evra (patrice) (LAHALLE/L'Equipe)
KNYSNA, IL Y A DIX ANS

Knysna 2010 : De la liste des 23 de Raymond Domenech aux sanctions, retrouvez la chronologie dramatique des événements de la Coupe du monde 2010

11 mai - 17 août : alors que cela fait pile dix ans que l'équipe de France s'est mise en grève à Knysna en pleine Coupe du monde, FF vous raconte l'avant, le pendant et l'après-Mondial. Entre sorties fracassantes, règlements de comptes et honte mondiale.

11 mai
Au journal de 20 heures de TF1, alors qu'il avait annoncé qu'une liste de 23 noms verrait le jour d'emblée, Raymond Domenech en dévoile 30 pour la prochaine Coupe du monde. En changeant d'avis seulement 24 heures avant l'officialisation. Avec donc 7 joueurs qui devront être recalés d'ici la fin du mois. Parmi ces 30 ne figurent pas Patrick Vieira, dont la carrière internationale se termine brutalement, ni Karim Benzema, ni Samir Nasri.
 
15 mai
Avant tout le monde, et alors qu'il n'a plus joué depuis le 31 mars pour une blessure à un mollet, William Gallas se rend à Tignes, théâtre du premier stage de préparation, pour suivre un programme spécifique. Sous la neige, avec 2 degrés dehors, et aux côtés de Robert Duverne, préparateur physique de l'équipe de France. Objectif : donner des éléments de réponse à Raymond Domenech sur sa capacité à tenir sa place, ou pas, en Afrique du Sud.
 
16 mai
Au lendemain de la dernière journée de Ligue 1, Laurent Blanc, entraîneur des Girondins de Bordeaux, annonce à ses joueurs qu'il part, direction le poste de sélectionneur de l'équipe de France, après la Coupe du monde. De son côté, Florent Malouda est plein d'ambition : «On ne va pas aller à la Coupe du monde la tête basse ou avec la honte de s'être qualifiés à la suite d'une main (NDLR : Signée Thierry Henry face à l'Eire en barrage ; 1-1 a.p.). Il faut y aller pour gagner.»
 
17 mai
De 30 à 24. Avec l'incertitude entourant William Gallas, Raymond Domenech ramène sa liste de départ à 24. Exit Mickaël Landreau, Rod Fanni, Adil Rami, Hatem Ben Arfa, Yann Mvila et Jimmy Briand. «La sélection ne s'est pas jouée sur le terrain», déplore par exemple Mickaël Landreau, à L'Equipe, lui qui avait déjà été recalé en 2008. Qui sera le dernier exclu si William Gallas tient sa place ? Sébastien Squillaci ou Marc Planus.
«La France va vraiment en Afrique du Sud pour gagner la Coupe du monde.» Patrice Evra.
18 mai
Début du premier stage de préparation à Tignes. Avec le message suivant délivré par Raymond Domenech à ses hommes : «Aimez-vous en dehors du terrain, sinon vous ne vous aimerez pas sur le terrain et ne parviendrez à rien lors des matches. Apprenez à vous apprécier. Découvrez-vous. Soyez solidaires.»
 
19 mai
Dans un sondage IFOP pour L'Equipe effectué dans neuf pays (France, Royaume-Uni, Italie, Espagne, Allemagne, Pays-Bas, Brésil, USA, Chine), l'équipe de France arrive en deuxième position des équipes les moins appréciées derrière l'Argentine. Concernant les sondés en France, ils estiment que les joueurs de Raymond Domenech seront en demi-finales. «Tout le monde croit qu'on va faire un safari là-bas, répond Patrice Evra. Chacun a le droit de dire ce qu'il veut. Je lis que le public français ne croit peut-être plus en nous. Le vrai supporter, lui, y croit. La France va vraiment en Afrique du Sud pour gagner la Coupe du monde.» De leur côté, les Girondins de Bordeaux obtiennent 1,5M€ de la part de la FFF pour avoir laisser partir Laurent Blanc. Salaire mensuel estimé de ce dernier : 100 000 euros brut. Le double de Domenech. Même si le contrat n'est pas encore signé entre les parties. Un sujet en tout cas épineux en pleine préparation pour un Mondial. Patrice Evra : «Parler de ça, c'est grave. Autant parler du prochain magasinier, du prochain chef de cuisine. Je suis informé que ce sera peut-être Laurent Blanc, mais ça s'arrête là. Mais parler de ça revient à ne pas respecter la Coupe du monde. Ce n'est pas le présent, c'est le futur. Le présent, c'est la Coupe du monde avec Raymond Domenech.»
 
20 mai
Seul Sébastien Squillaci, retenu pour la Coupe du Roi avec Séville face à l'Atlético Madrid (victoire 2-0), n'était pas encore arrivé à Tignes. C'est chose faite. Les Bleus sont à 24. Pas pour longtemps. Dans le même temps, la FFF et les Girondins de Bordeaux annoncent avoir trouvé un accord pour Laurent Blanc. Jean-Pierre Escalettes, le président de la Fédération, souhaitait nommer le nouveau sélectionneur après la Coupe du monde. C'est raté.
 
22 mai
Premier forfait pour les Bleus : malade, Lassana Diarra doit renoncer. : «Suite à sa douleur intestinale contractée sur le glacier, les bilans médicaux ont mis en évidence une maladie imprévisible qui justifie du repos pour une période indéterminée. En conséquence, Lassana Diarra est forfait pour la Coupe du monde. Pour le moment, le staff ne rappelle personne», explique la FFF. Raymond Domenech reste flou sur la venue, ou non, d'un remplaçant. Pour Diarra, des examens révèleront une maladie du sang liée à l'altitude.
 
23 mai
Décidément, cet avant-Coupe du monde est délicat pour William Gallas. Sensible avec son mollet, le défenseur d'Arsenal est cette fois victime d'un petit accident de buggy. Résultat : une légère douleur à la main gauche et quelques égratinures. Au-delà de cela, sa participation au Mondial est de plus en plus probable.

Lire : 10 ans après, que deviennent les joueurs de l'équipe de France sélectionnés ?
«Ce groupe nous montre tous les jours qu'il a envie de vivre quelque chose de fort, et on lui fait confiance. C'est vraiment un groupe qui va faire la différence, qui va nous amener au bout.» Raymond Domenech.
24 mai
La liste des 23 est définitive ! Pas de Yann Mvila, bien placé pour prendre la place laissée par Lassana Diarra. Raymond Domenech garde tous les présents. «On n'a pas eu à faire un choix, explique le sélectionneur. On s'est retrouvés à 23, et le groupe avait une telle vie, une telle envie... On a longtemps réfléchi, mais ce groupe nous montre tous les jours qu'il a envie de vivre quelque chose de fort, et on lui fait confiance. C'est vraiment un groupe qui va faire la différence, qui va nous amener au bout.» De son côté, vice-président de la FFF en charge des affaires économiques, Noël Le Graët dévoile la prime en cas de victoire finale : entre 240 000 et 300 000 par joueur.
 
