(L'Equipe)

Karl-Heinz Rummenigge (Allemagne), nouvel épisode de nos 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde

24 mai-14 juin : dans exactement 21 jours, débutera le Mondial 2018 en Russie. Jusqu'au coup d'envoi, FF vous livre, par ordre alphabétique, sa liste des 100 joueurs qui ont marqué l'historie de la Coupe du monde. Quatre-vingtième épisode avec Karl-Heinz Rummenigge.

Son histoire avec la Coupe du monde

L'histoire de Karl-Heinz Rummenigge avec la Coupe du monde a sûrement un goût d'inachevé. Moins de deux ans après sa première sélection avec l'Allemagne, il fait partie des joueurs convoqués par Helmut Schön pour participer au Mondial 1978, en Argentine. S'il débute la première rencontre face à la Pologne (0-0) sur le banc, il s'illustre dans la deuxième en inscrivant un doublé lors du succès contre le Mexique (6-0). Rummenigge gagne sa place de titulaire et la conservera jusqu'à la fin de la compétition. L'Allemagne sort de la première phase de poules mais pas de la seconde. Elle est battue par l'Autriche (2-3) dans le dernier match, malgré un nouveau but de Rummenigge. En 1982, c’est une tout autre histoire. "Kalle" a gagné en expérience : il vient de remporter le dernier Euro, ainsi que les deux derniers Ballons d’Or France Football (1980 et 1981). Et il commence idéalement cette Coupe du monde en Espagne avec un but dès le premier match - l’Allemagne s’incline face à l’Algérie (1-2) - et surtout un triplé quatre jours plus tard contre le Chili (4-1). A vingt-six ans, ce fin dribbleur guide la sélection allemande, qui passe les deux phases de poules et arrive dans le dernier carré. Au programme : un match mythique contre l’équipe de France (voir ci-dessous).

Seulement, Rummenigge est diminué par une blessure et démarre la rencontre sur le banc. Quelques minutes après son entrée en jeu durant la prolongation, il marque et redonne espoir à l’Allemagne qui se qualifie en remportant la séance de tirs aux buts (3-3, 5 t.a.b. 4). Il porte le brassard de capitaine pour la finale - avant de sortir à la 70e minute - et ne peut rien faire pour empêcher le sacre de l’Italie (1-3). Il termine deuxième au classement des buteurs (5), derrière Paolo Rossi (6). Quatre ans plus tard, il fait toujours partie de l’aventure au Mexique, sous les ordres de Franz Beckenbauer. Il démarre remplaçant lors des trois matches d’une poule de laquelle l’Allemagne sort difficilement (1 victoire, 1 nul, 1 défaite). Il retrouve sa place de titulaire à partir du huitième de finale face au Maroc (1-0) et joue une heure lors des deux tours suivants. La Nationalmannschaft est de retour en finale et connaît un nouveau revers, contre l’Argentine (2-3), cette fois, malgré le premier but de Rummenigge dans cette édition, sur un service de Rudi Völler. «Je n’étais pas à mon meilleur niveau. Je savais que ce serait ma dernière Coupe du monde et je voulais absolument jouer. Je crois que je n’ai jamais été aussi mauvais ! Je n’ai réussi que deux matches dignes de ce nom, contre le Maroc et l’Argentine», déplorait-il récemment sur le site de la FIFA.

Le moment marquant

Si cette soirée du 8 juillet 1982 est aujourd’hui un souvenir douloureux pour la France, c’est en partie à cause de Karl-Heinz Rummenigge. Bien sûr, cette rencontre est surtout marquée par le vilain geste d’Harald Schumacher sur Patrick Battiston, mais sur le terrain, c’est aussi "Kalle" qui change tout. Il passe une grande partie du match sur le banc, diminué par une blessure, avant d’entrer en jeu à la 97e minute, durant la prolongation. Dans la foulée, Alain Giresse fait le break pour les Bleus qui se dirigent vers la finale (3-1, 98e). Mais le coaching de Jupp Derwall est finalement gagnant. Rummenigge vient de remplacer Hans-Peter Briegel, un joueur à vocation défensive, et déstabilise la France qui recule dans son propre camp. Le double Ballon d’Or remonte tout le terrain pour lancer un contre, sert Littbarski et se retrouve à la conclusion pour redonner espoir aux siens (2-3, 102e). Les Allemands affichent un nouveau visage, ils sont comme galvanisés par le retour sur le terrain de leur maître à jouer et vont arracher l’égalisation. «Il guide une équipe presque désespérée, battue, avec le leitmotiv de la résurrection», écrit le journaliste Wolfgang Niersbach après la rencontre. Sans surprise, Rummenigge ne tremble pas pour transformer son tir au but et l’Allemagne se qualifie pour la finale.

Le chiffre : 9

Soit le nombre de buts marqués par Rummenigge en trois éditions de la Coupe du monde. Il réalise sa meilleure performance en 1982 avec cinq réalisations au compteur.

L'archive de FF

Deux jours après la finale perdue contre l’Italie (1-3) et le match raté de Karl-Heinz Rummenigge, FF revenait sur la détresse de "Kalle", dans son édition du 13 juillet 1982. «Rummenigge a grogné, Hansi, le bel Hansi Muller est rentré. Cela n'a rien changé. Rummenigge n'est pas sûr de connaître un jour le bonheur de Breitner, son confrère du Bayern. A vingt-six ans, il ne jouera peut-être plus de finale de Coupe du monde. Dommage, une victoire suprême aurait bien fait dans son palmarès. Le plus ennuyeux pour le Bavarois, c'est qu'il n'a pas pu se battre comme il le voulait. Depuis un mois, c'est un homme diminué qui traverse le Mundial (…) Jeudi dernier, à Séville, les Français espéraient bien ne pas le rencontrer. Il aura fallu que l'Allemagne soit dans les cordes, un genou à terre, pour que Derwall se décide à le lancer dans la bataille. Les Bleus y ont perdu une victoire et Karl-Heinz gagné une auréole. Celle du sauveur. Tout le monde était d'accord en Andalousie à ce moment-là (…) Simplement, l'Allemand rageait d'avoir failli. De ne pas avoir emmené son équipe jusqu'au bout du chemin. Le vaillant capitaine laissait alors percer sa détresse. Quand, à la fin de la rencontre, il monta à la loge officielle, le perdant resta digne. De toute manière, il ne sait pas ce qu'est la médiocrité.»

Clément Gavard