Jonathan Schmid joue en Allemagne depuis 2008. (T.Kienzle/AFP)
Allemagne - Fribourg

Jonathan Schmid (Fribourg) : «Avant, les Français n'étaient pas bien vus en Allemagne»

Couteau suisse d'une équipe surprenante de Fribourg, Jonathan Schmid est un habitué de la Bundesliga. En presque dix ans d'ancienneté, il a pu constater l'évolution du traitement des Français. Pour FF, il raconte sa Bundesliga.

«Vous êtes arrivé en Allemagne à 18 ans. Comment cela s'est fait ?
Déjà, j'avais été viré par Strasbourg, alors je n'avais plus trop l'opportunité d'évoluer en France. Un ami qui était déjà en Allemagne m'avait demandé de faire un essai. Je l'ai fait et tout de suite après le club d'Offenburger m'a pris. Plus tard, j'ai affronté Fribourg dans un match de Coupe Gambardella. Même si on avait perdu 4-1, j'avais marqué. J'ai tapé dans l'œil de Christian Streich qui m'a tout de suite parlé après le match pour me demander si l'année d'après j'étais prêt à venir à Fribourg. J'ai accepté tout de suite.

Christian Streich, c'est toujours votre entraîneur. Comment expliquez-vous cette longévité ?
C'est extraordinaire. On sait tous ce qu'il a donné et ce qu'il donne encore à Fribourg. L'entraîneur vit pour cette ville et pour le club donc je pense qu'il va rester là jusqu'à la fin de sa vie. Chaque année, son travail paie. Sans trop de budget, il arrive à trouver un effectif assez bon et c'est ce qui fait sa force. Mais aussi sa façon de parler aux joueurs. Cela donne envie de lui rendre. C'est l'entraîneur qui m'a le plus marqué dans ma carrière. Ça fait plus de dix ans que je le connais. Il a beaucoup de bons plans tactiques. C'est une personne qui vit le football à fond, il est toujours derrière ses joueurs, il les protègera toujours, il aime parler avec eux. C'est un entraîneur qui pourrait mourir pour le foot.

Pourquoi êtes-vous revenu à Fribourg cette année après un exil à Augsbourg ?
Après la fin de saison à Augsbourg, j'ai eu quelques conversations avec Christian Streich. Il m'a demandé pourquoi j'avais envie de revenir parce qu'il était aussi intéressé. Et ça s'est fait. Je savais que Fribourg avait quelques blessés au poste d'arrière droit donc ça tombait bien. Moi, je leur ai fait comprendre que je ne venais pas à Fribourg parce que c'était proche de Strasbourg d'où je viens. J'avais envie de continuer à jouer et de revenir à fond pour montrer ce que je sais faire. Honnêtement, pratiquement rien n'a changé entre temps, à part quelques nouveaux joueurs. C'était un plaisir de pouvoir retrouver mon ancien club.
«Je ne suis plus très loin du record de matches pour un Français détenu par Franck Ribéry. À moi de le battre !»
Aujourd'hui vous êtes latéral après avoir été ailier droit. Quel poste préférez-vous ?
Je préfère celui d'ailier. C'est là où j'ai le plus fait mes preuves. Déjà à Fribourg, j'ai marqué beaucoup de buts, délivré beaucoup de passes décisives. Ça me manque un peu de marquer. Mais ce qui est bien, c'est qu'avec Christian Streich, déjà en U19 j'avais joué à plusieurs postes, en tant que 6, ailier, et d'autres. C'est ce qui m'a donné cette force parce que quand il manquait un joueur à n'importe quel autre poste, je pouvais compenser. Je pense que c'est bien pour un joueur de pouvoir évoluer à différents postes. Même s'il faut un gros rythme physique et cardiaque parce que ça demande beaucoup d'énergie offensivement comme défensivement. Au poste de latéral, on rentre à l'intérieur pour amener de la sécurité, mais en tant que piston, c'est vrai qu'on peut plus monter quand le ballon est de l'autre côté, ou même rentrer dans la surface.