26 mai
Premier match de préparation à la Coupe du monde qui débute le 11 juin, avec l'entrée en lice des Bleus face à l'Uruguay. A Lens, les troupes de Raymond Domenech dominent timidement le Costa Rica (2-1). Les Français sont même menés par un but de Carlos Hernandez dès la 11e minute, avec une approximation de Steve Mandanda. Douglas Sequeira égalise contre son camp quelques minutes plus tard (1-1, 23e), et il faut attendre la 83e minute pour que Mathieu Valbuena donne la victoire aux siens pour sa première sélection. Reste que le visage affiché par l'équipe de France est loué par beaucoup. A noter les 45 minutes jouées par William Gallas. Dans un match où Patrice Evra porte le brassard de capitaine pour la première fois en Bleus.
27 mai
Les Bleus arrivent en Tunisie pour leur deuxième stage de préparation.
 
30 mai
Déplacement à Radès pour défier la Tunisie, toujours en préparation du Mondial. Et toujours des difficultés pour les Bleus, piégés dès la 5e minute par Isaam Jemaa. William Gallas égalise peu après l'heure de jeu. Mais c'est tout (1-1). Raymond Domenech fête son 75e match sur le banc des Bleus et rejoint Michel Hidalgo en tête du classement des sélectionneurs. Son pourcentage de victoire ? 54,6%.
1er juin
Début du dernier stage de préparation sur l'Ile de la Réunion.
 
2 juin
Dans la liste, meilleur buteur de l'histoire des Bleus, mais plus titulaire, Thierry Henry met les choses au clair : . «Oui, le coach est venu me voir à Barcelone. Il m'a dit que je ne commencerai pas la Coupe du monde, chose que j'ai acceptée et c'est tout à fait normal vu que j'ai terminé la saison sans jouer à Barcelone.» Un accord définitif sur la prime de victoire au Mondial est trouvé. Montant du chèque par joueur si les Bleus s'imposent : 390 000 euros. 340 000 euros pour une finale. 240 000 euros pour une demi-finale. 140 000 euros pour un quart de finale. 70 000 euros pour un huitième de finale.
 
3 juin
Première sortie polémique au niveau politique en France signée Marine Le Pen : «La plupart de ces gens considèrent qu'un coup ils sont représentants de la France quand ils sont à la Coupe du monde, un autre coup ils se considèrent comme appartenant à une autre nation ou ayant une autre nationalité de coeur.» Regrettant également un «pognon qui dégouline de ces gens.» Ambiance.
 
4 juin
La fête gâchée. Pour le premier match de l'histoire de l'équipe de France joué sur l'Ile de la Réunion, les Bleus s'inclinent face à la Chine (0-1). Avec un unique but inscrit sur un coup franc dont Hugo Lloris ne maîtrise pas du tout la trajectoire. Le plein de confiance avant d'aller en Afrique du Sud.
«Ce que j'attends de l'équipe de France, c'est qu'elle montre son meilleur visage sur le plan sportif et qu'elle nous éblouisse par ses résultats plutôt que par le clinquant des hôtels.» Rama Yade.
5 juin
Arrivée des Bleus en Afrique du Sud à six jours de leur entrée en lice. Les Français prennent leur quartier à Knysna, dans le sud du pays, au bord de l'océan. L'hôtel des Bleus : le Pezula, cinq étoiles (entre 450 et 1 100 euros la nuit).
 
6 juin
Rama Yade, acte I, scène I. La secrétaire d'Etat aux Sports critique les conditions luxueuses dans lesquelles sont logés les joueurs français, expliquant avoir demandé de la «décence» à la FFF. «Moi, je n'aurais pas choisi cet hôtel. L'Espagne, qui fait partie des favorites, a, par exemple, choisi un campus universitaire. (...) Ce que j'attends de l'équipe de France, c'est qu'elle montre son meilleur visage sur le plan sportif et qu'elle nous éblouisse par ses résultats plutôt que par le clinquant des hôtels.» De quoi faire réagir Alou Diarra : «Ça nous agace car ça n'a pas lieu d'être et ça ne sert à rien. Ça fout encore quelque chose dans le climat autour de l'équipe de France. Trop de gens donnent leur avis sur le football, alors que ce ne sont pas forcément des connaisseurs. On n'a pas besoin de ça, de ce genre de déclaration. On a surtout besoin de soutien.»
 
7 juin
L'Equipe parle d'un «malaise Gourcuff» au sein du groupe. Moins performant en Bleus depuis plusieurs mois, le joueur des Girondins paraît en marge. «Un hiatus sépare tout doucement Gourcuff de certains cadres de la sélection, explique le quotidien. Il y a ceux qui n'aiment pas sa façon d'être, son côté "gendre idéal", qui soigne son expression, analyse le jeu avec l'aisance d'un entraîneur. Et il y a ceux qui souhaitent simplement qu'il fasse un tour sur le banc parce qu'ils ne le jugent pas bon. Certains figurent même dans les deux lobbies.» Hôtel de l'équipe de France trop cher : nouvel épisode avec Sidney Govou qui répond à Rama Yade. «L'hôtel n'a pas changé depuis six mois, non ? Pourquoi dire ça maintenant alors que tout le monde savait exactement où on mettait les pieds ?» Malgré la dernière défaite des Bleus contre la Chine, Aimé Jacquet, sélectionneur des champions du monde 1998, y voit du positif : «Paradoxalement, je dirais même que c'est une très bonne chose. Aujourd'hui, les joueurs doivent être en colère. (...) En général, c'est dans les meilleures périodes qu'on fait des conneries et dans les pires qu'on fait les meilleures choses.» Pas certain...
 
8 juin
50 euros : c'est le montant de l'amende que devra verser un joueur de l'équipe de France surpris par un membre du staff en train de parler de ce qui est écrit dans la presse. Des médias et un monde extérieur dont se méfie énormément Raymond Domenech à l'époque.
 
9 juin
Jérémy Toulalan et le mental des Bleus : «Même si on fait un mauvais résultat contre l'Uruguay, ce n'est pas pour cela que tout va s'écrouler. On arrivera toujours à s'en sortir, car on a toujours été dans la difficulté. Nous, on sait que ce sera dur (de se qualifier). Mais ce sera dur pour tout le monde et, nous, on en a l'habitude.»
10 mai
A la veille du match face à l'Uruguay, Florent Malouda comprend qu'il ne fait pas partie de la mise en place des titulaires et se montre agressif. Patrice Evra doit intervenir, et Raymond Domenech hausse même la voix, menaçant d'écarter le joueur de Chelsea selon L'Equipe. «Avant la Chine, tout le monde croyait en nous et après la Chine, plus personne ne croit en nous ?, demande ensuite Patrice Evra en conférence de presse. Je ne suis pas au courant, je ne lis pas la presse. Mais, pour moi, rien n'a changé. On est dans notre préparation. On a fait trois matches amicaux. On a perdu le dernier, ça s'arrête là. (...) Je vois l'état d'esprit de joueurs qui ont envie de faire quelque chose,tous ensemble, et pas chacun de leur côté.» «Ça peut paraître fou, mais j'espère la gagner», lance de son côté Thierry Henry dans L'Equipe.
 
