Soccer Football - Bundesliga - FC Augsburg v VfL Wolfsburg - WWK Arena, Augsburg, Germany - May 16, 2020 Wolfsburg's Kevin Mbabu and assistant referee Dominik Schaal touch feet after the match, as play resumes behind closed doors following the outbreak of the coronavirus disease (COVID-19) Tobias Hase/Pool via REUTERS  DFL regulations prohibit any use of photographs as image sequences and/or quasi-video (Reuters)
Allemagne - Wolfsburg

Kevin Mbabu, défenseur de Wolfsburg : «À mon arrivée en Allemagne, j'ai pris une grosse claque»

Arrivé l'été dernier en Bundesliga, le latéral droit suisse Kevin Mbabu, «bête physique» de Wolfsburg, revient sur le «nouveau football». Et évoque aussi son parcours cabossé, entre blessures, fierté et prise en main.

Huit semaines de trêve, c'est long. Comment les avez-vous occupées ?
J'ai profité de ces huit semaines pour travailler les points où je sentais que je pouvais m'améliorer, comme par exemple l'explosivité. Il me manquait quelque chose, je n'étais pas aussi bien que la saison passée, donc j'ai fait un travail spécifique. Et évidemment ma première touche de balle que j'essaye d'améliorer régulièrement. Collectivement, on a fait un très gros travail physique, on a vraiment souffert. Mais je me suis bien senti, et l'équipe aussi. Ceci dit, je ne pense pas être à 100% physiquement encore. C'est presque impossible après cette pause.

Justement, avec les consignes sanitaires, comment étaient organisés ces entraînements ?
Sur le terrain tout a repris normalement depuis deux semaines. On était en petits groupes de quatre, et chaque groupe venait à une heure différente pour ne pas qu'on se croise. Au début c'était difficile puisqu'il n'y avait pas beaucoup de ballons, mais on compensait ça avec beaucoup de courses. Dans les vestiaires aussi, on est séparé en groupe de quatre joueurs. D'ailleurs, on ne se change plus au stade, mais au centre d'entraînement.

Il y avait aussi des consignes sur le terrain, comme pour les célébrations. Pas facile quand vous faites la passe de la victoire dans le temps additionnel ?
Ma première réaction était d'aller sauter sur Gini (Daniel Ginczek, ndlr) qui a marqué, mais il m'a dit de ne pas trop m'approcher (rires). On nous a dit dans la semaine d'essayer de trouver des célébrations originales parce qu'on ne pourra pas se sauter dessus. Sur le terrain, on n'a pas reçu d'autres consignes particulières.
Kevin Mbabu célèbre le but de la victoire de Wolfsburg face à Augsbourg, le week-end dernier, avec Daniel Ginczek. (Reuters)
Kevin Mbabu célèbre le but de la victoire de Wolfsburg face à Augsbourg, le week-end dernier, avec Daniel Ginczek. (Reuters)
«C'est bizarre quand on rentre sur le terrain, ça résonne beaucoup»
Avant ce match, avez-vous été testé au coronavirus ?
On a eu un test la veille du match entre 6h et 7h du matin. On a fait ça aussi tôt parce que le laboratoire est assez loin de Wolfsburg et que tous les tests doivent être négatifs avant d'autoriser l'équipe à voyager.

Le huis clos, comment l'avez-vous vécu ?
C'est bizarre quand on rentre sur le terrain, ça résonne beaucoup. Il n'y a pas de chants, pas d'applaudissements. Mais après quelques minutes, on est dans son match, concentré à faire son travail, et on ne fait plus vraiment trop attention.
«Le football va vivre, votre business est malade», banderole des fans d'Augsbourg dans leur stade vide contre Wolfsburg.
«Je ne pense pas qu'on ait énormément à envier à Dortmund ou Leverkusen»
Avec le recul, ce retour anticipé de la Bundesliga est-il un vrai succès ?
La Ligue a tout calculé pour que ça soit parfait. Evidemment, le risque zéro n'existe pas, mais ils ont fait un travail énorme pour que tout se passe bien. C'est un vrai succès, et j'espère que les autres Championnats vont essayer de s'en inspirer, de collaborer avec notre fédération pour reprendre. Tout le monde veut revoir du football à la télévision.

Vous allez affronter Dortmund et Leverkusen. Sont-ils un cran au-dessus de Wolfsburg ?
Je dirais qu'ils ont des effectifs un peu plus garnis. Si on n'avait pas perdu quelques points bêtement, on ne serait pas loin d'eux. Et c'est ce qu'on va essayer de montrer dans ces cinq semaines, de les rattraper. Je ne pense pas qu'on ait énormément à leur envier. On était sur une très bonne dynamique avant le coronavirus, et on doit réussir à la garder.

Aujourd'hui vous êtes titulaire indiscutable, mais à votre arrivée, c'était plus compliqué...
Au début on jouait en 3-4-3, et c'est vrai que j'ai mis un peu de temps à avoir des minutes. C'était ma première préparation en Allemagne, et j'ai eu du mal au début. J'ai pris une grosse claque parce que je ne m'attendais pas du tout à ça. C'était intensif, et je n'étais pas habitué à enchainer les efforts comme ça tous les jours. J'ai galéré les quatre premières semaines. Ensuite j'ai pris un peu de retard par rapport aux autres donc j'ai dû continuer à travailler pour que ma chance arrive.