Quand vous étiez ailier, vous étiez souvent comparé à Franck Ribéry. Avec le recul, comment vous l'avez-vécu ?
C'est très flatteur d'être comparé à lui. Mais je sais que Franck a fait d'autres clubs que moi donc je ne peux pas trop me mesurer à lui. Jusqu'ici je suis très content de ma carrière, de mon nombre de matches. D'ailleurs, je ne suis plus très loin de son record de matches pour un Français en Bundesliga (NDLR : 273 pour Ribéry, 247 pour Schmid). Il me reste un peu moins de 30 matches, ça fait au moins une saison, à moi de battre ce record ! Je suis sous contrat jusqu'en 2023, donc ça me laisse le temps (rires). En espérant éviter les blessures bien sûr.

Là où vous êtes comparables, c'est que lui comme vous avez contribué à franciser la Bundesliga...
Aujourd'hui, on voit qu'il y a beaucoup de Français qui veulent venir en Allemagne. C'est vrai qu'avant cela on n'était pas trop. Après, il faut aussi dire que tous les Français n'y arrivent pas car c'est vraiment un Championnat différent de la France. Mais actuellement tous les Français qui viennent prennent du plaisir. Quand on voit un joueur comme Nkunku, qui n'a pas réussi en France, qui joue à Leipzig, un grand club, ça prouve que ça permet aussi de se montrer, surtout dans des clubs qui jouent au ballon.
«Même les attaquants font des efforts défensifs, des courses, des sprints. Des choses qu'on ne verra jamais en France»
Donc les Français ne sont plus à l'écart en Allemagne, comme ça pouvait être le cas à vos débuts !
Non, je pense que maintenant ça a changé. Les Allemands se sont adaptés. C'est vrai qu'avant ça, quand je suis arrivé à Fribourg c'était un peu spécial parce qu'ils voyaient des joueurs français prendre la place des Allemands. Ce n'était pas trop bien vu, mais maintenant ils ont l'habitude de voir plusieurs étrangers dans leur équipe et c'est devenu normal en Bundesliga. Au final, c'est bon aussi pour le Championnat d'avoir des Français parce que ça donne notamment une touche supplémentaire au niveau technique. Ça offre de belles combinaisons dans une équipe.

Pour les Français, il y aussi cette question de l'adaptation. Est-ce plus simple aujourd'hui ?
C'est un Championnat très dur physiquement. Même les attaquants font des efforts défensifs, des courses, des sprints. Des choses qu'on ne verra jamais en France. C'est ce qui fait que le Championnat allemand est très compliqué. Que tu joues contre Dortmund ou Paderborn, tous les matches sont difficiles. C'est ce qui est bien aussi, on ne sous-estime jamais notre adversaire. On sait que le dernier peut aller gagner chez le premier. Même pour le Bayern ça va être plus compliqué dans les années à venir pour avoir le titre.

Revenons sur votre parcours en Allemagne. Comment était votre premier match ?
Je crois que c'était contre Nuremberg. On avait fait 1-1, et j'étais rentré en tant que numéro six. La preuve que j'ai joué à beaucoup de postes (rires). C'est vrai que c'était difficile, au début il y avait un peu de pression. Mais à Fribourg, les supporters aiment quand il y a un nouveau joueur qui débute, ils ne vont jamais critiquer mais plutôt l'encourager et c'est ce qu'ils avaient fait.