11 juin
Entrée en lice de l'équipe de France, qui a un statut de vice-championne du monde à défendre. Premier adversaire : l'Uruguay. Devant 15 millions de téléspectateurs en France, malgré une domination, et quelques occasions, l'attaque des Bleus a toujours autant de mal. 0-0 au final. Rien de grave. Du moins pas encore.
 
13 juin
Rama Yade débarque en Afrique du Sud. Les joueurs français, marqués par ses déclarations avant le début du Mondial, l'évitent soigneusement. «On en a parlé entre nous et je pense que les infos sont remontées auprès d'elle. On n'était pas contents. Il fallait qu'elle le sache et je pense qu'elle l'a pris en compte. Elle est assez intelligente pour savoir ce qui est bien et ce qui ne l'est pas», justifie Eric Abidal. De son côté, Rama Yade assure ne pas avoir «de problème avec l'équipe de France. Mon seul message, c'est de les assurer de mon soutien, constant, appuyé et sincère.» Just Fontaine, lui, se paye Franck Ribéry dans la Dépêche du Midi : «Un jour, on a fait la bêtise de dire que c'était le cerveau de l'équipe et, depuis, il le croit.» Nicolas Anelka en prend également : «Je pense que Domenech devait sortir Anelka bien avant. Il n'a jamais fixé un ou deux des trois centraux, sur les centres, tu ne peux pas attraper un seul ballon de la tête. Pendant le match, quelqu'un a dit qu'ils avaient les pieds carrés. La tête aussi, alors.» Sur TF1, Raymond Domenech estime que l'heure n'est pas venue de «couper des têtes».
 
14 juin
De la casse à l'entraînement des Bleus. William Gallas est victime de la cuisse (il sera tout de même titulaire trois jours plus tard). Cédric Carrasso est lui victime d'une contracture aux ischio-jambiers.
 
15 juin
Cédric Carrasso est forfait pour le reste de la Coupe du monde. Le règlement empêche les Bleus de le remplacer numériquement, mais la FFF fait une demande de dérogation à la FIFA. Dans le même temps, le staff demande à Stéphane Ruffier, gardien de Monaco, de se tenir prêt à débarquer en Afrique du Sud.
La Une de L'Equipe du 19 juin 2010.
La Une de L'Equipe du 19 juin 2010.
«Le problème, ce n'est pas Anelka, c'est le traître qui est parmi nous. La question qu'il faut se poser, c'est comment éliminer le traître du groupe.» Patrice Evra.
16 juin
Rama Yade épinglé par Le Canard Enchaîné. Alors qu'elle avait fustigé les conditions luxueuses des joueurs français, la secrétaire d'Etat aurait d'abord eu l'intention de séjourner dans un hôtel à 667 euros la nuit dans un hôtel de Georgetown, selon le Canard. Cinq autres chambres à 340 euros chacune, pour son équipe, auraient même été réservées. Si Rama Yade a voulu faire machine arrière, la note avait déjà été réglée... Elle séjourne finalement deux nuits dans la résidence du Consul de France et la troisième dans une chambre d'hôtes à 120 euros la nuit. Ce 16 juin, la FIFA déboute la France dans sa demande d'ajout d'un autre gardien. Stéphane Ruffier vient tout de même à Knysna, pour permettre d'avoir trois gardiens aux entraînements.
 
17 juin
Avec toujours aurant de difficulté à se créer de nettes occasions, l'équipe de France sombre cette fois aussi en défense, à l'image d'Eric Abidal, impliqué sur les deux buts du Mexique (il est notamment l'auteur de la faute qui entraîne le penalty du deuxième but). Sans idée, sans âme, les hommes de Domenech se rapprochent d'une élimination humiliante. «Nous ne sommes pas une grande équipe», déclare Patrice Evra. A la mi-temps, un échange verbal sévère entre le sélectionneur et Nicolas Anelka (sorti à la pause) va précipiter ce groupe. Au coup de sifflet final, alors que David Astorga, le journaliste de TF1, lui demande une réaction, William Gallas lui adresse un doigt d'honneur.
 
18 juin
Jérémy Toulalan fait un constat implacable sur la défaite de la veille : «La différence entre le Mexique et nous, c'est que le Mexique avait un collectif, et nous onze joueurs. Ce qui nous a manqué, c'est d'être collectivement ensemble sur le terrain.»
 
19 juin
«Va te faire enculer, sale fils de pute.» Le message s'affiche en Une de L'Equipe et provoque un véritable tremblement de terre. Le quotidien explique que cette phrase a été prononcée par Nicolas Anelka envers Raymond Domenech lors de la mi-temps de France-Mexique. Juste avant, le sélectionneur reprochait sa performance à son attaquant lors de la première période. Conséquence : il est tout de suite remplacé. «À ses côtés, les joueurs sont médusés, choqués, consternés, raconte L'Equipe. Ils ne comprennent pas cette réaction disproportionnée.» Ce 19 juin, Nicolas Anelka est exclu du groupe France. Dans la journée, Patrice Evra se présente en conférence de presse et lâche : «Pensez-vous qu'Anelka aurait été exclu si L'Équipe n'avait pas publié sa phrase ?», promettant que ce ne sont «pas ces mots-là, pas exactement» qui ont été dits par Anelka. Avant une phrase restée dans les mémoires : «Le problème, ce n'est pas Anelka, c'est le traître qui est parmi nous. La question qu'il faut se poser, c'est comment éliminer le traître du groupe.» Dans la soirée, Eurosport affirme qu'un début de bagarre aurait eu lieu dans l'avion ramenant l'équipe de France après la défaite face au Mexique entre Franck Ribéry et Yoann Gourcuff. Avec un Jérémy Toulalan en chef de paix.
20 juin
Un interminable dimanche. Alors que Nicolas Anelka prend l'avion pour l'Europe, à Knysna, les scènes surréalistes s'enchaînent. Ce dimanche, en fin de matinée, en direct dans Téléfoot, et alors qu'il n'était pas prévu au programme, Franck Ribéry débarque. Décision prise après avoir pris connaissance des révélations d'Eurosport. Demandant pardon à tous les Français, et expliquant que le groupe avait explosé, Ribéry lâche : «C'est la France qui est en train de souffrir, je suis entrain de souffrir, je le dis honnêtement. Tout le monde est en train de se foutre de nous dans le monde entier. J'ai les boules, parce que là on ne joue plus au foot. L'équipe de France, c'est un rêve d'enfance, c'est un honneur, et depuis l'Euro 2008 je suis en train de souffrir.» «On aura un soulagement de savoir qui c'était», lance-t-il ensuite au sujet de la fameuse taupe du vestiaire.
Dans Téléfoot, Raymond Domenech évoque pour la première fois les insultes de Nicolas Anelka : «Ce n'était pas un affrontement. Les gens n'imaginent pas la pression. On est dans un vestiaire, le sélectionneur dit quelque chose à un joueur qui est déjà sous pression, il peut avoir un moment d'énervement, il a des mots. Lui a réagi d'une manière qui n'est peut-être pas la plus adaptée. Mais ce qu'il dit dans son coin, ce qu'il marmonne, ça n'a pas d'importance. Moi, le problème je l'avais réglé en interne, je l'avais sorti. Tout ça restait entre nous, c'était de la gestion. La seule chose que je peux lui reprocher, c'est de ne pas avoir accepté de venir s'excuser.» Dans l'après-midi, l'équipe de France doit tenir son deuxième entraînement, seulement, ouvert au public et aux journalistes depuis qu'ils ont mis un pied en Afrique du Sud. Les Bleus arrivent, avec des spectateurs nombreux. Sur le terrain, le ton monte entre Robert Duverne, préparateur physique, et Patrice Evra. Les deux hommes sont proches d'en venir aux mains, Duverne étant visiblement très énervé dans ses propos. L'incident se termine. Duverne en jette son sifflet et son chronomètre.
«Des joueurs n'arrêtaient pas de frapper sur les vitres en hurlant au chauffeur de démarrer. C'était fou.» Henry Monteil.
Les Bleus, eux, sont en bain de foule, à signer des autographes et prendre des photos. Patrice Evra tend un communiqué des joueurs à François Manardo, chef de presse, et demande de le lire aux médias. Refus. 16h10 : Jean-Louis Valentin, directeur délégué en charge de l'équipe de France, lance une bombe. Les joueurs ne veulent pas s'entraîner. 16h51, Raymond Domenech lit la lettre des Bleus et s'en va sans autre commentaire. Tout le monde est dans le car et regagne l'hôtel. Dans un communiqué, la FFF fustige «un comportement inadmissible. La FFF, par la voix de son président, présente ses excuses pour des joueurs représentant notre pays. Un Conseil fédéral sera convoqué immédiatement dès le terme du parcours de l'équipe de France pour tirer toutes les conséquences de la situation de crise ainsi créée.» La France est la risée du monde entier.