Pendant cette période, vous avez joué piston droit. C'est différent de latéral ?
Non. Il y a beaucoup de travail défensif parce qu'on doit couvrir tout le couloir presque seul. Physiquement il faut avoir un gros volume de jeu. Mais c'est vraiment un poste que j'apprécie, parce que j'ai tout le côté pour moi. Je peux cavaler et faire les deux jobs, offensif et défensif. Ce qui est peut-être plus avantageux dans une défense à quatre, c'est quand ton ailier vient fixer, tu peux faire des passages dans le dos en pleine course.
«À Newcastle, je n'avais pas réalisé qu'il y avait encore énormément de travail pour être un joueur de l'équipe première»
Vous avez toujours occupé ce poste ?
Quand j'étais tout jeune, j'étais plutôt ailier, milieu offensif. Et du jour au lendemain, mon coach m'a mis défenseur. Je n'ai pas du tout apprécié, mais j'ai fait un bon match et après je n'ai plus bougé de la défense. Je n'ai plus boudé, mais ça m'a pris quand même un peu de temps (rires).

Vous disiez avoir pris une claque en arrivant à Wolfsburg. Il y a un fossé avec les Young Boys de Berne ?
Il y a vraiment une très grosse différence au niveau de l'intensité. En six jours on s'est entrainé peut-être huit fois. Je n'arrivais pas à récupérer assez vite pour l'entraînement suivant, même si je ne faisais que dormir (rires). Tous les joueurs qui arrivent dans le Big Five ont besoin d'un temps d'adaptation physique. Même pour moi que tout le monde appelle une bête, une machine. Aujourd'hui je ne le sens plus, mais j'ai vraiment galéré au début.

Voir : la fiche de Kévin Mbabu

Vous avez souvent eu des blessures, mais plus aujourd'hui. Pourquoi ?
Je ne sais pas si mon corps était prêt pour autant d'intensité aussi tôt dans ma carrière. J'avais beaucoup de déséquilibre musculaire. Je compensais beaucoup et j'ai eu une pubalgie pendant presque deux ans, accompagnée de beaucoup de blessures musculaires. Quand je suis rentré en Suisse, j'ai commencé à travailler avec un préparateur physique basé à Toulouse. On a changé toute ma nutrition, et travaillé sur beaucoup de points physiques. Il m'a aidé à sortir de ce cercle vicieux de blessures et depuis que je travaille avec lui, je touche du bois, je n'ai eu qu'une petite blessure musculaire.

Parlons de votre parcours. Vous êtes arrivé très jeune à Newcastle. C'était dur ?
Quand on arrive à 17 ans dans un club anglais mythique, on a des étoiles dans les yeux. Je vois Ben Arfa, Cabaye, Sissoko, je suis comme un gosse. Ce que je n'avais pas réalisé, c'est qu'il y avait encore énormément de travail pour être un joueur de l'équipe première. Je me rappelle que j'avais un super premier match contre Chelsea. Je me suis dit : «Wouah j'ai enfin réussi, maintenant ça va aller». Une semaine après, je joue contre Manchester City et je me blesse. J'ai dit : «Mais qu'est-ce qui m'arrive, pourquoi moi ?». Mon corps n'était pas prêt à enchaîner autant d'intensité. J'ai pris du temps à être une bête physique comme aujourd'hui. Il y a vraiment un gros travail de fond.

«À MU, Pogba s'était un peu occupé de moi»

Alors vous êtes prêté aux Glasgow Rangers, où vous ne jouez pas. Pourquoi ?
On est arrivé à quatre joueurs là-bas. Le coach qui nous a ramenés a démissionné pour des raisons familiales deux semaines plus tard. Un nouvel entraîneur est arrivé avec ses idées, et je n'ai même pas fait un match sur le banc. Mais j'ai pu enchaîner beaucoup de matches avec la réserve, ça faisait longtemps. Je suis quand même parti de là-bas avec du positif.

Avant cela, vous avez failli rejoindre un autre club...
J'avais fait un essai à Manchester United à 15 ans, et je me rappelle que j'avais rencontré Paul Pogba. C'était un des seuls à parler français donc il s'était un peu occupé de moi. Quand on s'est retrouvé lors d'un match de Ligue des champions (Young Boys - Manchester United, en septembre 2018, NDLR), je lui ai demandé s'il m'avait reconnu, il m'a dit : «Tu me dis quelque chose». Après je lui ai expliqué et on a pu échanger, d'autant plus qu'on a fini au test anti-dopage ensemble après le match.
Pour rebondir, vous avez décidé de revenir en Suisse. C'était un choix compliqué ?
Au début je n'étais pas trop pour revenir. Il y avait cette fierté de ne pas rentrer en Suisse et qu'on dise que j'ai échoué en Angleterre. Mais j'ai été bien conseillé, et c'est le meilleur choix que j'ai pu faire, parce que ç'a relancé ma carrière. J'ai réussi à avoir deux titres, rentrer en équipe nationale, jouer la Ligue des champions et être élu joueur de l'année. Avec les Young Boys, j'ai marché sur l'eau. On était une grande famille. Je n'avais jamais vu un tel esprit d'équipe auparavant. Par exemple, Guillaume Hoarau apportait toujours sa bonne humeur avec sa musique et ses petites blagues. Il ne m'a pas lâché pendant mes trois ans là-bas (rires).

Vous jouez avec la Nati. N'avez-vous pas l'impression que c'est une équipe sous-estimée ?
Tout à fait ! Souvent par les Français, parce qu'on nous appelle «les petits suisses» (rires). Depuis quelques années, la Suisse a sorti de très bons joueurs avec Xhaka, Shaqiri, Akanji et d'autres dans de très grands clubs. On n'a pas vraiment le statut qu'on mérite d'avoir aux yeux de tout le monde, mais on essaye de montrer qu'on a un très bon niveau. La Suisse a une très belle génération. Plusieurs jouent en Bundesliga. Maintenant, tous les regards sont sur nous, et c'est super de se faire connaître aux yeux du monde.
Émile Gillet 
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