sparwasser (jurgen) (L'Equipe)
Commémoration

Jürgen Sparwasser, l'autre numéro 14

Alors qu'on commémore les 30 ans de la chute du Mur de Berlin, FF vous propose différents contenus inédits. Quinze ans avant la chute du Mur, dans le cadre du premier tour du mondial 1974, Jürgen Sparwasser offrait une victoire symbolique à la RDA face au rival ouest-allemand, organisateur de la compétition. D'une frappe aux multiples répercussions.

Impuissant, de plus en plus bas sur le terrain à mesure que les secondes s'égrènent, Johan Cruyff ne peut que constater les dégâts. On joue la 80e minute à l'Olympiastadion de Munich et le Hollandais volant commence à intégrer l'inéluctable : comme la Hongrie de Puskas vingt ans plus tôt, son équipe ne parviendra pas à renverser la Mannschaft en finale de la Coupe du monde. Quinze jours plus tôt, un autre numéro 14 lui avait pourtant fourni le mode d'emploi pour triompher de la RFA. Même coupe de cheveux, même numéro, Jürgen Sparwasser a lui aussi marqué le mondial allemand de son empreinte. Non pas en atteignant la finale de l'épreuve ou en révolutionnant le jeu, mais en inscrivant un but face au rival ouest-allemand, lors du premier tour de la compétition. Une réalisation après laquelle le Prince d'Amsterdam aura vainement couru, 90 minutes durant, en finale.

Un but qui change tout

Mais ce que le milieu de terrain de la République démocratique d'Allemagne (RDA) ignorait au moment où il trompa Sepp Maier d'un subtil ballon piqué, c'est que son but allait profondément modifier le cours de la compétition. Au coup de sifflet final, l'Est-allemand avait «simplement» le sentiment d'avoir réalisé un exploit en faussant compagnie à Franz Beckenbauer et Berti Vogts. Et d'avoir offert une victoire symbolique à la RDA dans un match historique. D'un point de vue comptable, il venait pourtant d'envoyer voler toutes les prédictions.
En donnant la victoire à son pays, Sparwasser épargnera à Gerd Müller et ses coéquipiers de rencontrer le favori hollandais avant la finale ou de croiser le fer avec le Brésil et l'Argentine. Et pour cause ! Fort de leur victoire acquise sur le fil face au voisin, ce sont les est-allemands qui seront reversés dans la poule de la mort au second tour. Une poule dont ils ressortiront troisièmes, derrière le Brésil et... les Pays-Bas. Dans le même temps, la RFA pouvait tranquillement rallier la finale en triomphant d'adversaires plus abordables.

Sifflé en Allemagne de l'est !

Ce que le buteur d'un soir ignore également pendant que la Mannschaft s'avance vers sa seconde étoile, c'est que du statut de héros maudit, il s'apprête à passer à celui de paria. À peine rentré en RDA, il se fait siffler dans la majorité des stades du Championnat est-allemand, et ce jusqu'à la fin de sa carrière de joueur. Par jalousie, d'après le principal intéressé. En refusant, une dizaine d'années plus tard, la proposition que lui avait formulé son gouvernement de devenir l'entraîneur du FC Magdebourg, Sparwasser n'arrangera pas son cas. La rupture avec les dirigeants de sa fédération consommée, l'ancien international (15 buts en 53 capes) décide, en 1988, de profiter d'un match de gala organisé à Sarrebruck (près de la frontière lorraine) pour s'exiler de l'autre côté du «rideau de fer». Et s'y installer définitivement avec femme et enfants, à quelques encablures de Francfort. L'Allemagne de l'Ouest lui devait bien l'asile.
Thymoté Pinon
Réagissez à cet article
500 caractères max
ADS :