Voir : Cette journée surréaliste en images
 
21 juin
Raymond Domenech se présente seul en conférence de presse, sans Patrice Evra. C'est lui qui aurait fait ce choix, ne voulant pas voir son capitaine présenter ses excuses. Le sélectionneur prenait la parole avant les questions des journalistes pour revenir sur la lecture de la lettre : «Cela faisait 45 minutes, au moins – même plus, car j'avais commencé à parlementer avec eux dans le bus –, que j'essayais de les convaincre que ce qu'ils faisaient était une aberration, une imbécillité, une stupidité sans nom. On a tous essayé de les convaincre que c'était ahurissant, qu'on ne pouvait pas, en tant que joueurs de l'équipe de France, se permettre ce qu'ils étaient en train de mettre en place, je me suis dit, à un moment : "Stop, faut arrêter la mascarade." Parce que c'en était une. Il fallait faire quelque chose. Tout était retranscrit en direct. Les Français, qui se demandaient ce qui se passait, avaient le droit de savoir. J'ai pris le papier, je suis allé le lire, et je suis parti. Je précise, ce que j'aurais dû dire à la fin de ma lecture, qu'en aucune manière je ne cautionne ce document ni cette attitude-là. Je ne dirai rien de plus sur ces deux questions. En revanche, il y a un match qui nous attend, contre l'Afrique du Sud, et si, à ce niveau-là, vous avez des questions, je veux bien y répondre, si vous n'en avez pas, je m'en vais tout de suite.» Les Bleus ont repris le chemin de l'entraînement dans la matinée. Dans le quotidien La Charente Libre, Henry Monteil, numéro 3 de la FFF, raconte ce qu'il a vu la veille, dans le car : «Des joueurs n'arrêtaient pas de frapper sur les vitres en hurlant au chauffeur de démarrer. C'était fou (...)  Cette lettre, je l'ai lue. Je pense que ce ne sont pas les joueurs qui l'ont écrite. C'était tapé à l'ordinateur et il n'y avait aucune faute d'orthographe. C'était prémédité. Des joueurs sont allés voir Domenech dans sa chambre. Ils pleuraient. Ils disaient regretter ce qui se passe (...) C'étaient des jeunes.» Quant à Roselyne Bachelot, la Ministre des Sports, elle s'adresse aux joueurs, parlant d'une «image de la France ternie». Elle révèlera avoir vu des larmes chez certains pendant son discours. Bachelot explique qu'elle va recevoir Laurent Blanc, futur sélectionneur, et va procéder «à un audit externe, par un cabinet indépendant, de tout ce qui s'est passé pendant la Coupe du monde». La gouvernance de la FFF sera aussi ciblée. Pendant ce temps-là, Zinédine Zidane croit en une qualification face à l'Afrique du Sud : «S'ils passent, on oubliera tout.»
«Je ne peux que constater le désastre d'une équipe de France où des caïds immatures commandent à des gamins apeurés, avec un coach désemparé et sans autorité, et une fédération aux abois.» Roselyne Bachelot.
22 juin
Comment peut-il en être autrement ? Après sa grève en mondovision, et donc une préparation quasi impossible, l'équipe de France, avec un Yoann Gourcuff rapidement expulsé, sort sans relief de ce Mondial 2010. Dominés par l'Afrique du Sud, avec une sortie ratée d'Hugo Lloris sur l'ouverture du score, les Bleus sont battus 2-1 et terminent derniers de leur groupe de Coupe du monde.

Lire : Retour en détail sur la phase de poules catastrophique des Bleus

«Je m'excuse au nom de tous les joueurs», regrette Florent Malouda au micro de TF1. Toujours sur TF1, Patrice Evra dévoile : «On n'est pas encore à l'heure des règlements de comptes. L'heure est au pardon, à ressentir la souffrance de milliers de Français. Je devais venir le faire hier mais le coach me l'a interdit. Je respecte trop la souffrance des Français pour lâcher quoi que ce soit maintenant, mais ils ont besoin de connaître la vérité. L'équipe de France appartient aux Français et à personne d'autre. Ils auront besoin de savoir pourquoi on est allés jusque-là. Cet acte était presque un SOS. Je ne suis pas un menteur, je ne dirai que la vérité. Je ne cacherai rien.» Pour toujours plus creuser sa tombe et celle de son équipe, au coup de sifflet final, Raymond Domenech n'a pas souhaité serrer la main de Carlos Alberto Parreira, le sélectionneur sud-africain, qui avait affirmé quelques mois plus tôt que la France ne méritait pas sa qualification pour le Mondial après la main de Thierry Henry. De son côté, Jean-Pierre Escalettes, président de la 3F, refuse de démissionner : «Je n'ai pas le droit d'abandonner le navire en perdition. Je ne l'abandonnerai pas, je partirai s'il faut le quitter, si on me le demande. Cinquante ans de valeur se sont écroulés. Devant cette honte, je pense aux éducateurs, à tous ces bénévoles, ceux qui nous font confiance. Il ne faut pas s'affoler et prendre des décisions dans le tumulte. Il va falloir balayer devant la porte de tout le monde, y compris celle du président. Mais le football n'est pas mort.»
 
