clauss (jonathan) (J.Prevost/L'Equipe)
Ligue 1 - Lens

Jonathan Clauss (RC Lens) : «Le football n'était plus ma priorité»

A 28 ans, Jonathan Clauss découvre enfin la Ligue 1. Après avoir vagabondé dans le football amateur, le natif de Strasbourg vit, avec le RC Lens, un rêve qui lui a longtemps échappé. Pour FF, il a accepté de revenir sur son parcours, ses ambitions et son rôle au sein du club artésien.

«En prenant du recul, vous dites-vous fier de jouer au RC Lens après les difficultés que vous avez connues ? 
Cela représente beaucoup pour moi. J'ai très souvent associé Strasbourg, d'où je suis originaire, à Lens. Ce sont deux clubs similaires, très populaires et familiaux, avec des villes qui vivent pour leur équipe. Quand j'ai su que le RC Lens me voulait, ça m'a beaucoup touché. Mais pour l'instant, je ne m'autorise pas vraiment le droit de prendre du recul. Certes, quand je vois le visuel du club partout autour de moi, le logo Ligue 1 floqué sur le maillot les jours de matches, je suis heureux. Mais je me dis que si je prends un peu trop de distance, je vais me satisfaire du chemin parcouru. Et ça, je ne le veux pas. J'aurais le temps d'en prendre plus tard, pour me féliciter. Mais, pour l'instant, il n'y a pas d'auto-satisfaction.  
 
Vous ne voulez pas vous contenter de ce que vous avez...
C'est exactement cela. J'ai signé en Ligue 1, c'est une bonne chose. Mais, maintenant, la prochaine étape, c'est de prouver aux dirigeants qu'ils ont eus raison de me faire confiance. Je dois encore aller chercher plus, il faut que je le fasse.

«A force de faire des boulots à côté pour rentrer de l'argent...»

C'est de la même manière que vous avez abordé les différents challenges au cours de votre carrière ? 
Oui. Quand Strasbourg ne m'a pas gardé après ma formation en 2010, cela a été une énorme déception. A un moment donné, le football n'était plus ma priorité. J'allais de club en club pour changer d'air, sans réel objectif. Mais quand je suis arrivé en CFA 2 à Raon-l'Etape en 2015, je me suis dit que si je voulais encore faire quelque chose dans le football, je devais avoir cette mentalité-là. A partir de ce moment, j'ai vécu toutes mes saisons en me disant que c'était maintenant ou jamais.
 
Quel a été le déclic ?
A cette époque, je disais à tout le monde que le football, c'était ma vie. Mais je n'en étais pas spécialement convaincu. Petit à petit, à force de faire des boulots à côté pour rentrer de l'argent, j'en ai pris conscience naturellement. A un moment donné, je me suis regardé et je me suis dit : "Ce n'est pas de cette vie dont tu as envie. Alors soit tu te bouges et tu te donnes les moyens de faire ce que tu as toujours voulu, ou alors tu continues à vivre avec le regret de ce qui aurait pu se passer."
 
Et vous avez gravi les échelons comme cela, jusqu'à décrocher un contrat professionnel avec Quevilly Rouen Métropole en Ligue 2 en 2017.
Après ma bonne saison en CFA 2, Avranches est venu me chercher. Pour beaucoup de gens autour de moi, le Championnat de National, c'était déjà bien, mais je voulais prouver que j'avais le niveau pour aller plus haut. Et il s'est passé la même chose par la suite. Quand QRM m'a proposé un contrat professionnel en L2, je l'ai pris comme une satisfaction parce que c'était le premier. Mais surtout comme un encouragement à poursuivre mes efforts. Ce n'était pas une finalité, il fallait continuer.
Jonathan Clauss, en 2017, avec QRM. (V.Michel/L'Equipe)
Jonathan Clauss, en 2017, avec QRM. (V.Michel/L'Equipe)
«Les sorties, les potes, ça fait partie de ma vie. Mais maintenant, je profite sans être dans l'excès. Si j'ai envie de faire une soirée avec mes amis, je la fais mais ce n'est pas pour autant que je vais finir à huit heures du matin le lendemain.»
Qu'avez-vous changé dans votre vie pour arriver à ce niveau ? 
J'ai principalement travaillé sur mon hygiène de vie. Mais je ne l'ai pas vraiment changé. J'ai juste réduit tout ce qui pouvait être néfaste et accentué les choses bénéfiques, sans devenir une autre personne. Les sorties, les potes, ça fait partie de ma vie. Mais maintenant, je profite sans être dans l'excès. Si j'ai envie de faire une soirée avec mes amis, je la fais mais ce n'est pas pour autant que je vais finir à huit heures du matin le lendemain. Je suis juste plus raisonnable et j'ai appris à prendre soin de mon corps. Désormais, je reste aussi plus longtemps au centre d'entraînement pour faire des étirements, m'entretenir.
 
