(D.R)
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Kembo-Ekoko : «Je reviendrai en France»

Aujourd'hui à Dubaï, Jirès Kembo-Ekoko a accepté d'évoquer sa carrière loin de la France, pays qu'il a quitté à 24 ans en 2012. S'il ne cache pas l'aspect financier de ce choix, il estime n'avoir pas été reconnu à sa juste valeur. Et promet qu'il sera de retour un jour dans l'Hexagone.

«Jirès, voilà quatre ans que vous avez quitté la France, comment se passe votre aventure dans le Golfe ?
Je suis en bonne santé, je vis ici avec ma femme. Tout va bien !

Vous avez changé de club cette saison en quittant Al Ain pour Al Nasr...
Oui, j'ai eu cette opportunité. C'est une très bonne équipe avec un entraîneur européen (NDLR : Ivan Jovanovic). Aujourd'hui, on joue clairement le titre, c'est très serré.
 
Vous êtes à neuf points du leader, ça s'annonce dur...
On a joué tous les gros matches, au contraire de nos adversaires. On va voir comment ils vont s'en sortir.
 

«En arrivant avec la mentalité européenne, on a besoin de temps pour comprendre leur fonctionnement»

Etes-vous épanoui dans votre carrière, loin de l'Europe ? 
Honnêtement oui. Ca fait quatre ans que je suis ici, même si je suis entre-temps allé un an au Qatar, j'ai assisté à l'évolution de ce Championnat. Le niveau augmente. On le voit avec tous les jeunes qui viennent d'un peu partout et de plus en plus tôt comme moi je l'ai fait.
 
Comment a évolué ce Championnat ?
C'est très structuré. Les clubs arrivent à faire venir de nombreux joueurs étrangers. Les locaux progressent énormément à nos côtés. Les coaches et les équipes sont de plus en plus exigeants. Je me rappelle de ma première année ici, il y avait un bon niveau mais ce n'était pas du tout pareil qu'aujourd'hui.

Y a-t-il des choses qui vous ont étonné ?
C'est différent de l'Europe, clairement. Quand on arrive avec la mentalité européenne, on a besoin d'un peu de temps pour comprendre leur fonctionnement. En France, il y a toujours un ou deux joueurs qui arrivent en retard à l'entraînement. Au départ, quand j'ai signé ici, le retard était quelque chose de normal en quelque sorte pour eux. Ce sont des détails, mais, par exemple, quand j'étais à Rennes avec le coach Antonetti, lorsqu'on mangeait, les téléphones n'étaient pas tolérés. Ici, c'est normal. Ce sont des petits trucs mais ça surprend au début. Je me suis adapté, c'était intéressant de connaître une autre culture.
 

«Par moment, oui, l'Europe me manque»

Ca vous motive à rester donc.
J'aime le foot, quand je suis sur un terrain, je ne pense qu'à ça, je suis un compétiteur, j'ai envie de marquer des buts. Donc forcément, je prends du plaisir surtout qu'on a une bonne équipe et que j'arrive à être décisif (NDLR : quatre buts en dix matches de Championnat cette saison). De plus, les gens adorent le football ici. Même s'ils ne viennent pas toujours au stade, au restaurant, dans les magasins, ils veulent prendre des photos avec nous, ils vous reconnaissent. Et cette année, j'ai eu la chance de retrouver Jonathan Pitroipa, mon ancien coéquipier avec qui j'avais joué du côté de Rennes. C'est tant mieux, on est souvent ensemble. Dans notre équipe, il y a aussi Nilmar qui a évolué à Lyon par le passé.
A quoi ressemble votre vie là-bas ?
J'ai toujours été un casanier. J'ai souvent de la famille qui vient me rendre visite, ça me permet de couper un peu. Sinon, Moussa Sow, qui est l'un de mes meilleurs amis que j'ai connu à Rennes, s'est installé ici il y a peu (NDLR : dans le club d'Al Ahli). On est voisins donc ça permet de se retrouver.
 
La France vous manque-t-elle ?
Ca serait mentir de répondre non. Par moment, oui, l'Europe me manque. Parfois j'aurais envie de regoûter à ce que j'ai vécu auparavant. Mais aujourd'hui, j'ai des objectifs ici, je veux gagner le Championnat.

