(L'Equipe)

Joe Gaetjens (Etats-Unis), nouvel épisode de nos 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde

2 avril - 14 juin : dans exactement 73 jours, débutera le Mondial 2018 en Russie. Jusqu'au coup d'envoi, FF vous livre, par ordre alphabétique, sa liste des 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde. Vingt-huitième épisode avec Joe Gaetjens.

Son histoire avec la Coupe du monde

Tant de joueurs ont connu des destins hors du commun, avec des fins plus ou moins heureuses. Mais l’histoire de Joe Gaetjens ne ressemble à aucune autre. Fils d'une mère haïtienne et d'un père allemand, le futur attaquant pratique le football dans son pays de naissance, Haïti, avant d'immigrer aux Etats-Unis grâce à une bourse d'étude. Il inscrit 42 buts en 64 matches disputés avec son club de Brookhattan et attire tout naturellement l’œil de la sélection américaine en vue de la Coupe du monde 1950 au Brésil. Problème : Joe Gaetjens n’est pas américain. Mais grâce à l’influence de son capitaine d’origine allemande Walter Bahr, il est quand même accepté dans l’équipe en remplissant une demande officielle de naturalisation. Le voilà au Brésil avec ses coéquipiers, placés dans le groupe B en compagnie de l’Espagne, du Chili et de l’Angleterre. Après une défaite inaugurale face à la Roja (1-3), le moment de gloire de Joe Gaetjens va s’écrire le 29 juin 1950, où il marque le but de la victoire face aux grandissimes favoris anglais (1-0). Le revers face au Chili (2-5) lors du troisième match n’occulte pas la performance de l’attaquant haïtien qui devient un héros national. Après un passage en France (RC Paris puis l’Olympique Alès), il rentre à Haïti en 1953 où il jouera pour les Grenadiers un match qualificatif pour la Coupe du monde 1954 contre le Mexique. La fin de son histoire est plus tragique : sa famille décide de fuir le pays sur fond de climat politique instable. Joe Gaetjens est pourtant arrêté par les Tontons macoutes le 8 juillet 1964 (police de François Duvalier, élu président à vie d’Haïti) et est présumé tué deux jours plus tard, comme des milliers d'autres Haïtiens. Mais le peuple américain ne l’oublie pas, puisqu’il a été intronisé au Hall of Fame du soccer aux Etats-Unis.

Le moment marquant

Son but face à l’Angleterre a bien sûr fait sa renommée outre-Atlantique. Face aux Three Lions, les spécialistes donnaient peu de chances aux Américains, dont c’était la première participation à la Coupe du monde, après avoir boudé la FIFA lors des éditions précédentes. A Belo Horizonte, ce 29 juin 1950, ce sont pourtant les coéquipiers de Gaetjens qui vont s’imposer grâce à un but plein d’opportunisme de l’attaquant. Sur un tir du capitaine Walter Bahr sur le côté droit de la surface anglaise, Gaetjens plonge la tête en avant et dévie le ballon qui prend à contre-pied le gardien anglais Bert Williams (1-0, 37e). Les Américains ont ensuite résisté face aux vagues anglaises, grâce notamment à leur portier Frank Borghi, auteur de parades déterminantes. Victoire surprise de la Team USA, si bien que de nombreux Anglais crurent à une erreur de typographie quand les journaux ont publié le résultat…

Le chiffre : 1

Ce but face aux Three Lions est le seul but inscrit par Joe Gaetjens sous le maillot américain, et donc le seul marqué en Coupe du monde en trois matches (tous disputés lors de ce Mondial 1950). Assez pour en faire une des légendes du soccer. En 2005, le film «Le match de leur vie» réalisé par Dan Anspaugh raconte l’aventure du match historique USA-Angleterre, et le fameux but de Joe Gaetjens.

L'archive de FF

Un mois après cette fameuse rencontre entre Américains et Anglais, FF écrit : «Les responsables américains disaient : ‘Nous sommes venus au Brésil, non pas pour accomplir des performances, mais pour apprendre. Ne prêtez pas trop attention à la tenue de nos joueurs. Ils ne feront rien d’extraordinaire, parce qu’ils n’ont pas l’habitude des grandes rencontres’. Comment, dans ces conditions, les Etats-Unis sont-ils parvenus à battre l’Angleterre, dont personne n’ignore la valeur ? Eh bien tout simplement en jouant une formation n’ignorant absolument rien des tactiques et des «ficelles» du jeu moderne. Dès le début du match, elle attaqua très franchement, et maintint un rythme offensif exceptionnel jusqu’à la mi-temps. Devant sa prodigalité, les Anglais, au lieu de réagir, se contentèrent de «laisser faire», pensant qu’ils finiraient toujours par prendre le dessus. Mais l’attaque américaine réussit un but par son avant-centre Gaetjens (37e) et parvint au repos avec cet avantage à la marque et la satisfaction d’avoir dominé très nettement durant les 45 premières minutes. Pendant la mi-temps, le coach américain dit à ses hommes : ‘Nous menons 1 à 0. Personne dans le stade ne croit sûrement à notre victoire finale. Pas même les Anglais ! Nous devons profiter des circonstances. Au lieu de nous défendre, attaquons très franchement dès la reprise, comme nous l’avons fait au début du match’. La suite, nous la connaissons. Pour une formation qui ne connaissait rien du tout au jeu moderne et qui avait tout à apprendre, avouez que cela n’est pas mal du tout !»

Joffrey Pointlane