Ce professionnalisme, vous l'avez aussi appris à Bielefeld en Allemagne, où vous avez passé deux saisons de 2018 à 2020 ? 
Il faut toujours être à fond là-bas. Les entraînements sont très intenses, il n'y a aucun calcul. Tu fais et tu ne penses pas à la fatigue ou aux courbatures du lendemain, c'est interdit. C'est une autre manière de voir le football. Le niveau d'exigence est très élevé, on t'apprend à répéter les efforts et à ne pas tricher. Être à 200, 300%, c'est le minimum en Allemagne.

«En gérant les efforts, j'ai l'impression de me limiter»

Cette intensité, vous l'avez gardé dans votre jeu aujourd'hui ?
Oui. A tel point que maintenant, je ne sais plus gérer (Il rit.). A Lens, quand le staff me dit d'essayer de réguler un peu mes courses, mon intensité, je leur réponds que je ne sais plus le faire. Je me donne toujours à fond.
 
La gestion des efforts, vous essayez de l'apprendre à nouveau ? 
J'essaie, mais d'un autre côté, je n'ai pas vraiment envie. En gérant les efforts, j'ai l'impression de me limiter. Si j'ai envie de faire deux cents sprints à fond, je les ferai. Et si je ne suis pas capable, je travaillerai avec cet objectif en tête plutôt que de me contenter d'en faire moins.
 
Le RC Lens réalise un bon bon début de saison, comment l'expliquez-vous ? 
Le début de saison est à l'image de notre préparation et de notre travail au quotidien. On bosse énormément et on est récompensé sur le terrain. On est conscient que l'on doit faire des efforts. On sait que l'on va les faire, et que le coéquipier à côté aussi. Pas un maillon de la chaîne ne se permet de gérer et donne tout sur le terrain. Les résultats viennent de là. On prend tous du plaisir à travailler les uns pour les autres.
«La limite, il faut la mettre le plus loin possible pour essayer de tirer un maximum de soi-même. Pour avancer, fixe-toi des objectifs très élevés et regarde jusqu'où tu peux aller.»
Personnellement, vous enchaînez les bonnes prestations en tant que piston sur le côté droit : comment voyez-vous ce rôle ? 
Je m'éclate à ce poste. Ce n'est pas la première fois que j'y joue puisque je l'ai découvert avec Avranches. C'est un poste très complet où j'ai encore beaucoup à apprendre. Et c'est pour cela que je l'apprécie. Pour l'instant, je me concentre beaucoup sur le travail défensif où je dois progresser. Et quand je suis performant derrière, j'ai le droit à ma récompense en me projetant vers l'avant.
 
Seul sur le côté, vous avez beaucoup de responsabilités dans le dispositif tactique.
C'est ce qui me plait énormément. C'est à moi seul d'animer le couloir. Je ne peux pas compter sur un mec devant ou derrière pour venir m'aider. Je dois assumer cette tâche et c'est un défi personnel d'occuper ce poste. Ça demande beaucoup d'effort, mais j'ai appris à aimer cela.
 
Vous êtes-vous fixés des objectifs personnels cette saison ? 
Non, pas spécialement. A part celui de jouer le plus de matches et d'être le plus décisif possible. Les objectifs sont surtout collectifs. On veut assurer le maintien le plus vite possible pour le club. Et après, c'est en travaillant sérieusement, tous ensemble main dans la main, que chacun pourra atteindre le but qu'il s'est fixé.
 
En tout cas, vous ne vous mettez plus de barrières...
Oui. La première fois que je me suis dit cela, c'était à QRM. La limite, il faut la mettre le plus loin possible pour essayer de tirer un maximum de soi-même. Pour avancer, fixe-toi des objectifs très élevés et regarde jusqu'où tu peux aller. C'est comme ça que l'on peut arriver loin, et comme cela que je fonctionne.»
Benoît Desaint
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RensenbrinkRIP 4 oct. à 12:15

Cela ressemble un peu au parcours d’Eric Carrière qui a joué en amateurs à Auch et au Muret et a étudié à l’Université de Toulouse (champion de France universitaire), avant de rejoindre Nantes sur le tard et de jouer en L1 vers 23 ans. Le plus remarquable est qu’Eric Carrière a ensuite joué en équipe de France 10 fois avec un ratio de buts par match de 50%. J’ai toujours pensé que Lemerre avait fait une énorme erreur de ne pas amener Carrière à la coupe du monde 2002.

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