Vous souvenez-vous de votre premier but ?
Oui, aussi ! C'était contre le Werder Brême. Je demande un ballon en profondeur, j'étais un peu excentré, je tire. La balle tape sur le poteau, elle rentre. Et après, je ne savais même pas quoi faire comme célébration. C'était bizarre parce que je pensais que c'était un rêve, mais non la balle était bien dedans. Pendant un certain moment t'es vraiment dans un autre monde.
Jonathan Schmid a marqué 4 buts cette saison en Bundesliga, dont ce coup franc magnifique contre le Borussia Mönchengladbach. (Presse Sports)
Jonathan Schmid a marqué 4 buts cette saison en Bundesliga, dont ce coup franc magnifique contre le Borussia Mönchengladbach. (Presse Sports)
«Le mur jaune, ça fait vraiment peur, c'est très impressionnant»
Avec le recul, quelle est votre plus belle saison ?
Quand on s'est qualifié pour la Ligue Europa avec Fribourg (NDLR : Saison 2012-2013). On avait fait une saison incroyable, on était presque qualifiés pour les tours préliminaires de la Ligue des champions ! Si on gagnait le dernier match contre Schalke 04, on était qualifié. On a perdu, mais on était directement en Ligue Europa donc on était vraiment très heureux. Il n'y avait pas vraiment de déception parce que pour un club comme Fribourg c'est toujours du bonus...

Le coéquipier avec lequel vous vous êtes le mieux entendu ?
(Il souffle) Ça ce n'est pas facile (rires). C'est vrai que je m'entendais super bien avec Max Kruse. On avait marqué douze buts tous les deux une saison (NDLR : la saison 2011-2012). On était les meilleurs buteurs de Fribourg.

Quel est l'adversaire qui vous a le plus marqué ?
Sans hésiter, c'est Franck Ribéry. C'est quelque chose à vivre (rires). Il va vite, il sait parfaitement ce qu'il fait au niveau des déplacements, des un contre un. Il court beaucoup, ce n'est pas du tout un feignant, franchement. En Allemagne tu n'as pas intérêt à être feignant. Même moi avec Christian Streich, je me ferais vite remonter les bretelles (rires).

La chose qui vous a le plus impressionné en Allemagne ?
Ah oui, c'est le mur jaune ! En plus j'ai eu la chance de marquer juste devant ce mur. Mais je ne me suis pas approché trop près de la tribune quand j'ai marqué. Pouah, ça fait vraiment peur, c'est très impressionnant. Quand j'ai marqué, je me suis fait tout petit.
«J'ai parlé avec l'assistant de Djamel Belmadi, je peux avoir la nationalité algérienne»
Si vous ne deviez garder qu'un souvenir ?
Je dirais la demi-finale de Coupe d'Allemagne perdue contre Stuttgart en 2013 (2-1), ça reste quand même un très bon souvenir. C'était la première fois que Fribourg arrivait à ce stade de la compétition, donc c'était vraiment exceptionnel.

Y a-t-il un regret dans cette carrière ?
Quand Fribourg est descendu en deuxième division, je suis parti à Hoffenheim où je ne suis resté qu'un an parce que ça ne m'a pas plu. J'aurais peut-être dû rester quelques années de plus à Fribourg. Mais c'est humain de vouloir essayer des choses. Si ça marche, très bien, et si ça ne marche pas tant pis. Il fallait essayer pour voir comment ça se passait ailleurs.

Et vis-à-vis de la sélection ?
C'est vrai que quand j'avais fait une bonne saison à Fribourg... Mais le club n'est pas trop médiatisé. Après, je joue souvent, donc s'il y avait eu l'équipe de France ça aurait été un bonus, mais je ne vais pas me prendre la tête pour ça. J'ai parlé aussi avec l'assistant de Djamel Belmadi. Je peux avoir la nationalité algérienne (NDLR : le père de sa mère était Algérien) et le passeport mais c'est un peu compliqué. Si un jour je le reçois, pourquoi pas jouer avec l'Algérie !

Alors c'est quoi la prochaine étape, un retour en France ?
Je n'ai jamais pu jouer professionnel en France. Mais c'est vrai que Strasbourg, ça m'a toujours plu. Déjà en étant gamin quand j'étais ramasseur de balle à La Meinau, j'ai toujours eu envie de jouer sur cette pelouse. On verra par la suite.»
Émile Gillet
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