23 juin
La monde politique s'y (re)met. Président de la République, Nicolas Sarkozy s'empare de "l'affaire" en convoquant François Fillon, Premier Ministre, ainsi que Roselyne Bachelot et Rama Yade. Avec trois demandes : la tenue d'états généraux du foot français dans l'optique de réformer profondément la gouvernance. La volonté de ne voir aucun avantage financier être versé à l'équipe de France suite au fiasco. Et, enfin, la volonté de voir des démissions intervenir, notamment chez les dirigeants de la FFF. Le même jour, deux députés UMP demandent une création d'une enquête parlementaire. Jacques Myard, autre député UMP, dépose une proposition de loi impliquant «qu'un joueur ne puisse être sélectionné en équipe de France qu'à la condition d'avoir sa résidence fiscale en France ou dans un État de l'Union européenne». En fin de journée, Roselyne Bachelot s'exprime à l'Assemblée Nationale devant les députés : «Jamais le gouvernement n'aurait dû avoir à s'occuper de football, c'est la responsabilité de la FFF. Je ne peux que constater le désastre d'une équipe de France où des caïds immatures commandent à des gamins apeurés, avec un coach désemparé et sans autorité, et une fédération aux abois.» Rama Yade a, elle, plaidé pour un «pour un big bang du foot français» sur France 2. «Le maillot français a été bafoué (...) Il faut qu'ils chantent la Marseillaise parce qu'ils représentent les valeurs, Les complices du désastre l'image, l'identité de la France.» De son côté, la FIFA explique ne pas avoir l'intention de sanctionner la France et Domenech pour ne pas avoir serré la main du sélectionneur sud-africain lors du dernier match. Enfin, Laurent Blanc signe son contrat de deux ans (+deux en option) pour devenir le nouveau sélectionneur.
24 juin
L'avion des Bleus atterrit en France. Thierry Henry, lui, se rend à l'Elysée, où il est convié par Nicolas Sarkozy. Quelques jours plus tard, ce dernier évoquera cette rencontre : «J'ai reçu Thierry Henry parce qu'il est le joueur le plus capé et qu'il a mis le plus de buts (en équipe de France). Il est juste venu me voir pour me dire qu'il ne fallait pas jeter le bébé avec l'eau du bain.» Roselyne Bachelot estime que la démission de Jean-Pierre Escalettes est inéluctable. Le président de la FFF adresse un courrier aux présidents de Ligues et de Districts. «De retour d'Afrique du Sud, ma première pensée est pour vous, dit-il. Je suis un président malheureux et révolté comme vous pouvez l'être. C'est le moment de l'unité et de la solidarité. Ne nous voilons pas la face, le combat sera difficile mais nous le gagnerons parce que nous le voulons.» Autrement dit, sa démission ne semble pas être à l'ordre du jour.
 
25 juin
Thierry Henry, Eric Abidal et Patrice Evra s'expriment dans les médias. «Il y a toujours des affinités mais on ne peut pas parler de clans. Ça rigolait bien, ça changeait de table à chaque fois, promet Henry. Je n'ai pas tout vu. Mais je n'ai pas vu de bagarres ou quelqu'un mettre de pression à qui que ce soit. Je n'ai pas vu de caïds, plutôt vu des gens parler et essayer de remonter le moral à d'autres.» Henry remet également en cause les mots sortis et attribués à Nicolas Anelka : «Ce ne sont pas les mots de Nico. J'étais dans le vestiaire et moi-même je n'ai pas réussi à entendre ce qu'il disait. Il ronchonnait, il marmonnait. Je sais ce qu'il a dit finalement mais je ne vais pas rentrer dans les détails.» Pour Evra, toujours sur cette Une, «il y a eu un titre qui a fait mal à tout le monde, mais est-ce que ce n'est pas une explosion de la presse pour tout ce qu'on ne leur avait pas donné dès le début ?» Abidal compare lui la grève des joueurs : «C'est un peu une famille et lorsqu'un joueur est exclu de cette famille, on montre notre mécontentement.» Les joueurs étaient «coupés du monde réel» estime Evra.
 
26 juin
Carlos Alberto Parreira sur l'attitude de Raymond Domenech à son encontre : «Je ne suis ni vexé ni blessé par ce qu'il a fait. Mais son geste a été vraiment tout petit, il montre à quel point cet homme est un petit.»
 
27 juin
Au tour de Florent Malouda de sortir du silence : «On a gâché ce fabuleux événement. C'est comme un K.-O. en pleine tête, dit-il sur France 2. On ne sort même pas par la petite porte. On a été ridicules. Ça a été un puits sans fond, on a été attirés vers le bas. Au coup de sifflet final (contre l'Afrique du Sud), on s'est rendu compte à quel point on était tombés très bas.»
 
28 juin
Inévitable. Jean-Pierre Escalettes démissionne. Sinon, Stéphane Ruffier avoue que «ce ne sont que quelques joueurs qui ont décidé de boycotter l'entraînement (lors de la grève du 20 juin). Au fond d'eux, ils avaient pris la décision. Tous les joueurs n'étaient pas d'accord. Moi, j'ai suivi le groupe.»
«Je regrette de m'être trompé dans le choix des joueurs que j'ai pris.» Raymond Domenech.
29 juin
Voyant que le monde politique s'est emparé de la situation du football en France, la FIFA, par la voix de Sepp Blatter, met en garde : «En cas d'ingérence politique, la FIFA interviendra, quelle que soit la taille du pays. En France, c'est devenu une affaire d'État mais le foot doit rester entre les mains de la Fédération française. S'il s'avère qu'il y a vraiment une intervention, nous aiderons la FFF. Si le problème ne peut être résolu par la discussion, la seule solution sera de suspendre la Fédération.»
 
30 juin
Jean-Pierre Escalettes et Raymond Domenech sont auditionnés par la commission mise en place à l'Assemblée Nationale devant une quarantaine de députés pendant deux heures. Une audition à huis clos à la demande de la FFF. En début de séance, Lionel Tardy, député de la Haute-Savoie, raconte ce qu'il se disait en direct sur son compte Twitter. Avant de stopper. «On n'a rien appris. Escalettes a pris 90% du temps de parole. Il y avait une tactique. Escalettes a défendu Domenech, dont le message a été finalement de dire que ce n'était pas sa faute», regrette Jacques Grosperrin, député du Doubs. Pour Bernard Debré, député de Paris, «Domenech a fait du Domenech. Il nous a dit : c'est la faute des médias». Malgré le huis clos, L'Equipe révèle certaines phrases du désormais ex-sélectionneur : «Je n'ai pas su faire le lien entre les individualités et j'assume mes responsabilités. (...) J'étais en fin de mandat, mon successeur était déjà désigné. J'étais fragilisé. Aujourd'hui c'est le procès de la presse qu'il faut faire. (...) La Une de L'Équipe a mis le feu à tout. (...) Je regrette de m'être trompé dans le choix des joueurs que j'ai pris.» Concernant la grève, «nous avons tout fait pour tenter de les dissuader, les dirigeants, les proches. Tous les moyens, sauf la force. J'aurais peut-être dû mais on est en démocratie. (...) Le prestige et l'honneur de la France ont été bafoués.» «On les a trop protégés et trop soignés», lancera de son côté Escalettes. Infosport dévoilera plus tard une autre phrase au sujet de Nicolas Anelka signée Escalettes : «Ni moi-même, ni mon successeur, ni le futur sélectionneur n'oublieront ce qui s'est passé et tout le monde veillera à ce qu'il ne puisse plus jouer en équipe de France.»
 