«Il y a eu des rapprochements avec Nantes et Nice cet hiver»

Y a-t-il déjà eu des opportunités pour que vous reveniez en France ?
A chaque mercato, il y en a pas mal. Ca me surprend toujours car après autant d'années, il y a des clubs qui me suivent encore. Même lors de ce mercato d'hiver, j'ai eu des propositions. Maintenant, je viens de signer à Al Nasr. Ils comptent sur moi, ils ont beaucoup œuvré pour m'avoir. Mon ambition d'aujourd'hui est de remporter le titre, ensuite, on verra. Je ne me prends pas la tête.
 
Qui a essayé de vous recruter cet hiver ?
Il y a eu des rapprochements avec Nantes et Nice. J'ai également eu des contacts en Turquie.
 
La Ligue 1 ne vous a pas oublié...
Oui et c'est assez sympa à observer. Ca m'a même fait marrer cette année au regard de la réputation qu'ont ces Championnats lointain, ça fait plaisir de voir qu'on ne nous oublie pas.
 
Avez-vous regardé les offres de ces clubs ? 
Je n'ai pas tout de suite dit non. Mais bon, j'ai signé un nouveau contrat il y a six mois. Bien sûr, c'est toujours plaisant, la Ligue 1 et la France, ça reste chez moi. Mais ça ne m'a pas perturbé.

«L'aspect financier a joué un grand rôle dans ce choix»

Pensez-vous que vous avez encore autant de contacts car vous avez laissé un bon souvenir en France ?
Oui, je pense. Surtout lors de ma dernière année où ma saison a été assez complète (NDLR : dix buts en 2011/12).
 
Et c'était justement presque frustrant de vous voir partir aussi vite, aussi loin, aussi tôt...
A partir du moment où j'avais pris cette décision, j'ai foncé. Je suis comme ça, je n'aime pas avoir de regrets. J'ai échangé avec pas mal de personnes depuis ce départ, et je peux comprendre les gens qui étaient frustrés de me voir partir. Maintenant, c'est clair que l'aspect financier a joué un grand rôle dans ce choix. C'était un moyen d'assurer mon avenir assez rapidement. Je joue au foot, c'est ce que je veux, peu importe l'endroit. Et encore une fois, ce Championnat devient de plus en plus intéressant. Je ne regrette pas.
 
On aurait peut-être aussi pas cru que vous seriez resté aussi longtemps là-bas...
Mais je n'ai que 28 ans ! Je suis bien entouré pour rester en forme et garder des ambitions. Je sais que je reviendrai en France. Quand ? Je ne sais pas encore. J'ai un préparateur physique qui me fait travailler pour pouvoir garder un bon rythme. C'est ce qui me fait dire que lorsque je reviendrai, je serai prêt.

«L'équipe de France faisait partie de mes objectifs»

Y avait-il une raison autre que l'aspect financier qui vous a poussé à partir ?
Lors de mes deux dernières années, je trouvais qu'il était très difficile d'être ne serait-ce que présélectionné en équipe de France. Je voyais que malgré mes performances, je n'avais même pas de présélection.
Kembo-Ekoko sous le maillot bleu... En Espoirs seulement. (L'Equipe)
Kembo-Ekoko sous le maillot bleu... En Espoirs seulement. (L'Equipe)
Vous ne vous sentiez pas reconnu à votre juste valeur ?
Un petit peu. L'année où je pars, je fais une très bonne saison. A cette époque, il y avait de très bons joueurs, mais l'équipe de France faisait partie de mes objectifs, et ne pas l'atteindre ne m'a pas dégoûté, mais j'avais une petite rancœur.
 
Du coup vous avez sacrifié ça...
J'ai eu l'opportunité de venir ici, je l'ai saisie. Et depuis j'ai gagné des titres, j'ai joué la Ligue des champions asiatique : des sentiments que d'autres joueurs ne connaîtront jamais.

«La Ligue 1 reste d'un très bon niveau»

Avez-vous un plan de carrière ?
Non, je sais qu'aujourd'hui je veux remporter le titre. L'année prochaine, s'il y a des opportunités comme il y en a eu l'été dernier ou cet hiver, je les étudierai. J'ai 28 ans, j'ai encore de belles années devant moi. Je continue à travailler parce que contrairement à ce qu'on pense, dans ces pays, on ne vient pas en touriste.
 
Regardez-vous la Ligue 1 ?
Je ne fais que ça. Mon petit frère (NDLR : Kylian Mbappe) a intégré l'équipe professionnelle de Monaco récemment. Et comme j'ai passé quelques années en Ligue 1, je n'hésite pas à regarder des matches. Je suis branché, je vois que ce championnat est très critiqué. Le niveau est différent d'il y a quatre ans, il est moins élevé, mais ça reste très bon quand même.»
Timothé Crépin 
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