GIMENEZ DURING THE MACTH ATLETICO DE MADRID VERSUS EIBAR AT WANDA METROPOLITANO STADIUM. SUNDAY, 1 SEPTEMBER 2019. Cordon Press (JOAQUIN CORCHERO ARCOS/CORDON//PRESSE SPORTS)
Espagne - Atlético

José Giménez, le nouveau patron de l'Atlético Madrid en défense centrale

Après le départ de l'uruguayen Diego Godin à l'Inter, son compatriote José Giménez devient la nouvelle référence de Diego Simeone à son poste. Un combattant dont la santé physique a parfois fait défaut.

Il en est de l'Atlético Madrid comme des entreprises ou des familles de longue tradition. Les hommes passent, mais leur rôle et le cadre autour d'eux restent. Un cadre instauré par Diego Simeone, son 4-4-2 structuré, son exigence en terme d'impact physique, sa garra capable de soulever des montagnes. Depuis l'arrivée de l'entraîneur argentin, fin 2012, l'Atlético a démontré sa capacité à transformer ses attaquants, les uns après les autres, en tueurs assoiffés de pressing et de ballons qui traînent, de Falcao à Griezmann en passant par Diego Costa, en attendant Joao Félix. Mais un autre poste, peut-être plus prégnant encore dans le style de jeu des Colchoneros, vit actuellement semblable mutation. Après les neuf ans de leadership de Diego Godin, le nouveau taulier s'appelle José Giménez.

La garra uruguayenne en action

«Je ne suis pas son professeur, parce que je n'ai pas à lui apprendre à jouer au football, même si j'essaie de lui donner des conseils. Je vois mon reflet en lui, en fait.» Lors d'une interview pour la FIFA en 2018, Diego Godin lui-même parvenait difficilement à pondérer une filiation qui paraît évidente aux yeux de tous. Nés à une centaine de kilomètres l'un de l'autre, à neuf ans d'intervalle, les deux Uruguayens partagent le goût de la défense, du duel, de l'abnégaton jusqu'au-boutiste sur le terrain. Le benjamin peut-être plus encore que son aîné : alors que Godin est un défenseur tactique, fort dans l'anticipation et le placement, Giménez a longtemps été un chien fou hargneux qu'il fallait maîtriser. Au point d'être parfois baladé, notamment lors de la saison 2016-17, au milieu de terrain ou comme latéral, où sa frénésie perturbait moins l'équilibre de l'équipe.

En quelque sorte, le défenseur de 24 ans est une personnification de la "garra charrua", cette philosophie de jeu décrite un jour par son compatriote Diego Forlan comme le fait de «ne plus avoir suffisamment de souffle pour respirer, mais toujours vouloir donner plus malgré tout». Une mentalité qui ne peut que plaire à Diego Simeone, qui avait débauché le joueur à dix-huit ans, au lendemain d'une finale de Coupe du monde U20 perdue face à la France de Paul Pogba. Au point d'en faire, comme attendu, le successeur désigné de Godin, en début de saison : «Le renouvellement, qui se poursuit cette saison, a commencé la saison dernière avec les départs de Fernando Torres ou Gabi, a exposé Simeone à FOX Sports. Ces derniers temps, nous nous sommes préparés avec Oblak, Saul, Koke ou Giménez pour qu'ils incarnent le changement de leadership.»

À la fois costaud et fragile

Pour autant, si les trois autres joueurs cités sont incontestables à leur poste depuis longtemps, Giménez ne bénéficie pas encore tout à fait du même statut. D'abord, parce que, fidèle à sa tendance de ne pas griller ses joueurs, Diego Simeone a mis du temps à installer le fan de Fabio Cannavaro dans son onze de départ. Stefan Savic, plus expérimenté (28 ans) et plus conventionnel dans son style, lui a parfois été préféré, comme pour la finale de Ligue des champions 2016 (1-1, défaite aux tirs au but). Surtout, parce que Giménez est un joueur fragile : pas moins de cinq absences de ce fait la saison dernière, soit environ quatre mois sur le flanc - la dernière face à Eibar, le 21 avril dernier, où le joueur a tenu bon 70 minutes malgré une fracture de l'orteil subie en début de partie.

«Les blessures m'ont fait mûrir encore plus que les matches», réagira-t-il, philosophe. Un problème récurrent qui a même fait germer la rumeur selon laquelle une de ses jambes serait plus courte que l'autre et engendrerait des problèmes moteurs récurrents - contraignant l'Atlético à démentir officiellement. Entre 2014 et la fin de saison dernière, Giménez n'a joué que 95 matches de Liga, 165 toutes compétitions confondues. Mais avec Diego Godin à ses côtés, aussi bien en club qu'en sélection, les statistiques sont éloquentes : 166 rencontres, 109 victoires, 24 nuls, 33 défaites. Et 92 matches sans concéder de but.

L'identité de l'autre défenseur encore floue

Charge à José Maria Giménez de Vargas - son nom complet - de faire désormais oublier son aîné. Les signes de confiance sont encourageants : très convoité depuis deux saisons, il a signé l'année dernière un contrat jusqu'en 2023, avec une clause libératoire fixée à 105 millions d'euros. «Dans ma tête, je n'ai jamais envisagé la possibilité de partir. J'ai toujours voulu grandir ici. Beaucoup de clubs m'ont sondé, mais je continue ici. J'ai toujours été un joueur qui essaye de tout donner sur le terrain et rendre par la sueur, l'amour que je reçois des supporters», a déclaré à AS celui qui avait déjà désigné son transfert à Madrid, cinq ans avant, comme «un rêve». Avec six matches entiers disputés sur sept (au repos à Majorque, en milieu de semaine), Giménez est l'intouchable de ce début de saison chez les Matelassiers.

Alors qui à ses côtés ? Stefan Savic, qui a joué le choc contre la Juventus (2-2) semble aujourd'hui en pole position. Mais le Monténégrin est sous la menace de deux recrues de l'été : Mario Hermoso (ex-Espanyol), qui remplace en quelque sorte Lucas Hernandez dans sa capacité à évoluer à gauche comme dans l'axe ; et Felipe (ex-FC Porto). Au vu des rotations depuis le début de la saison (quatre matches pour Savic, deux pour les deux autres), Simeone hésite encore. Une chose semble certaine, le vainqueur de ce triel sera celui qui s'adaptera le mieux au jeu de Giménez, nouveau porteur de la tunique numéro 2 du club. L'ancien maillot... de Diego Godin, évidemment.
Erwann Simon
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