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mayer (kevin) - (fra) - (P.Lahalle/L'Equipe)
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Kevin Mayer sur Kylian Mbappé : «Un duel sur 100m, c'est un défi que je lui lance !»

Jeunes talents expérimentent problématiques similaires. Dans le cadre d'un dossier consacré à Kylian Mbappé, c'est de ce constat-là que FF est parti pour interroger une nouvelle génération de sportifs au sujet du champion du monde. Premier épisode avec Kevin Mayer, recordman du monde du décathlon.

Lorsqu'on a demandé à ses conseillers si cela pouvait intéresser Kevin Mayer d'évoquer le cas de Kylian Mbappé avec nous et de décrypter la technique de course de l'attaquant parisien, l'enthousiasme était de mise. Même son de cloche une fois le téléphone montpelliérain décroché, en plein confinement : «J'ai tout mon temps, on y va !» Une grosse trentaine de minutes de discussion ponctuées de «Je rentre peut-être trop dans les détails ?» et de «Vous me suivez toujours ?» plus tard, le résultat vaut le détour. Parce que le recordman du monde du décathlon parle comme il performe : avec passion.

- Kylian Mbappé, secrets d'athlète
«On imagine que tu suis la carrière de Kylian Mbappé. Il t'impressionne ?
Il m'interpelle. Il a quelque chose de différent au niveau de la foulée. D'un point de vue athlétique, il possédait, dès ses débuts, des qualités que les autres n'ont pas. En athlé, on est tout le temps aux aguets sur ce genre de profil. On peut regarder tous les sports sans être trop dépaysé car les gestes, c'est un peu le B.A.BA de chaque sport. On observe, on compare. On parle également beaucoup de LeBron James. On aime se demander ce que ces champions donneraient sur une piste ou dans un sautoir.

Est-ce que tu dirais que Mbappé possède un profil d'athlète ?
Il court un peu mieux que les autres, c'est sûr. Après, je n'irais pas jusqu'à dire que sa technique de course est parfaite car il est encore loin de ce que peut faire un vrai sprinteur (rires). Mais c'est quand même un sacré don, quand tu ne travailles pas ta foulée, de courir aussi bien. Ce qui m'impressionne, c'est quand il pose une accélération et la différence qu'il crée. Parfois, ça me donne envie de jouer au foot pour poser des accélérations comme ça au milieu de gens moins bons que moi (rires). Ça doit vraiment être plaisant pour lui de disposer d'autant de marge.

Cela relève de l'inné ou du travail ?
Inné, non. J'ai envie de dire qu'il a dû courir plus que les autres pour développer ça. Ça se voit qu'il a travaillé cette vitesse depuis petit, qu'il court d'une certaine manière depuis des années. Ce qui est certain, c'est que sa souplesse de hanche lui permet d'avoir de plus grosses foulées que les autres.
«Personnellement, j'ai choisi d'en chier au 1500m...»
Il devra travailler certains points faibles sans oublier, bien sûr, des points forts. Comment peut-il s'y prendre ?
Il faut faire des choix ! Je pars du principe qu'il y a deux moyens de s'exprimer : sur la résistance et sur l'explosivité. L'explosivité, c'est le sprint mais c'est aussi et surtout ce que tu utilises dans toutes les épreuves. Il n'y a que le 1500m, chez nous, qui est une épreuve de résistance. Et là, il y a un souci. Car, quand tu travailles l'explosivité, tu perds en résistance et inversement. Je pense que c'est pour ça que les footballeurs ne travaillent pas la puissance à l'excès car sinon ils ne pourraient jamais tenir tout un match. Personnellement, j'ai choisi d'en chier au 1500m pour pouvoir être bon dans les neuf autres épreuves (rires).

Comment trouver le bon dosage entre renforcement musculaire et poids permettant d'aller toujours plus vite ?
La puissance et la force sont deux choses qui peuvent se travailler indépendamment l'une de l'autre. L'idée, c'est de trouver le bon ratio. La puissance, c'est la capacité de rebondir, d'être relâché puis contracté très rapidement. La force, c'est ta capacité de contraction maximale. On va dire qu'il y a un rapport entre les deux qui peut permettre d'être le plus fort possible et qu'il faut trouver. Personnellement, je fais des tests d'impulsion pour savoir si je suis devenu plus fort ou plus puissant et je m'ajuste par rapport à ça. Ensuite, je dirais qu'il faut surtout s'ajuster en fonction du sport que l'on pratique. Les sprinteurs, par exemple, n'ont pas besoin de la même force qu'un décathlonien qui va avoir besoin de ce que l'on appelle la force pour l'épreuve du poids. Et inversement.

