gnagnon (joris) (A. Reau/L'Equipe)
Espagne - FC Séville

Joris Gnagnon (FC Séville) : «J'ai tout de suite vu qu'on était dans le très haut niveau»

Parti vivre sa première aventure à l'étranger du côté du FC Séville, Joris Gnagnon découvre le très haut niveau, et les difficultés qui vont avec. Pour FF.fr, l'international Espoirs formé à Rennes évoque ses premiers pas difficiles en Andalousie où il n'a que très peu joué. Tout en sincérité. Entre un entraîneur à séduire, un poids à surveiller et une ville où il se plaît.

SA BLESSURE QUI TOMBE MAL

«Joris, on ne vous a plus vu sur les terrains depuis plus d'un mois. Où en êtes-vous ?
Ça va de mieux en mieux. J'ai eu une blessure à la cuisse. Je récupère petit à petit. Je suis sur la fin. Il me reste encore une semaine ou deux et ce sera reparti. Je pense pouvoir revenir après le match retour de Ligue Europa face à la Lazio (NDLR : victoire 1-0 des Sévillans à l'aller ; retour prévu mercredi prochain).
 
Une blessure qui tombait assez mal finalement. Le 6 janvier dernier, vous aviez signé une prestation remarquée face à l'Atlético Madrid (1-1).
Complètement. Je commençais à prendre la température. Je revenais bien, avec ce match référence contre l'Atlético qui me mettait dans le bain. J'ai eu beaucoup de «chance» de jouer cette rencontre puisqu'il y avait des blessés. Le coach m'a fait confiance. Je vais vous dire la vérité, ca n'a pas été facile. C'était mon premier gros match face à une très grande équipe européenne. Je savais que j'allais affronter Antoine Griezmann et les autres. Il fallait être prêt, mais aussi prouver que j'étais capable d'évoluer dans cette équipe.
Se met-on la pression ?
Un petit peu avant. Mais dès que je suis sur le terrain, c'est parti, je joue mon football. Au départ, tu appréhendes. J'avais regardé beaucoup de vidéo, tu sais qu'ils sont super bons en face. Tu te demandes comment faire pour les arrêter. Griezmann, il ne lui en suffit de pas beaucoup pour la mettre au fond. C'était le joueur qu'on avait ciblé. J'avais en plus la chance de jouer avec des éléments expérimentés pour m'aider comme Carriço et Jesus Navas. Tout s'était bien passé.
 
On ressort sûrement d'un match pareil avec beaucoup de confiance...
Beaucoup oui. Dès la fin, j'avais tout de suite envie de jouer le prochain. Je me sentais complètement lancé. J'avais enchaîné à Bilbao. Un match très compliqué qu'on avait perdu (0-2). Je m'étais d'ailleurs fait mal contre l'Atlético. Ensuite, alors que je devais jouer contre le Barça (en Coupe du Roi), lors d'une séance, c'est là que ma cuisse n'a pas tenu.

SA PREMIÈRE DEMI-SAISON (TRÈS) DIFFICILE

«J'arrive dans un gros club et j'ai cette chance de jouer très rapidement en Liga contre Getafe. J'ai encore, je pense, des étoiles dans les yeux, donc je me rate complètement.»
Revenons sur votre première demi-saison contrastée à Séville. Vous aviez été aligné le 16 septembre à domicile face à Getafe. Un match raté (0-2). Derrière, on ne vous a plus trop vu, sauf en Ligue Europa. Comment l'expliquez-vous ?
Je vis mon premier transfert (NDLR : de Rennes, contre 15 millions d'euros), j'arrive dans un gros club et j'ai cette chance de jouer très rapidement en Liga contre Getafe. J'ai encore, je pense, des étoiles dans les yeux, donc je me rate complètement. (Lucide) Ç'a mis un coup à la tête au coach donc je pense qu'il décide de me mettre, entre guillemets, de côté parce que je ne joue pas pendant un certain moment ensuite, n'étant pas dans le groupe. Comme s'il ne voulait plus rien savoir de moi. Je ne pouvais m'en prendre qu'à moi, je savais que j'avais manqué ma prestation. J'attendais une seconde chance qui est arrivée bien, bien, bien après.
 
Ç'a dû vous paraître long (NDLR : Il ne rejoue que le 23 décembre en Championnat, entrecoupé de deux rencontres de Ligue Europa)...
C'était très long. Certes, je jouais en Ligue Europa, mais ce n'est pas pareil. C'était très compliqué à gérer.
Comment avez-vous fait ?
Je n'ai tout simplement pas baissé la tête. Je me suis dit que le coach pensait quelque chose de moi qui n'était pas vrai, donc je vais lui prouver. Et je savais que mon heure allait arriver. Voilà pourquoi j'ai réussi à faire ce match à l'Atlético.
 