2 juillet
Jour de Conseil fédéral explosif à la FFF. Présent, Lilian Thuram y va franchement : «J'ai demandé que les joueurs soient lourdement sanctionnés et que Patrice Évra ne revienne plus jamais en équipe de France. Quand vous êtes capitaine, il y a une responsabilité, un respect du maillot et des gens à avoir.» Ne ratant pas, au passage, Raymond Domenech : «Quand les joueurs s'enferment dans le bus et que c'est l'entraîneur qui lit le communiqué, cela montre qu'il n'est plus respecté. Pendant cette Coupe du monde, le problème venait du manque d'autorité de Domenech.» A l'issue de ce Conseil, Jean-Pierre Escalettes, démissionnaire, n'a toujours pas de successeur. Escalettes explique que la FFF est un «grand corps malade». Prochain Conseil fédéral : le 23 juillet.
«Son comportement a affecté l'image de la France à travers le monde.» Marcel Desailly sur Patrice Evra.
3 juillet
Quand Christophe Dugarry s'en prend à Lilian Thuram après ses propos de la veille : «Je ne suis pas d'accord pour jeter Patrice Évra en pâture comme il l'a fait, s'emporte Dugarry. Ce n'est pas correct, c'est scandaleux. Évra a fait une connerie, une grosse connerie, mais on en a tous fait. Le costume de capitaine était bien trop grand pour lui, mais le problème, ce n'est pas le mec qui portait le costume mais ceux qui le lui ont donné. Encore une fois, dans cette histoire, on traite les conséquences et on ne s'attarde pas sur leurs causes. Le problème, c'est l'autorité, le comportement des joueurs a été la conséquence du manque d'autorité. Et puis ce n'est pas à Thuram de demander ça. Depuis quand il est sélectionneur, Lilian ?» De son côté, sur TF1, Lilian Thuram prend de nouveau la parole et tance Thierry Henry, son ancien coéquipier : «Si Thierry Henry avait pris ses chaussures et était descendu (du bus), eh bien, il y en a beaucoup qui seraient descendus. C'est quelqu'un que j'aime beaucoup. Mais je ne comprends pas pourquoi il n'est pas descendu. Au contraire de quelques-uns, c'est quelqu'un de très intelligent. Abidal ? Je l'ai eu au téléphone. Je lui ai dit : "Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, mais le fait que tu aies refusé de jouer le dernier match, si j'étais président de la Fédération, tu ne jouerais plus en équipe de France."»
 
6 juillet
Première conférence de presse de Laurent Blanc en tant que sélectionneur de l'équipe de France. Et il est évidemment interrogé sur l'Afrique du Sud et ses conséquences : «Ce qui m'a le plus choqué, le plus déçu, c'est le comportement du groupe, et je dis bien du groupe. Les responsables sont nombreux. Quant à savoir s'il y aura des sanctions, ce n'est pas à moi de le dire. Je ne suis pas devenu sélectionneur pour être le père Fouettard de l'équipe de France.» Expliquant avoir été indigné par certains comportements et qu'il va de lui-même faire sa propre enquête pour y voir plus clair. «On veut faire table rase du passé ? On peut... Mais cela ne vous suffira pas, et cela ne me suffira pas. Je suis devenu sélectionneur pour gagner, uniquement pour gagner. Mais c'est une situation délicate, il y a certainement des entretiens à avoir...» Il n'a enfin pas fermé la porte à Nicolas Anelka s'il «démontre qu'il est le meilleur à son poste, qu'il correspond à ma philosophie de jeu et qu'il change de comportement.» Plus tard, sur Canal+, Laurent Blanc explique vouloir voir ses joueurs ne pas porter de casque ou d'écouteurs quand il seront en public. Chose qui avait pu leur être préjudiciable en Afrique du Sud.
 
7 juillet
«Je n'ai pas été bon, on n'a pas été bons. Mais le coach n'a pas été bon non plus...» Dans une interview aux Inrockuptibles, William Gallas charge Raymond Domenech. Et pas qu'un peu. «Beaucoup de joueurs ne pouvaient pas parler avec lui. C'était mon cas. Il dit qu'il nous écoute, qu'il y a un dialogue, mais, à la fin, il prend toujours sa décision seul. Ce qu'on dit n'a aucun poids... Je pense que la rupture a eu lieu il y a des années. Après l'échec de l'Euro 2008... Les joueurs n'avaient plus leur mot à dire. Je crois que les cadres n'étaient plus écoutés...» Un Gallas qui n'avait pas digéré la façon dont Raymond Domenech avait décidé de confier le brassard de capitaine à Patrice Evra alors que le défenseur central était vice-capitaine. «Je lui ai dit qu'il s'était mal comporté et qu'il aurait dû venir m'en parler avant. Il a un gros problème au niveau de la communication. Il m'a dit : "De toute façon, tu ne seras pas un bon capitaine".» Et d'évoquer, bien sûr, la grève des joueurs : «Dans le bus commence une discussion. Le coach essaie de nous dissuader de boycotter l'entraînement... Et là, j'insiste là-dessus, on demande à tout le monde : "Qui veut descendre ? Qui veut aller s'entraîner ?" Personne ne se lève. Et personne n'a le couteau sous la gorge. Les joueurs de l'équipe jouent dans de grands clubs, ils sont pères de famille, ils peuvent très bien dire qu'ils ne sont pas d'accord... Sur le coup, on ne se rend pas compte des conséquences. C'est après, quand cela prend de l'ampleur dans le monde entier, qu'on réalise et qu'on décide de présenter des excuses. Mais on nous en a empêchés... On n'a pas fait la grève pour le plaisir.»
 
8 juillet
Après Lilian Thuram, c'est Marcel Desailly qui s'en prend à Patrice Evra. «Je crois qu'Évra, qui est à l'origine de la grève, devrait payer lui aussi. Le capitaine s'est trompé et il doit assumer les conséquences de ses actes. Il a décidé de ne pas s'entraîner, avant de réaliser son erreur et de s'excuser.» Desailly estime que le latéral «mérite au moins une exclusion temporaire». Proposant une durée de deux mois. «Son comportement a affecté l'image de la France à travers le monde.»
 