Qu'est ce qu'il faut pour courir vite ?
Pour en revenir au sprint, je crois qu'avant de vouloir être fort et puissant, il vous faut travailler la souplesse. Plus tu seras souple, plus ta capacité à contracter ton fessier ne sera pas gênée par le fléchisseur de la hanche. Pour moi, il faut avant tout travailler l'amplitude et tu la travailles en devenant de plus en plus souple. L'amplitude va te permettre d'avoir des foulées de plus en plus longues et après, tu peux rajouter de la force. La force qui te permettra, sur cette amplitude, de pousser très fort. Ensuite, tu rajoutes de la puissance et c'est ça qui te permettra d'ajouter de la vitesse de gestuelle. Voilà.

On en revient à des questions d'équilibre...
Honnêtement, l'équilibre n'est pas si difficile à trouver que cela car tu peux réaliser des tests assez rapidement et voir si tu es plus fort ou plus puissant. Ce qui est dur, c'est de trouver les exercices pour faire évoluer les choses. Et des exos qui ne vont pas te blesser, surtout. Mais oui, il faut également trouver des exercices qui ne vont pas te faire perdre en amplitude, tu as raison...
Kevin Mayer, ici sur 100m. (A.Mounic/L'Equipe)
Kevin Mayer, ici sur 100m. (A.Mounic/L'Equipe)
Il n'y a pas plus adepte de l'interdisciplinarité que toi en France. Le partage de connaissances, cela peut être une des clés pour s'améliorer ?
Je pense que l'être humain a construit quelque chose d'énorme pendant des milliers d'années. Chaque petite connaissance s'ajoutant à une autre petite connaissance, je trouve que ce serait dommage de n'utiliser que ce que l'on découvre par nous-même pour progresser. Je sais que je suis décathlonien et que je ne peux pas être aussi spécialiste que les vrais spécialistes. Mais, dès que je peux, je vais voir un gars et j'essaye de puiser des choses chez lui. L'idée, c'est d'emprunter des raccourcis pour progresser. Il y a parfois un côté un peu malsain dans le sport. Certains sports sont trop (il cherche ses mots)... concurrentiels pour que les gens partagent des choses. Il y a ces petites choses qui font que certains ont parfois du mal à partager ou à échanger des savoirs. Dans l'athlétisme comme dans d'autres sports. Mais quand tu fais du sport pour les bonnes raisons, pour t'éclater et que tu ne regardes pas que l'aspect compétition, le partage ne pose aucun problème, au contraire. C'est comme ça que je conçois les choses. Cela vaut aussi pour mes plus grands adversaires. Ma philosophie, c'est d'utiliser l'adversité pour devenir plus fort et pas l'inverse.

Si Kylian te sollicite pour s'améliorer, tu l'accueilleras sur la piste ?
Carrément ! Il faudrait d'ailleurs que l'on règle un truc... Tous les fans de foot passent leur temps à faire sans cesse des comparaisons. Il faudrait que l'on essaye, non ? Avant de défier les sprinteurs, il faudrait d'abord qu'un footballeur tente de battre un décathlonien. Un duel sur 100m, c'est clairement un défi que je lui lance, là ! (rires)

Tu es certain de gagner ?
Il faudrait essayer... Je ne dis pas forcément que Kylian ne va pas me battre ! Je dis qu'il ne battra jamais les vrais sprinteurs. Je pense qu'il en est loin. Après, s'il me prouve le contraire, tant mieux... (rires)»

Thymoté Pinon , avec Antoine Bourlon

L'intégralité du dossier consacré à Kylian Mbappé est à retrouver dans le nouveau numéro de France Football. À retrouver lundi en version numérique à partir de 18h en cliquant ici, ou mardi en kiosques.

- Le sommaire complet du nouveau numéro
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JimB 14 juil. à 23:24

J'ajouterai Salah. Ils sont comme coureur, pas comme footballeur

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