Durant cette longue période sans jouer en Championnat, y avait-il du dialogue avec Pablo Machin, votre entraîneur ?
Il parle beaucoup avec nous. Il m'encourageait. Je ne me sentais pas forcément exclu. C'était un sentiment partagé. J'étais un peu énervé parce que je n'ai pas eu l'occasion de montrer ce dont j'étais capable. Le coach ne voulait pas que je baisse la tête, mais que je reste concerné. Il a réussi à faire en sorte que.
 
Est-ce là qu'on se dit qu'on côtoie le très haut niveau ?
Oui, c'est carrément ça. Dès que je suis arrivé ici, j'ai tout de suite vu qu'on était dans le très haut niveau. J'ai eu la chance de jouer en Ligue 1 (NDLR : Il a disputé 70 matches avec Rennes entre 2016 et 2018), c'était déjà compliqué. Mais la Liga, c'est également très, très, très compliqué. Ça va beaucoup plus vite. Je suis passé à autre chose. Avec des petits détails qui vous montrent l'importance du club.

SES PROBLÈMES DE POIDS ET L'EXIGENCE DU TRÈS HAUT NIVEAU

À 22 ans, lorsqu'on arrive dans un tel club, se rend-on compte également d'une certaine exigence à avoir dans sa préparation personnelle ?
Vous savez que j'avais eu un petit problème au Stade Rennais, avec mon poids que je devais gérer (NDLR : En mai dernier, dans une interview à Ouest-France, il avait expliqué avoir perdu 13 kilos). Je savais très bien que je devais le gérer, sauf que l'on ne m'a pas tout de suite pénalisé. On m'a pénalisé sur la fin. Lorsque je suis arrivé à Séville, ils me l'ont dit tout de suite. Ils m'ont expliqué que je me sentirais mieux sur le terrain, que je serais meilleur. J'ai compris directement.
 
Que vous a-t-on demandé ?
Je me sentais déjà très bien, donc je me suis posé la question de quoi faire pour que je sois meilleur comme ils le souhaitaient. Donc je me suis mis à perdre...
«Lorsque je suis arrivé à Séville, ils me l'ont dit tout de suite. Ils m'ont expliqué que je me sentirai mieux sur le terrain, que je serai meilleur. J'ai compris directement.»
Qu'avez-vous changé ?
Je n'ai pas fait de régime mais je ne bois plus que de l'eau, je mange plus tôt, je me couche plus tôt. Ça vient tout seul ensuite...
Est-ce compliqué de se l'imposer ?
Ce n'est pas compliqué parce que c'est pour moi ! En plus, tu prends du plaisir à le faire quand tu vois les résultats. Et tu as encore plus envie, envie, envie de continuer.
Avez-vous été marqué par le fait qu'on pointe ce problème de poids chez vous ?
Franchement, non. On en parle depuis que je suis en Ligue 1, ça fait un moment. Ça me gênait pas plus que ça. Je savais que je devais faire quelque chose.
Joris Gnagnon, ici à droite, avait fait ses débuts en pros avec le Stade Rennais. Aux côtés notamment d'Ousmane Dembélé (à gauche). (V. Michel/L'Equipe)
Joris Gnagnon, ici à droite, avait fait ses débuts en pros avec le Stade Rennais. Aux côtés notamment d'Ousmane Dembélé (à gauche). (V. Michel/L'Equipe)

SON INTÉGRATION, SON RETOUR EN FRANCE CET HIVER ET LA SUITE DE SA SAISON

Au sein du vestiaire, qui sont les tauliers de ce FC Séville ?
Il y en a beaucoup. Tout le monde parle : Ever Banegas, Sergio Escudero, Jesus Navas, Simon Kjaer, et d'autres. Quand je suis arrivé au tout début dans ce vestiaire, c'est vrai que c'était difficile pour moi parce que je ne parlais pas forcément la langue. Mais ils m'ont tout de suite mis à l'aise. Aujourd'hui, ça va mieux. C'est un super vestiaire, je me régale.
 
On imagine que la présence de plusieurs joueurs français a forcément pu vous aider...
Il y avait Wissam Ben Yedder et Ibrahim Amadou (ex-Lille). C'était plus facile. Ensuite, Maxime (Gonalons) est arrivé. Simon Kjaer (ex-Lille) parle français également... C'était facile, mais on parlait tout de même espagnol pour pouvoir s'adapter avec le coach.
 
Où en est votre espagnol ?
Ça va, je me débrouille pas mal.
 
Sur 100%, vous en êtes à combien dans votre apprentissage ?
On va dire 75%.
«Cet hiver, Il y a eu pas mal de clubs français.»
Votre faible temps de jeu, l'exigence au niveau du poids, le fait de se sentir dans un grand club, de côtoyer les joueurs de ce vestiaire : diriez-vous que vous avez engrangé énormément d'expérience durant ces six derniers mois ?
Oui, c'était un mal pour un bien. Je savais que je n'allais pas avoir une place de titulaire directement en arrivant. Qu'il fallait prouver. Mais je n'imaginais pas que ça allait durer aussi longtemps. Mentalement, il fallait rester focus, mettre tous les atouts de mon côté pour arriver sur le terrain le plus rapidement possible.
 