10 juillet
Dans Le Monde, Gérard Houllier, directeur technique national, nie faire partie des responsables. «Je veux bien en prendre plein la tête si je suis responsable, mais ce n'est pas le cas. La DTN n'a aucun droit de regard sur l'équipe de France. Je n'ai jamais été impliqué, de près ou de loin, dans les choix ou le jeu de l'équipe de France. Les gens pensent à tort que j'étais le patron de Raymond Domenech, mais son patron, c'était le président de la Fédération. Le directeur technique est le patron de toutes les sélections, sauf de l'équipe de France A.» Ciblant clairement Raymond Domenech. «On a laissé Raymond Domenech s'enfermer dans un régime autarcique. Raymond a dit qu'il allait changer, mais il n'a rien changé. (...) La Fédération a peut-être été trop laxiste par rapport à Raymond Domenech et à sa perte d'autorité sur l'équipe. Mais on ne pensait pas que ça allait se terminer dans un bain de sang.»
11 juillet
Au tour de Jérémy Toulalan de parler dans le JDD. Le Journal du Dimanche révèle d'abord que c'est l'attaché de presse du milieu de terrain qui a rédigé la lettre. A l'époque, beaucoup tombent de haut en apprenant l'implication de Toulalan, jugé jusque-là plutôt positivement au niveau du caractère. Certains le voyaient même pourquoi pas capitaine des Bleus dans le futur. «Avec quelques joueurs, on a couché des idées pour expliquer notre démarche, détaille-t-il. Puis avec nos conseillers, on a essayé de mettre ça en forme pour être bien compris. On a essayé de maîtriser les choses, même si c'était peut-être indéfendable. (...) C'était au capitaine d'aller la lire. Mais on était dans un tel truc que c'était indéfendable. On a eu une discussion le samedi soir : personne ne s'est manifesté. Donc oui, tout le monde était d'accord. (...) Personne n'a été menacé. Il n'y a pas de meneurs ni de suiveurs. De gentils et de méchants. Peut-être que certains n'ont pas osé... Moi-même, j'ai d'énormes regrets. Car j'aurais pu le faire. (...) J'ai du mal à digérer de ne pas avoir eu le courage de me lever pour m'exprimer. (...) Je ne suis pas fier de ce qui s'est passé, mais j'assume. On était tous dedans. Celui qui dit le contraire est un menteur.» Tout en souhaitant voir des sanctions collectives plutôt qu'individuelles et terminant par : «Je me demande comment on a pu faire ça...»
 
12 juillet
Sur France 2, Nicolas Sarkozy estime que «le visage donné par l'équipe de France en Afrique du Sud (a été) désastreux». Le Président de la République révèle également que c'est Thierry Henry qui avait formulé la demande de le voir la semaine précédente.
 
14 juillet
Selon L'Express, Raymond Domenech et Nicolas Sarkozy se sont téléphonés le 20 juin, quelques minutes après que le sélectionneur ait lu la lettre des joueurs devant les médias.
 
15 juillet
Nicolas Anelka sort du silence dans France-Soir. Comme Jérémy Toulalan, et même s'il était déjà reparti d'Afrique du Sud, Anelka affirme que «tout le monde, je dis bien tout le monde, était solidaire» au sujet de la grève. Les insultes envers Raymond Domenech ? «Ça devait exploser. Si ce n'était pas par moi, cela serait arrivé par quelqu'un d'autre.» De son côté, dans une lettre d'au revoir adressée aux présidents de Ligues et de Districts, Jean-Pierre Escalettes promet que «les responsables sont nombreux (au sujet du fiasco sud-africain). Le président de par sa fonction, le staff et en premier le sélectionneur, incapable de faire passer le message, les membres du Club France absents en Afrique du Sud par manque de disponibilité et, bien sûr, les joueurs et avant tout les joueurs, qui n'ont pas compris le retentissement de leur geste irresponsable.»
 
16 juillet
La FFF lance une enquête. La commission est chargée d'établir les faits et les responsabilités dans le déroulement des événements du 20 juin.
«En ce moment, la Fédération reçoit des courriers avec des licences déchirées et des lettres d'insultes racistes. Moi, je ne veux pas minimiser les faits. Je semble peut-être trop rigide pour certains, mais je persiste : ce qui s'est passé est pour moi impardonnable.» Lilian Thuram.
17 juillet
«S'il n'y a pas de sanctions, je partirais (de la FFF)», affirme Lilian Thuram dans une interview à L'Equipe. Insistant sur le fait que Patrice Evra doit être sanctionné : «Par leur geste, les joueurs ont été capables de réveiller le racisme latent dans la société. Nous sommes dans le raccourci : "Les problèmes viennent du fait qu'il y a trop de Noirs en équipe de France." Quand vous arrivez à ce point à réveiller les mauvais côtés de la société, c'est que vous avez une responsabilité. En ce moment, la Fédération reçoit des courriers avec des licences déchirées et des lettres d'insultes racistes. Moi, je ne veux pas minimiser les faits. Je semble peut-être trop rigide pour certains, mais je persiste : ce qui s'est passé est pour moi impardonnable.» L'ancien latéral droit ne croit pas non plus au fait que tout le monde était d'accord pour cette grève : «C'est trop facile de dire après coup que tous les joueurs étaient solidaires. C'est faux. Certains se taisent et subissent la situation. Dire que tout le monde était d'accord, c'est évidemment une stratégie des leaders.»
 
20 juillet
En pleine tempête post-Knysna pour le foot français, Karim Benzema et Franck Ribéry sont mis en examen pour sollicitation de prostituée mineure.
 
21 juillet
Robert Duverne s'est engagé à Arles-Avignon et tente d'oublier l'Afrique du Sud : «Je ne sais pas si tout le monde s'est remis en question. J'essaye surtout de guérir mes blessures personnelles. Il faudra du temps. Je serai toujours marqué par ce qui s'est passé en Afrique du Sud.» De son côté, le Clermont Foot s'en prend aux Bleus. Le club réfléchit à «la possibilité d'engager une action en responsabilité délictuelle» envers les joueurs de l'équipe de France. La formation de Ligue 2 explique que les Bleus ne devaient «pas rester impunis». Invitant tous les présidents de Ligue 1 et de Ligue 2 à en débattre.
 
22 juillet
Plusieurs membres de la FFF veulent voir Raymond Domenech être licencié. A l'image de Christian Teinturier, vice-président : «Selon moi, Domenech devrait être licencié pour faute grave, dit-il au Monde. J'attends une vraie décision des dirigeants du football français concernant l'avenir de M. Domenech au sein de la Fédération. Dans n'importe quelle entreprise, un employé fautif est licencié. Il ne peut y avoir d'exception ici.»
 
