être un vrai joueur de foot ! On demande beaucoup aux latéraux. L'évolution du foot a forcé ce poste à évoluer : la possession de balle est très importante, donc il faut savoir passer proprement le ballon, et le garder lorsque c'est nécessaire. Il faut vraiment être complet, mais ça va dans le sens du foot que j'aime ! J'ai joué pendant pas mal d'années, et j'étais comme ça, je voulais être devant, frapper, marquer des buts...
Vous avez le sentiment d'être né vingt ans trop tôt ?
On peut dire ça ! Mais d'un autre côté, il y avait quand même des joueurs comme Roberto Carlos, Cafu... Il y en a toujours eu, mais il y avait des entraîneurs qui demandaient avant tout de bien défendre, et de laisser les autres faire la différence.
Aujourd'hui, bien attaquer et défendre moyennement peut-il suffire pour un latéral ?
Ça dépend... Ça peut suffire si son équipe a le monopole du ballon. Mais défendre moyennement, ça finit toujours par se voir... C'est un peu le problème de Djibril Sidibé pour l'instant. Il faut savoir gérer, s'adapter aux adversaires. Parce que c'est la fraîcheur qui fait la différence pour faire les bons gestes défensifs, et on l'avait vu à l'aller contre Manchester City (3-5). Encore une fois, c'est une question d'équilibre.
«Peut-être que les gars ne sont pas entraînés pour faire les bons gestes défensifs !»
Comment intégrer tout cela dans la formation des latéraux ?
Ça dépend beaucoup du projet de jeu, de la philosophie de l'entraîneur. Mais il faut savoir qu'avant tout, on est défenseur ! Tant qu'on a la balle, ça va, mais quand on ne l'a pas, il faut savoir travailler. Je répète, ça dépend du coach. A Valence, Hector Cuper voulait toujours avoir trois défenseurs en couverture. J'avais le droit de monter, mais pas Carboni de l'autre côté. Aujourd'hui, les deux centraux se retrouvent souvent livrés à eux-mêmes. J'entends souvent que des anciens attaquants sont dans des staffs pour faire du travail spécifique. C'est beaucoup plus rare pour la défense !
 
Ça vous agace ?
Ce serait une solution... Dans le rugby, on travaille par lignes, et dans le foot, ça se fait beaucoup moins. Quand je vois des gestes, des placements, des déplacements qui ne sont pas faits et qui conduisent à des buts... Peut-être que les gars ne sont pas entraînés pour ça ! Avec Cuper, un ancien défenseur, on travaillait tout le temps ce secteur, et on ne prenait pas beaucoup de buts. Lire le jeu, le marquage, la distance... Le latéral est souvent entre deux feux. Tout ça, ça se travaille.»
Propos recueillis par Cédric Chapuis
Réagissez à cet article
500 caractères max
ADS :