Cet hiver, on avait même parlé d'un retour en France pour vous...
Oui. Ce n'était pas mon souhait. Je ne me voyais vraiment pas repartir après quatre mois en sachant que je m'adaptais très bien. Je n'avais pas d'intérêt à revenir. Même si ça aurait pu se faire...
 
Vraiment ?
Oui, tout aurait pu être possible. Il y a eu pas mal de clubs français. Mais Séville n'était pas non plus très déterminé à me laisser partir.
 
Désormais, vous vous dites que vous allez pouvoir avoir de nouveau votre chance bientôt ou qu'il va falloir tout de même cravacher ?
Quoiqu'il arrive, même quand je serai sur le terrain, il va falloir cravacher. Je pense que j'ai réussi, avec du travail, à renverser la tendance. Ce qu'on pensait de moi au début, ce n'est plus ce qu'on pense de moi aujourd'hui. Mon objectif est de revenir de blessure, de profiter, de prendre les minutes qu'il y a à prendre, de continuer à bosser, et ça se passera bien. Le coach sait que ce n'est pas facile pour moi. Mais je ne suis pas le genre de joueur qui va bouder à l'entraînement. Ce n'est pas mon truc. On ne pourra jamais me le reprocher. J'aime le football, je suis passionné par ça, quand j'arrive sur le terrain, je ne peux pas faire semblant. À moi de prouver tous les jours au coach.

LA VIE À SÉVILLE ET LA RIVALITÉ AVEC LE BETIS

Comment appréciez-vous la vie à Séville ?
C'est une super ville. Ça me change de la Bretagne, que j'ai beaucoup aimé même s'il pleuvait beaucoup. Ici, j'ai tout de suite connu les grosses chaleurs.
 
C'est pas mal...
C'est pas mal ! Même si c'est très compliqué, il fait chaud tous les jours. Mais le coin et les gens sont sympas. Je m'y plais, ma famille aussi. J'ai tout pour moi.
«Je ne peux pas m'habiller en vert dans les rues.»
Jeudi, un match a dû être important pour vous : d'un côté, Rennes, votre club de toujours en France ; de l'autre, le Betis Séville, l'ennemi de votre équipe actuelle (3-3)...
J'étais à 100% pour le Stade Rennais.
 
Si vous dites le contraire, les supporters du FC Séville vont vous en vouloir assez vite...
(Il sourit.) Rennes a fait un bon match. Malheureusement, c'est vrai que le Betis a une belle équipe. Ils ont réussi à revenir au score. Au retour, ce sera compliqué. Notamment avec l'ambiance. Mais on sait jamais, j'espère qu'ils vont parvenir à se qualifier.
 
On imagine que vous avez vite compris la rivalité entre les deux clubs de Séville...
La rivalité est très forte. C'est un derby passionné. J'ai connu l'opposition entre Rennes et Nantes en France. Ici, ça n'a rien à voir. Je ne peux pas m'habiller en vert pour aller manger, boire un verre à l'extérieur ou quoi que ce soit. Il faut faire attention !

L'ÉQUIPE DE FRANCE

On a entendu beaucoup de choses à ce sujet vous concernant entre l'équipe de France ou la Côte d'Ivoire. Vous vous êtes exprimé en expliquant avoir opté pour les Bleus. Votre position a-t-elle changé ?
Non, ma position n'a pas changé, il faut être clair là-dessus. Aujourd'hui, je suis 100% pour l'équipe de France. J'ai fait mon choix, il est définitif. C'a toujours été le cas dans ma tête et dans mon coeur.
 
C'est dingue comment votre cas a pu autant faire parler...
Oui, c'était compliqué. Je suis quelqu'un de très sentimental. J'ai fait des choix. J'ai privilégié plein de choses qui n'étaient pas forcément bonnes pour moi. Aujourd'hui, que j'y sois ou que je n'y sois pas, c'est l'équipe de France.
«Le Championnat d'Europe Espoirs est un objectif.»
Y croyez-vous dans un futur proche ?
On y pense tout le temps, surtout quand tu vois tes amis y aller, ça donne envie. Il y a des échéances que ce soit avec les A ou les Espoirs. En l'occurence avec les Espoirs en fin d'année (NDLR : Le Championnat d'Europe au mois de juin, avec la France qualifiée) : j'ai très, très envie d'y aller. C'est un objectif, c'est une certitude. Si un jour on m'appelle au-dessus, ce sera autre chose.»
Timothé Crépin

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