(L'Equipe)
L'Afrique, c'est foot

Joyeux anniversaire, Monsieur Japhet !

L'ancien meneur de jeu du FC Nantes des années 1990 fête ce 27 février ses 54 ans. L'occasion de revenir sur une facette méconnue du joueur et de l'homme : son parcours africain.

Sauf à consulter sur les différentes plateformes existantes les extraits vidéo des plus beaux moments de la carrière de Japhet N'Doram, les moins de 30 ans ne peuvent pas vraiment imaginer ce que le Tchadien a apporté sur le plan technique dans l'antique D1. Et surtout, au Nantes de Coco Suaudeau. Au total, le natif de N'Djamena aura disputé 229 matches sous le maillot des Canaris, toutes compétitions confondues, entre l'été 1990 et le printemps 1997, pour 87 buts. Mais ces statistiques ne disent évidemment pas tout de l'influence du Tchadien sur le jeu nantais, sa fine technique, sa vision du jeu et la fluidité de ses déplacements. Aujourd'hui, alors que notre ami fête ses 54 ans et que sa descendance, représentée par son fils Kevin, qui évolue cette saison au FC Metz, défend au plus haut niveau le patronyme familial, intéressons-nous plus précisément à la «carrière» africaine de Japh'.
Après le Tchad, son pays natal, Japhet N'Doram découvre le Cameroun, où il intègre le Tonnerre de Yaoundé
Pour expliquer, en partie, cet amour immodéré pour le football, Japhet déclara au début de sa carrière en France avoir emboité le pas de son grand frère, Jonathan Beassal, qui fut international au milieu des années 1970. Et qui servit donc d'inspiration et de modèle au jeune Japh'. «Lorsqu'il allait aux entraînements, je le suivais. Je portais ses équipements. Au retour, je lavais son maillot, ses chaussures.» (Afrique Football N°34, novembre 1990). Issu d'une famille où il compte six sœurs et un frère, le futur talent stoppe sa scolarité de bonne heure. Il sera pointeur dans une entreprise sucrière. Au commencement de sa carrière fut pour lui le Tourbillon FC, un club de la capitale tchadienne. D'abord dans les rangs juniors, avant de se faire remarquer au point d'intégrer l'équipe première qui dispute la Ligue du Chari-Baguirmi. Quatre ans durant, de 1985 à 1988, N'Doram fait souffler un vent de fraicheur sur le jeu du Tourbillon FC.

Il sera champion 1987, et s'adjugera dans ce laps de temps deux Coupes nationales (1987, 1988). Pour la petite histoire, le TFC sera le seul club de Japhet au pays. À force de briller, la réputation nationale de N'Doram franchit la frontière proche du Cameroun, le pays voisin. Et c'est le Tonnerre de Yaoundé, qui accueillit dix ans plus tôt un certain Roger Milla, qui fait les yeux doux au «Sao», le surnom des joueurs du Tchad. Quand le Tonnerre vient disputer un tournoi à N'Djamena, ses dirigeants lui proposent de repartir au Cameroun avec eux. Il débarque donc dans le football camerounais un beau jour de 1989, quelques mois après le départ du club d'un certain George Weah, recruté par... Monaco. Mais qu'il aura croisé lors du tournoi qui le fit remarquer du Tonnerre.
Japhet N'Doram, ici sous les couleurs mythiques du FC Nantes. (A.Landrain/L'Equipe)
Japhet N'Doram, ici sous les couleurs mythiques du FC Nantes. (A.Landrain/L'Equipe)
Son impact est immédiat puisque le Tonnerre Kalara Club remporte la Coupe nationale aux dépens du Diamant de Yaoundé (1-0)... mais perd le Championnat pour un point, devancé par le Racing Bafoussam. Le TKC atteint également les demi-finales de la (défunte) Coupe des clubs champions, éliminé par le Raja Casablanca. N'Doram côtoie Stephen Tataw, Thomas Libiih ou encore Bertin Ebwelle, tous des cadres des Lions indomptables qui atteindront les quarts de finale de la Coupe du monde quelques mois plus tard en Italie. Au printemps 1990, N'Doram accompagne le Tchad en stage à Saint-Brévin, en Loire-Atlantique. Durant son séjour hexagonal, il tape dans l'œil de Marcel Maon, le conseiller technique régional (CTR) du coin. C'est lui qui contribuera au recrutement du Tchadien par le FC Nantes. Japhet, pour la petite histoire, signera son premier contrat en France à l'âge de 24 ans ! Il passera aussi quelques temps au centre de formation du club, en compagnie de la jeune classe nantaise.
En équipe nationale, les fameux Sao, Japhet n'aura pas eu le bonheur de vivre une compétition. La situation politique et sociale du pays se traduit par des non-inscriptions aux éliminatoires des Coupes du monde 1990, 1994 et 1998. La sélection se retire même des éliminatoires de la CAN 1994 en cours de route. Pour autant, Japhet disputera une trentaine de matches sous le maillot national, essentiellement lorsqu'il évoluait en Afrique, en particulier le tournoi de l'UDEAC. Le site Tchadinfos lui attribue «36 capes et 13 buts». Voilà. Toujours basé à Nantes et entouré de ses amis, Japhet continue de s'intéresser au football africain... et tchadien. Le sélectionneur français des Sao, Emmanuel Tregoat, aurait d'ailleurs souhaité qu'il devienne le team manager de l'équipe. En attendant, Japhet offre bénévolement son expertise et son temps à ses amis du TIC2F, un tournoi international annuel organisé au Bénin et qui rassemble des jeunes issus d'académies ou structures de formation d'Afrique de l'ouest. Avec eux, il continue de partager ce qui demeure sa passion : le football.
 
Frank Simon
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