(L'Equipe)
CM - Les 100 de FF

Johan Neeskens (Pays-Bas), nouvel épisode de nos 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde

5 mai - 14 juin : dans exactement 40 jours, débutera le Mondial 2018 en Russie. Jusqu'au coup d'envoi, FF vous livre, par ordre alphabétique, sa liste des 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde. Soixante et unième épisode avec Johan Neeskens.

Son histoire avec la Coupe du monde

Surnommé «Johan II», en référence à Johan Cruyff dont il fut le fidèle coéquipier pendant de longues années, Johan Neeskens est indissociable de la grande Ajax et de l'équipe des Pays-Bas des années 70. Sur le terrain, le joueur occupait un poste de milieu relayeur qui faisait de lui le principal soutien du «Hollandais volant», et représentait à lui seul le football total instauré par son manager à l'Ajax puis en sélection, Rinus Michels. Et c'est en 1974, en Allemagne, que Johan Neeskens fut l'un des symboles de cette révolution du jeu. Au sein d'une formation basée sur le jeu offensif impliquant du mouvement et des permutations, Johan Neeskens était le joueur de l'ombre, dévoué à la défense, mais qui n'hésitait jamais à remonter le ballon et tirer au but. Lors de cette Coupe du monde, bien que relégué dans l'ombre médiatique de Johan Cruyff, l'Amsterdamois fut l'un des acteurs majeurs de la sélection néerlandaise, finaliste malheureuse face au pays hôte allemand (1-2). Le milieu a même inscrit le seul but de son équipe lors de cette rencontre, portant à cinq son nombre de réalisations lors de cette édition. Une défaite en finale contre le pays organisateur qui en appellera une autre, quatre plus tard en Argentine, sans Johan Cruyff cette fois-ci. Johan Neeskens et ses coéquipiers s'inclinèrent en prolongation face à Mario Kempes et consorts, lors d'une édition controversée et dans un contexte pesant du fait de la dictature militaire instaurée par le Général Videla. Mais ces deux défaites en finale n'occultent pas le formidable joueur qu'était Johan Neeskens. Infatigable sur le terrain, il préfigurait déjà les milieux défensifs modernes, grâce à sa combativité et son nombre incalculable de ballons récupérés par match.

Le moment marquant

Son ouverture du score sur penalty lors de la finale 1974 contre l'Allemagne reste un moment fort de sa carrière et de l'histoire de la Coupe du monde. Après à peine une minute de jeu et une série de passes démontrant la grande maîtrise collective des hommes de Rinus Michels, Johan Cruyff s'enfonce dans le camp allemand, slalome, accélère mais se fait faucher à l'extrême limite de la surface par Uli Hoeness. L'arbitre anglais du match, M. Taylor, désigne le point de penalty. Déjà auteur de deux buts dans cet exercice, Johan Neeskens prend ses responsabilités et trompe Sepp Maier en frappant fort au centre du but (1-0, 2e). Malheureusement, sa formation va ensuite déjouer, et l'Allemagne va revenir dans le match grâce à Paul Breitner sur penalty (1-1, 25e), avant de l'emporter grâce au but victorieux de Gerd Müller (1-2, 43e).

Le chiffre : 2

Son ouverture du score sur penalty à la deuxième minute contre l'Allemagne est le but le plus rapide inscrit lors d'une finale de Coupe du monde. Mais le chiffre 2 fait également référence au nombre de finales perdues par Johan Neeskens en deux participations, défait à chaque fois par le pays organisateur (en 1974 par l'Allemagne et en 1978 par l'Argentine).

L'archive de FF

En 2010, lors de son traditionnel récapitulatif des joueurs qui ont marqué l'histoire Coupe du monde, FF écrit ceci sur le milieu hollandais : «Le vent de la révolution qui a soufflé des Pays-Bas et de l'Ajax Amsterdam à la fin des années 60 trouve son prolongement logique à la Coupe du monde 1974. Rinus Michels, le père du «football total», vient de prendre l'équipe national, et les Oranjes, dans leur style inimitable, où tout le monde attaque et tout le monde défend, où l'objectif prioritaire est de reprendre la possession du ballon le plus vite et le plus haut possible, mettent aussitôt le feu à la compétition. Un homme, pourtant, incarne mieux que les autres cette orgie de jeu offensif, cette débauche infernale d'efforts, de courses, de pressing, de puissance athlétique, d'énergie et d'intelligence : Johan Neeskens.
Monstre de force, de générosité et d'agressivité, kamikaze des gazons, mais aussi stratège de premier ordre.
Mieux encore, ce jeune Néerlandais de vingt-deux ans, monstre de force, de générosité et d'agressivité, kamikaze des gazons, mais aussi stratège de premier ordre, annonce l'émergence d'une nouvelle race de milieux de terrain, capables de tout faire sur un terrain. Marquer, frapper de loin, donner la dernière passe, tirer les penalties, éliminer en un contre un, récupérer, tacler, prendre le meneur de jeu adverse en individuelle s'il le faut, organiser, offrir de la fluidité au jeu, ou encore se propulser d'une surface à l'autre pour s'engouffrer alors avec voracité dans l'espace crée devant le but (la grande spécialité néerlandaise), accompagner et venir à la finition. Si les Pays-Bas s'inclinent en finale contre l'Allemagne (1-2), Neeskens (5 buts, dont 3 penalties) est donc la grande révélation du tournoi. Il va bientôt faire école...»
Joffrey Pointlane
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