23 juillet
Laurent Blanc fait du bruit : pour son premier match à la tête de l'équipe de France en Norvège le 11 août prochain, le nouveau sélectionneur n'appelera aucun des joueurs présents en Afrique du Sud, sauf Stéphane Ruffier, arrivé plus tard à la place d'un Cédric Carrasso blessé et lui aussi privé de Norvège. Dans le bal des prises de paroles des 23 de Knysna, Hugo Lloris sort du silence dans L'Equipe. «On a oublié l'importance d'une Coupe du monde, on a oublié qu'on représentait une grande nation du foot et on a fait passer d'autres problèmes avant le reste (...) C'est allé beaucoup trop loin. (...) C'était une énorme erreur.» Ce 23 juillet, lors d'un nouveau Conseil fédéral, Fernand Duchaussoy est élu président de la FFF. Dans le même temps, les principaux sponsors de l'équipe de France, qui avaient demandé réparation pour le préjudice subi par le fiasco de l'Afrique du Sud, sont indemnisés par la FFF. Adidas reçoit par exemple 1,4 millions d'euros.
24 juillet
Ambiance. En match de préparation d'avant-saison avec Toulouse, André-Pierre Gignac est confronté à des sifflets et commentaires sur son aventure en Afrique du Sud avec les Bleus. Il lui est par exemple proposé de «remonter dans le bus» par certains spectateurs.
 
26 juillet
Rama Yade ne s'en remet toujours pas. La secrétaire d'Etat aux sports explique sur Europe 1 qu'elle n'imaginait pas que la Coupe du monde «serait une telle débâcle. (...) C'est mon travail de dire qu'il y a trop d'argent dans le foot mais j'étais en deçà de la réalité.»
 
27 juillet
Premières auditions de la commission chargée de faire la lumière sur les responsabilités en Afrique du Sud chez les joueurs.
 
28 juillet
Dans L'Equipe, Laurent Blanc estime qu'il ne serait pas monté dans le bus à Knysna : «Je serais allé à l'entraînement, les choses auraient été réglées avant entre nous. Arranger le coup d'un copain, d'accord, mais ça se gère en interne. Là, on a fait passer l'intérêt d'un joueur (NDLR : Nicolas Anelka) avant l'intérêt collectif et ça, ça n'existe pas. C'est pour ça que tout le monde ne peut pas être un leader. Si tu fais passer l'intérêt d'un joueur avant celui du groupe, tu as tout faux.»
 
29 juillet
Nicolas Anelka assigne le journal L'Equipe en justice pour diffamation après la fameuse Une du Mondial.
 
30 juillet
Comme attendu, Thierry Henry confirme sa retraite internationale. Eric Abidal, lui, veut continuer : «Je ne veux pas quitter l'équipe de France. Pas comme ça. Je veux réparer ce qu'il s'est passé.»
 
2 août
Patrice Evra et William Gallas sont auditionnés par la commission d'enquête de la FFF.
Jérémy Toulalan arrive pour connaître sa sanction suite à la grève de Knysna. (A.Mounic/L'Equipe)
Jérémy Toulalan arrive pour connaître sa sanction suite à la grève de Knysna. (A.Mounic/L'Equipe)
«Raymond Domenech a réussi à me dégoûter du football.» Nicolas Anelka.
3 août
Après avoir d'abord tenté de botter en touche en expliquant : «Je ne me souviens de rien» au sujet de Knysna, Steve Mandanda estime qu'«on a fait une connerie, derrière, il faut assumer et respecter la sanction».
 
4 août
Nicolas Anelka va plus loin que sa première prise de parole en juillet. Toujours dans France-Soir, l'attaquant lâche : «Raymond Domenech devrait avoir honte. (...) Il a réussi à me dégoûter du football.» Il maintient le fait que les mots affichés en Une de L'Equipe ne sont pas les bons : «Je marmonne dans mon coin des choses qui resteront dans le secret du vestiaire. Et qui le resteront. En aucun cas les mots que j'ai pu lire dans L'Équipe.»
 
5 août
Première liste de joueurs pour Laurent Blanc pour le match amical en Norvège. Avec, donc, aucun des joueurs présents en Afrique du Sud, sauf Stéphane Ruffier, convoqué.
 
6 août
Les sanctions vont tomber. Pendant un Conseil fédéral de la FFF, si la commission d'enquête préconisait une sanction collective, les dirigeants de la FFF ont décidé de convoquer Patrice Evra, Eric Abidal, Jérémy Toulalan, Franck Ribéry et Nicolas Anelka devant la commission de discipline le 17 août pour «violations à la morale sportive, manquements graves portant atteinte à l'honneur, à l'image, à la réputation ou à la considération du football et de la Fédération».
 
9 août
Au Figaro, Patrice Evra ne comprend pas sa convocation devant la commission de discipline : «Pourquoi nous sanctionner plus que les autres ? On l'a déjà été. (...) J'ai tout donné pour remplir mon rôle de capitaine. Certains m'ont chargé sans savoir ce qui s'était passé. J'ai mis tout mon cœur, voilà le résultat ! Domenech m'a même demandé pardon de m'avoir confié le brassard...» Avant de s'attaquer à Lilian Thuram, qui n'avait pas été tendre avec lui : «Il a sali mon nom sans chercher à savoir ce qui s'était passé. Lilian se prend à la fois pour le nouveau sélectionneur, le président de la Fédération et le président de la République. (...) Il est temps que Lilian arrête de jouer un rôle qui n'est pas le sien en disant que les Bleus contribuent à faire augmenter le racisme. Il ne suffit pas de se balader avec des livres sur l'esclavage, des lunettes et un chapeau pour devenir Malcolm X...»

Débat :
-Doit-on vraiment connaître la vérité sur Knysna ?
«Il ne suffit pas de se balader avec des livres sur l'esclavage, des lunettes et un chapeau pour devenir Malcolm X...» Patrice Evra, au sujet de Lilian Thuram.
11 août
Premier match de l'équipe de France depuis la défaite face à l'Afrique du Sud à la Coupe du monde. Défaite 2-1 en Norvège. Troisième revers de suite pour les Bleus. Cela ne leur été plus arrivé depuis 1992.
 
17 août
Les cinq Bleus invités devant la commission de discipline connaissent leurs sanctions : 18 matches de suspension pour Nicolas Anelka ; 5 pour Patrice Evra ; 3 pour Franck Ribéry ; 1 pour Jérémy Toulalan. Eric Abidal est épargné. Le premier nommé n'avait pas fait le déplacement et n'avait pas envoyé quelqu'un pour le représenter. Des sanctions qui viennent clore une aventure sud-africaine indélébile.
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ghys59 21 juin à 0:33

Comme toujours, au moment des explications, sauf peut-être Evra et Toulalan, chacun de débalonne et laisse la responsabilité aux autres. Avec en point d'orgue la grande lâcheté du sélectionneur (ce n'est pas nouveau!), et de Houiller. Il est coupable, tout comme Platini, d'avoir plaidé pour le maintien du sélectionneur en 2008 après le fiasco de l'Euro. Comme d'habitude, comme en 1993, quand il balance Ginola, il n'assume rien alors que sa responsabilité est énorme.

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